Trop ou pas assez d’ingénieurs ?

Suite de la chronique « Non au Cursus Master Ingénierie« . Chronique de François-Xavier Martin, polytechnicien, lecteur et commentateur assidu du blog. Merci à lui d’avoir répondu favorablement à ma demande d’une chronique inédite sur les ingénieurs, les diplômés de master et de doctorat scientifiques.

Titre de la chronique : « Compétitivité internationale, réindustrialisation : comment former suffisamment d’ingénieurs et de scientifiques ? ». En conclusion : « onze actions applicables immédiatement, sans attendre la mise en Å“uvre de réformes structurelles du système d’enseignement supérieur français« . Débattre !

« Face à la concurrence internationale, dans tous les pays développés, une haute qualité de la production de biens et de services ainsi qu’une innovation permanente sont indispensables à la compétitivité de l’économie, en particulier dans le secteur industriel et des services à forte composante technologique. Les ingénieurs et les scientifiques jouent dans ces domaines un rôle déterminant. Il est donc très important d’évaluer avec la plus grande objectivité possible le potentiel français de formation de ces professionnels, d’en détecter les forces et les faiblesses, d’anticiper ce qui peut le menacer et d’en déduire d’éventuelles mesures correctrices ». Lire la suite…

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Article du on Vendredi, mai 4th, 2012 at 11:21 dans la rubrique Débattre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

8 commentaires “Trop ou pas assez d’ingénieurs ?”

  1. Damien dit:

    Moui. Que ce soit par le « coût de la formation par diplômé », qui fait complètement abstraction du niveau initial, ou par l’affirmation que les licences scientifiques sont « essentiellement tournées vers les master recherche » (mais pourquoi on s’embête dans ces conditions à avoir encore des licences scientifiques, _elles ne servent à rien_), on retrouve la défense classique (et pro-domo) des CPGE/GE. Soit.

    Je tique quand même sur le fait que quelques prépas « seraient spécialisées dans la préparation aux ENS » (page 10). J’aimerais bien qu’on me cite une prépa qui se ferait une spécialité de préparer plus aux ENS qu’à l’X. Ce qui n’empêche pas les prépas d’être autant sinon plus académiques que la plupart des licences scientifiques (soit-disant « tournées vers les masters recherche »).

  2. François dit:

    L’enseignement de l’ingénierie vise avant tout à former des praticiens, même si certains d’entre eux ont besoin de maîtriser des domaines scientifiques extrêmement complexes. Il serait donc préférable de mieux répartir, au cours des 5 ans d’études, l’acquisition de notions théoriques et l’apprentissage de leur mise en Å“uvre. Actuellement on commence par gaver dans les CPGE les futurs ingénieurs de théorie pendant 2 ou 3 ans avant de tenter de ramener les survivants au concret.
    Je pense que (mis à part l’aspect de formation de la personnalité) l’accès aux écoles d’ingénieurs via les licences scientifiques, en particulier de maths, présente encore plus d’inconvénients que le parcours via les classes préparatoires (qui ont au moins l’avantage d’être beaucoup plus multidisciplinaires).
    C’est pour cette raison que je pense que les écoles d’ingénieurs (qui me paraissent destinées à devenir les composantes essentielles des futurs départements d’ingénierie d’universités pluridisciplinaires) devraient se voir affecter des classes préparatoires et les faire évoluer (ainsi que leurs propres enseignements) pour offrir des cursus complets de 5 ans mieux équilibrés.
    Resterait à voir s’il est judicieux de maintenir des classes préparatoires pour les élèves brillants qui se destinent à des études beaucoup moins multidisciplinaires que les études d’ingénieurs (en particulier les ENS).
    Bien noter que ma note vise les études d’ingénieur en général, et pas spécifiquement l’X qui pose un problème très particulier du fait que les buts qu’elle poursuit sont multiples et souvent antagonistes.

