Quiz envoyé par Michel Abhervé, blogueur EducPros et Alternatives Economiques. Projets pour l’enseignement supérieur et la recherche : ce qu’écrivent, dans leur programme, deux candidats à la présidence de la République. Qui sont-ils ? Bravo EC ! Les 2 candidats sont Eva Joly et Dominique De Villepin. Et merci d’avoir indiqué les liens Web.
Candidat 1. “Pour remettre la démocratie et la collégialité au coeur de l’enseignement supérieur, la réforme des universités sera remplacée par une loi élaborée avec tous les acteurs. Les grandes écoles se rapprocheront des Universités au sein de structures fédérales et démocratiques assurant un maillage équilibré du territoire”…
“Pour améliorer l’accès aux études supérieures, les frais d’inscription seront diminués (avec comme objectif la gratuité dans l’enseignement supérieur). La pédagogie à l’entrée de l’université sera renforcée avec un système d’accueil et de parcours adaptés et d’avantage [sic] de pluridisciplinarité”.
Candidat 2. “Fusionner grandes écoles et universités. Notre tâche est d’adapter l’école née au XIXe siècle aux réalités sociales du XXIe siècle. Cela signifie repenser l’enseignement supérieur qui continue de souffrir de son inadéquation. Les moyens supplémentaires ne suffiront pas à atténuer ce mal être. Il faut aller à la racine du mal français qui est la dévalorisation de l’université et la survalorisation de grandes écoles à filières relativement courtes. Il ne s’agit pas de briser par caprice ce qui marche. Mais il s’agit de créer des synergies en fusionnant les grandes écoles au sein de grands pôles universitaires d’excellence où ils conserveront leur originalité et où ils pourront créer un nouvel effet d’entraînement et de rayonnement international”.
Mesures. “Création de grandes universités polyvalentes, intégrant grandes écoles, enseignements et recherche de niveau mondial, mais aussi enseignement et formation professionnelle de proximité… Intégration des Classes préparatoires aux grandes écoles au sein des parcours universitaire de licence. Amélioration de l’association des pôles universitaires régionaux aux grands pôles de compétitivité à dimension internationale pour accroître les liens entre recherche fondamentale et recherche appliquée“.






Le candidat 2 c’est Hollande. Le candidat 1 peut etre Bayrou?
candidat 1 : E. Joly http://www.debats2012.fr/presidentielles/eva-joly-et-lenseignement-superieur-et-la-recherche/
candidat 2 : D. de Villepin http://www.dominiquedevillepin.fr/801-solidarite/
ec
Marianne, Bayrou le 1 ? Are you joking ? Devons nous rappeler ici que Bayrou est soutenu par le parti libéral démocrate, qui promeut une dérégulation très forte (frais d’inscription, sélection etc….). Sur la ligne, c’est soit Mélenchon, soit Joly. Ou, plus drôle, le wiki du Front de Gauche avec rédaction du projet de manière participative.
Sur le 2 : “Mais il s’agit de créer des synergies en fusionnant les grandes écoles au sein de grands pôles universitaires d’excellence où ils conserveront leur originalité et où ils pourront créer un nouvel effet d’entraînement et de rayonnement international”.
Qui est “ils” dans “ils conserveront” ? Les grand(e)s écoles ? Pourquoi dit-on qu’elles ont des filières relativement courtes ? etc…
Autant, sur le fond, je suis assez volontiers ces orientations, autant il me reste un quizz à résoudre dans ma tête :
- soit il y a un gros boulot détaillé et expert caché derrière ça, et seule une version “grand public” est communiquée, qui soit largement compréhensible et qui cache certaines propositions polémiques,
- soit la réflexion est aussi avancée que ces vagues brouillons, et on va se coucher,
- soit le parti porteur des propositions a une diversité de points de vues, d’expertises plus ou moins profondes, d’influence plus ou moins forte sur le candidat, et la tambouille qui en résulte est un plus petit commun dénominateur qui ne reflète pas la qualité du travail réalisé en amont.
Le 1 c’est Bisounours.
Le 2 capable d’écrire : “en fusionnant les grandes écoles au sein de grands pôles universitaires d’excellence où ILS conserveront leur originalité” n’a visiblement jamais bénéficié d’une formation intellectuelle de grande qualité …
Quant à : “la survalorisation de grandes écoles à filières relativement courtes”, cela signifie-t-il que la folie française actuelle du “un master ou rien” est en train d’empirer jusqu’au stade terminal du : “un doctorat ou rien” ?
” Création de grandes universités polyvalentes, intégrant grandes écoles, enseignements et recherche de niveau mondial, mais aussi enseignement et formation professionnelle de proximité… Intégration des Classes préparatoires aux grandes écoles au sein des parcours universitaire de licence.”
Il me semble que ceux qui écrivent ce genre de choses espèrent que les licences universitaires vont récupérer les élèves qui allaient en classes préparatoires, et que ça va régler comme par miracle les problème de recrutement des licences scientifiques.
Mais le schéma prévisible est le suivant :
Dans un premier temps, les GE vont devenir les composantes de “Schools of Engineering” ou de “Schools of Business” d’ensembles pluridisciplinaires capables d’être considérés comme des “Universities” par les classements internationaux.
Elles seront généralement majoritaires dans ces “Schools” (dont feront partie les Polytech universitaires).
Dans une 2ème temps, si on décide de faire migrer les classes préparatoires, la majorité d’entre elles deviendront des sections “undergraduate” des “Schools of Engineering” et des “Schools of Business” et pas du tout des “Schools of Basic Science” et des “Schools of Economy” (à l’exception de quelques-unes spécialisées en préparation aux ENS ou à ce qui leur succèdera).
C’est une application de la célèbre réplique du Guépard : “Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi” Il faut que tout change pour que tout demeure comme aujourd’hui.
“si on décide de faire migrer les classes préparatoires, la majorité d’entre elles deviendront des sections “undergraduate” des “Schools of Engineering” et des “Schools of Business” et pas du tout des “Schools of Basic Science” et des “Schools of Economy””
Il faudrait une sacrée transformation de programme pour passer d’une classe prépa scientifique “classique” (pas les PT) à une “school of engineering”, transformation qui ne se ferait pas sans heurt (les enseignants de prépa ne sont pas formés pour ça). Si le programme reste le même, ce seront (et de fait, ce sont essentiellement déjà, sauf qu’elles s’arrêtent à bac+2) des licences de science. “A rose by any other name…”
Plus généralement, la question n’est pas spécifiquement de “régler [...] les problèmes de recrutement des licences scientifiques” (qui n’existeraient plus en tant que tel dans votre modèle), mais d’examiner l’organisation globale de l’enseignement supérieur (en particulier le premier cycle), les problèmes qui s’y posent et comment les résoudre. Et je suis d’accord avec PR27 sur les limites de ces “programmes”.
Bravo à EC ! Merci à PR27, François et Damien pour leurs commentaires critiques des propositions de Joly et De Villepin. Par définition, elles ne verront pas le jour ! Derrière ces écrits, il demeure une vraie question : celle de la réforme de l’ensemble du 1er cycle. J’observe qu’on ne prend pas vraiment le chemin des Instituts d’enseignement supérieur, projet porté par ce blog !