Les résultats des élections aux conseils centraux des universités de Paris Ouest Nanterre La Défense et de Bourgogne (Dijon) sont tombés dans l’après-midi, près de 48 heures après la clôture des scrutins. Ces deux universités étaient dirigées par des présidentes, Bernadette Madeuf et Sophie Béjean. Elles étaient candidates pour un second mandat. Elles n’ont pas gagné. Deux présidentes s’en vont ?
Université de Paris Ouest Nanterre La Défense. La victoire des listes, Nanterre d’Avenir, soutenant Jean-François Balaudé, était annoncée (chronique : “Un président philosophe à Paris X ?“). Elle est confirmée (procès-verbaux des résultats). Douze sièges au Conseil d’administration, six sièges sur sept dans le collège A des professeurs et assimilés, six sur sept dans le collège B des autres enseignants et assimilés (liste Pour une université démocratique). Les listes Unité, Continuité, Avenir, soutenant la réélection de Bernadette Madeuf, n’emportent que deux sièges (un dans chacun des deux collèges enseignants).
Les écarts de voix sont très faibles dans le collège A (118 voix à 113) et très forts dans le collège B (268 voix à 132, une troisième liste obtenant 86 voix). La défaite de Bernadette Madeuf est lourde dans le collège des “moins gradés”. A noter une participation faible, inhabituelle pour un scrutin universitaire : 62,4% de votants dans le collège des professeurs, 49,1% dans le collège des autres enseignants. Interprétations de cette faible mobilisation enseignante au scrutin ?
Université de Bourgogne. Chronique précédente : “Le combat des chefs“. A l’inverse de la situation observée à Nanterre, la participation des enseignants a été forte à Dijon (procès-verbaux des résultats) : 82,8% des 412 professeurs (collège A) et 69,6% des autres enseignants (collège B) ont voté.
Scrutin serré dans le collège A : 151 voix pour la liste soutenant Alain Bonnin, 137 pour la liste soutenant Sophie Béjean, 48 pour la liste Pour une université de service public. La prime à la liste arrivée en tête conduit au nombre de sièges suivant : 4, 1, 1. Scrutin encore plus serré dans le collège B : 232 voix pour Bonnin (4 sièges), 231 pour Béjean (1 siège, soit 3 de moins que la liste Bonnin, pour une voix d’écart…) , 222 pour la 3ème liste (1 siège) : 4, 1 et 1 sièges. Soit 8 sièges pour Bonnin, 2 pour Béjean, 2 pour la 3ème liste (j’ignore quel candidat à la présidence elle soutient). 8 à 2 pour une différence de 15 voix. Appliquée dans les deux collèges enseignants, la règle de la prime à la liste arrivée en tête atteint les frontières de l’absurde.
La situation est sensiblement différente à Nanterre et à Dijon. Bernadette Madeuf ne peut rattraper son retard de 10 voix ; Jean-François Balaudé sera élu président de l’université, avec ou sans les voix des élus BIATOSS et étudiants (élections à venir pour ceux-ci).
Sophie Béjean a-t-elle encore une chance alors qu’elle est “menée” 8 à 2 ? Mathématiquement, comme le diraient les commentateurs sportifs, “c’est encore possible”. Compter sur les voix des élus BIATOSS et des étudiants ? Dans le collège des BIATOSS (59,5% de participation, 3 sièges à pourvoir et 5 listes en compétition), la liste Bonnin emporte un siège et la liste Béjean zéro ; un siège pour l’UNSA et un siège pour la FSU. Dans le collège des usagers (21,1% de participation - taux élevé -, 5 sièges à pourvoir, et 5 listes en compétition ), 2 listes Associatifs et Indépendants (liste A et liste B) emportent chacune 2 sièges et l’UNEF 1. “Mathématiquement, c’est encore possible”. “Le futur doit être dangereux“, maxime de Sophie Béjean.
Ces deux élections, comme les autres élections déjà analysées sur ce blog, sont riches d’enseignement. Elles commencent à confirmer mon diagnostic et mon souhait : “oui, il faut abroger le titre de la loi LRU qui porte sur la gouvernance des universités“. 2012, deuxième vague d’élections de présidents LRU, démontre que, dans chaque élection, il y a des problèmes et quelquefois de graves problèmes qui relèvent de la démocratie, de la représentation équitable des électeurs, enseignants, personnels ingénieurs, techniques et administratifs, étudiants. Chronique en cours d’écriture : “Premiers enseignements des élections universitaires”.