  3. Thierry Blasco dit:

    Allons ! La chronique de M. F.X. Martin, sous couvert d’une nécéssité indiscutable d’évaluation des besoins, essaie avant de justifier cette dichotomie franco-française du supérieur, entre universités formant par la recherche, mais pas seulement pour la recherche, et filières prépas-grandes écoles, dont la sélectivité à caractère social est soigneusement passée sous silence.
    La justification laborieuse consistant à utiliser la non-sélectivité à l’entrée de l’Université, non-sélectivité qui est l’honneur de l’instance et a permis la massification du supérieur, en incluant dans le coût global d’un diplômé celui des non-diplômés, est un sophisme. Qui ne masque pas la réalité des faits : le coût global par étudiant à l’université est très inférieur à celui d’un élève en CPGE. Mettons autant d’heures de MdC par étudiant en 1er cycle que d’heures de PRAG par élève de CPGE, vous verrez les coûts réels ! Et l’impact en terme de réussite des étudiants ! Et vous aurez en sus des heures de recherche, totalement absentes en prépa !

  4. Damien dit:

    « Actuellement on commence par gaver dans les CPGE les futurs ingénieurs de théorie pendant 2 ou 3 ans avant de tenter de ramener les survivants au concret. »

    Sur ce point, je vous suis et c’est bien pour ça que j’ai tiqué. Mais il suffit de recruter des étudiants de DUT, ce que font d’ailleurs un certain nombre d’écoles d’ingénieurs, pour se retrouver avec un peu plus de « concret » (même si pour le pluridisciplinaire, c’est autre chose). Ou alors, on peut faire des prépas intégrées, ce que font également pas mal d’écoles d’ingénieurs. Maintenant, pourquoi les « grandes » écoles d’ingénieurs ne suivent pas ce principe et préfèrent recruter des « théoriciens » ? Mon avis (très discutable) est qu’en plus d’un certain immobilisme, nombre d’enseignants-chercheurs de ces écoles, eux-même théoriciens (parmi les EC que je connais dans des facs et dans des écoles (hors ENS), les plus « praticiens » ne sont pas en écoles), sont d’une part tout à fait dans le « moule » des CPGE actuelles, et d’autre part n’ont pas envie de se coltiner des premiers cycles, même brillants.

    « Je pense que (mis à part l’aspect de formation de la personnalité) l’accès aux écoles d’ingénieurs via les licences scientifiques, en particulier de maths, présente encore plus d’inconvénients que le parcours via les classes préparatoires (qui ont au moins l’avantage d’être beaucoup plus multidisciplinaires). »

    D’une part, la monodisciplinarité des licences de sciences est largement liée à leur faible dotation horaire (pour faire un programme acceptable, ie menant au même niveau théorique sur la spécialité que la prépa), couplée au faible niveau des étudiants. Quand on aura 900 h par an d’enseignement (et non 1500 h pour une licence complète), on aura moins de mal à faire un peu de multidisciplinarité (que cela attire les étudiants est un autre problème). D’autre part, dans la situation actuelle vous pouvez remplacer « Ã©coles d’ingénieurs » par « master recherche » et ça sera tout autant vrai. Les licences de sciences sont malades et ce n’est pas en les malmenant un peu plus qu’on va en faire des formations à la recherche.

    « C’est pour cette raison que je pense que les écoles d’ingénieurs [...]
    devraient se voir affecter des classes préparatoires »

    Je pose juste la question : les écoles d’ingénieurs en ont-elles envie ? Les profs de prépa seraient-ils d’accord ? En l’état, mon impression est plutôt non pour les deux. A titre personnel, je préfère les IES, tant qu’à aller contre les gens, autant être plus radical.

    « Resterait à voir s’il est judicieux de maintenir des classes préparatoires pour les élèves brillants qui se destinent à des études beaucoup moins multidisciplinaires que les études d’ingénieurs (en particulier les ENS). »

    Pour autant que je sache, nombre d’élèves brillants ne rejettent pas le multidisciplinaire. En fait, j’ai même plutôt l’impression inverse, parce que le monodisciplinaire implique un choix, choix qui est souvent fait « par défaut » pour les élèves qui ont des difficultés (« j’ai de mauvaises notes en X, donc j’aime pas X, donc je vais faire Y ») et qui est retardé pour beaucoup d’élèves qui n’en voient pas le besoin. Beaucoup élèves parmi les plus brillants, même quand ils se destinent à la recherche, n’iraient donc pas spontanément vers des formations monodisciplinaires.
    D’autre part, les études de recherche sont peut-être monodisciplinaires, mais (sauf éventuellement en « maths pure ») je pense que c’est souvent un tort. Dans beaucoup de domaines de recherche, des compétences pratiques (de type ingénieur) et une bonne culture scientifique ne sont vraiment pas un mal.

    Personnellement, je pense qu’une des pires bêtises possibles serait justement de séparer (un peu plus que maintenant) dès le premier cycle la formation des ingénieurs de la formation des chercheurs (déjà, en second cycle, c’est discutable). Si les écoles d’ingénieurs doivent devenir des « départements d’ingénierie d’universités pluridisciplinaires » (quoi que cela veuille dire), alors il me semble important qu’une grande partie des formations de premier cycle soit commune entre les « départements de sciences » et les « départements d’ingénierie ». Ou alors, on ne garde au mieux que trois ou quatre « départements de sciences » sur l’ensemble de la France (et on appelle ça des ENS ? tiens ça c’est une idée), ça suffira largement pour couvrir les besoins en formation à la recherche théorique ultra-pointue, et le reste des chercheurs viendra des départements d’ingénierie.

  5. François dit:

     » en incluant dans le coût global d’un diplômé celui des non-diplômés, est un sophisme  »
    Si la fusée que j’utilise pour lancer des satellites marche une fois sur deux, laquelle de ces deux propositions est un sophisme :
    - le coût du lancement couronné de succès du dernier satellite est celui de la fusée qui a correctement fonctionné lors de ce lancement ?
    - le coût est celui de deux fusées ? (auquel il faudrait ajouter le coût du satellite détruit par la fusée précédente, qu’on peut assimiler à la démotivation et à la perte de temps de l’étudiant qui a suivi quelques années d’études sans obtenir le diplôme correspondant) ?
    Si j’applique la première proposition pour établir la facture de mes lancements de satellite, je ferai rapidement faillite …

  6. Fanny dit:

    Vu que l’on parle de nos ingénieurs français si excellents sur le plan technique, ont quand même un gros défaut de fabrication : l’écoute, le dialogue… Enfin, autant de choses indispensables lorsqu’on prononce le mot « management ».

    J’ai toujours pensé que c’était un symptôme de stress post-traumatique, que lorsqu’on a passé deux ans à se faire « gaver », ça laisse des traces.

  7. Damien dit:

    François, vous pouvez calculer le coût de la formation au diplômé si vous le souhaitez. Mais comparer ainsi (car c’est ce que vous faites) le coût CPGE-GE et facs est de mauvaise foi. Pour rester dans votre analogie (qui va vite trouver ces limites), si vous avez un satellite de 5 tonnes à mettre sur orbite et qu’on vous propose un lanceur fiable mais qui refuse de prendre plus de 2 tonnes de charge utile, et (pour deux fois moins cher) un lanceur qui explose une fois sur deux mais prend jusqu’à 10 tonnes, vous pouvez toujours dire que les deux lanceurs ont le même coût, mais le premier ne prendra pas votre satellite pour autant.

    Plus généralement, les comparaisons de coût n’ont de sens que si on arrive à comparer une forme de valeur ajoutée. Ce n’est pas trop dur dans le « tube » CPGE/GE, où les étudiants qui entrent ont un niveau (relativement homogène), et où ils finissent (presque) tous avec un diplôme d’ingénieur. Dans le cas de la fac, c’est plus compliqué parce que, même si on fait abstraction de l’hétérogénéité initiale, il faudrait déterminer ce qu’ont gagné ceux qui ne finissent pas avec un master. Certains finissent en licence pro, d’autres partent en école d’ingénieur ou à l’IUFM ou passent l’agreg (les calculs de votre annexe sont avant ou après la mastérisation ?). D’autres enfin se réorientent en IUT ou BTS (1ère année, 2ème année ?) ou dans d’autres facs. C’est un peu plus compliqué qu’un simple ratio…

  8. François dit:

    @Damien. Tout à fait d’accord sur le fait que pour être précis il faudrait prendre en compte les diplômes autres que des licences finalement obtenus par des étudiants qui ont entrepris des licences sans les terminer.
    Mais comment expliquez-vous que le rapport nombre de diplômés / nombre d’étudiants au niveau du master ne soit pas meilleur (moins de 100 000 masters/an pour plus de 400 000 étudiants)?

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