La liste “Pour une université démocratique” du collège B qui a 6/7 sièges est une liste Snesup, vous ne le dites pas. Elle soutient la candidature de JF Balaudé.
Lors de la campagne 2008 la liste intersyndicale qui a eu la majorité des sièges 5/7 dans le collège B comprenait des représentants Snesup, UNSA et des non syndiqués.
suite :
En fait message parti trop vite : le résultat de cette liste était de 6/7 en 2008, avec un spectre politique plus large.
Cette liste intersyndicale faisait face à deux autres listes B qui soutenaient deux candidats à la présidence, ces deux candidats s’opposant à Madeuf.
Cette fois c’est différent. Trois listes B : Snesup soutenant JF Balaudé, Unité-Continuité-Avenir soutenant sans réserve Madeuf et liste SGEN-UNSA réservant son choix.
Questions sur les résultats :
- radicalisation de l’opposition à la politique de l’ESR ?
- échec de la présidence ? c’est l’argument central et presque unique de la liste B gagnante aujourd’hui. Mais cela demande analyse, car la critique porte sur des points (PRES, IDEX..) où le Snesup impute l’échec à la présidente sortante tout en ayant eu constamment une attitude d’opposition à ces outils de politique du ministère.
A l’inverse la présidence a fait passer la “mastérisation” contre les élus Snesup. Quoiqu’on pense de cette mastérisation elle permet de maintenir le potentiel de disciplines en difficultés croissantes
- alliance de circonstance avec la liste du collège A de soutien à JF Balaudé, liste dont la couleur politique est “variée” ?
- le taux de participation dans le collège B relativise la progression du Snesup : 55% des voix avec 50% d’abstention cela fait 27,5% des électeurs
On attend avec impatience vos réflexions !
Bonjour,
Je réponds à la question de la faible participation. L’analyse de la participation par secteurs dans les élections CS et CEVU permet de vérifier que l’abstentionnisme est surtout le fait des chercheurs CNRS, qui ont dû voter à 20% environ. Or, il sont particulièrement nombreux à Paris Ouest, qui comporte plusieurs fortes UMR (en gros, une centaine d’électeurs sur un peu moins de 400 en collège A). De sorte que la participation des enseignants-chercheurs en collège A remonte à 80% si l’on fait ce décompte, et autour de 60% en collège B.
Pour revenir sur une autre élection, celle d’Angers en janvier-février, il semble pour aller dans le sens des hypothèses de Pierre et pour partie de celles de J-F Balaudé que deux facteurs spécifiques aux collèges aient joué dans la défaite des listes d’Eric Delabaere; celui-ci, dans ses dernières prises de positions s’était fortement revendiqué du soutien du président sortant.
- premier facteur proposé, suite à des entretiens informels avec des PR : les échecs successifs au plan Campus, aux Idex, aux Labex : et des PR pensent que l’équipe sortante n’a pas été capable de mobiliser l’université sur ces projets.
- deuxième élément : chez les Biatoss, une politique sociale sans dialogue et sans grande concertation (pour dire les choses gentiment) a accentué l’impression d’autoritarisme et d’inéquité associée au fonctionnement de la loi LRU.
Il faudra affiner cela, bien sûr.
@ Zadig et @ Jean-François Balaudé. Vous connaissez tous deux fort bien la situation dans votre université et je vous remercie des informations additionnelles apportées. J’ai enseigné 11 ans à Nanterre (1988-1999) ; je reste donc fortement “attaché” à cette université. J’ai quitté cette université car il y était impossible politiquement d’y mettre en oeuvre une unité d’évaluation.
Un point non marginal auquel il faut répondre. Celui de la convention entre l’université et l’Institut français de gestion (IFG) ; chronique : “Le président et la formation continue” http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/02/09/le-president-et-la-formation-continue/
Jean-François, allez-vous dénoncer rapidement cette convention ?
Réponse aux questions de Zadig. Quel est votre avis sur la gouvernance de la LRU. Faut-il abroger le Titre 2 de cette loi d’août 2007. Chronique : “Abroger la gouvernance LRU”
http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/02/18/abroger-la-gouvernance-lru/