ENS Ulm, Henri IV, têtes à claques

Ouverture à la rentrée 2012 du premier cycle universitaire de l’IDEX Paris Sciences Lettres et du Lycée Henri IV. Cette initiative commune me révolte. J’ai envie de distribuer des paires de claques. Comme réforme innovante de la licence universitaire, on pourrait rêver mieux !

De quoi s’agit-il ? Mathieu Oui (EducPros, 29 mai 2012) : « c’est la première initiative de PSL, a rappelé sa présidente Monique Canto Sperber, ancienne directrice de l’ENS. Le projet répond à la nécessité de doter PSL d’un premier cycle qui reflète les valeurs et l’ambition de cette université de recherche ». Première année de licence à Henri IV. Puis, « au fur et mesure de l’avancée du parcours, les chercheurs et enseignants de PSL interviendront de plus en plus… PSL sera à même de délivrer une licence. Les diplômés pourront alors avoir accès aux différents masters proposés par PSL, mais également aux grandes écoles scientifiques, commerciales ou littéraires ».

Têtes à claques. Ni le lycée Henri IV, ni l’ENS ULM, ni les autres établissements membres de PSL (sauf Paris Dauphine Université) ne sont habilités à organiser et à délivrer le titre national de licence. Pas de charrue avant les bœufs : PSL n’a pas encore le statut d’établissement public. La communication sur ce premier cycle frise donc la publicité mensongère. Des claques se perdent !

Et pour qui ce projet dans l’étroit périmètre de la Montagne Sainte Geneviève ? Pour 60 bacheliers ! Soixante bacheliers parmi 550.000. Soixante bacheliers « avec un objectif de 50% de boursiers« . Trente étudiants des classes populaires montent à Paris. Vont-ils dresser des barricades sur la place du Panthéon ou vont-ils êtres reconnaissants aux deux établissements élitistes de leur ouvrir leurs portes ?

Ce premier cycle universitaire parisiano-parisien n’est qu’un coup de pub. Une communication aussi fallacieuse que les annonces mensongères de Valérie Pécresse. Celle-ci ne criait-elle pas sur les toits que le taux de 30% de boursiers en CPGE était atteint grâce à elle ? C’était faux, archi-faux : chroniques du 28 septembre 2010 (« 30% de boursiers en CPGE : faux !« ) et du 11 juin 2011 (« Boursiers CPGE : flux et stocks« ).

La Note d’information d’avril 2012, consacrée aux étudiants inscrits en CPGE à la rentrée 2011, dévoile un taux bien moins rose. Le taux de boursiers (25,7% à la rentrée 2010) y a progressé moins vite au cours de la dernière décennie (+6,4 points par rapport à 2001) que dans l’ensemble de l’enseignement supérieur (+8 points) !

Cette même Note confirme l’extrême concentration géographique des CPGE en Ile-de-France (académies de Paris, Versailles et Créteil) : plus de 30% des 2.339 sections, 32,7% des 79.800 élèves inscrits. Le Louvre s’installe à Lens dans le Pas-de-Calais. Pourquoi PSL, l’ENS Ulm, Henri IV n’accompagnent-ils pas ce beau projet de décentralisation en transférant leur premier cycle universitaire innovant, en l’ouvrant à 100 bacheliers boursiers d’Arras, de Lens, de Béthune et… d’Hénin-Beaumont.

Dans l’immédiat, le nouveau gouvernement prendrait lui aussi des claques s’il laissait s’ouvrir à la rentrée 2012 et à Henri IV une première année d’une licence universitaire au titre usurpé. La licence doit se faire à l’université ! Point final !

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Article du on Samedi, juin 9th, 2012 at 18:01 dans la rubrique A. S'indigner, C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

15 commentaires “ENS Ulm, Henri IV, têtes à claques”

  1. tetard dit:

    merci pour ce coup de gueule et de projecteur.

    Tout est dit: La licence se fait en licence.Point barre!
    Usurpation, tromperie, perversion.

  2. François dit:

    Pour en finir avec ces guerre picrocholines :
    – transformation des GE en départements d’ingénierie, de business,etc. d’ensembles universitaires dotés d’une forte autonomie,
    – répartition des classes préparatoires entre ces départements,
    – si ces départements le souhaitent, évolution de leurs cursus 2+3 vers des cursus 3+5 avec attribution d’une licence au bout de 3 ans.

  3. Martin T dit:

    Je vous trouve un peu sévère.
    Il est certes un peu abusif de mettre en place une licence avant même d’avoir le statut d’université, mais ils ont eu l’audace de proposer un nouveau modèle de licence, plus généraliste, qui tente de faire converger prépa et universités.

    François, le rapprochement entre GE et universités ne pourra se faire que si les deux systèmes s’accordent pour converger vers une sorte de point médian. Une partie seule n’acceptera jamais de renoncer à son modèle.
    Je doute que les GE acceptent d’être converties en départements, ou en « Graduate Schools » à l’américaine, tant que l’UNEF refusera la sélection en M1, et à fortiori en L1

  4. Doc dit:

    Merci pour cette protestation, j’ai été aussi choqué que vous par la communication faite notamment dans le journal « Le Monde » sur ce nouveau programme. Il me semble que les journalistes spécialistes de l’éducation manquent de recul sur ces effets d’annonce et se contentent en général de colporter la bonne parole.

  5. Sirius dit:

    Je ne comprend pas bien cette condamnation.
    Vous plaidez pour des premiers cycles enseignés par des agrégés du secondaire : ceux de Henri IV sont-ils plus mauvais que les autres ? Et ils ne devraient enseigner qu’en première année.
    Quant au droit de délivrer une licence, on ne voit pas ce qui pourrait faire que PLS ne l’obtienne pas. Dans PLS il y a Dauphine qui délivre déjà des licences et d’autres établissements qui délivrent des masters et des doctorats. Voulez-vous faire croire que l’ENS n’a pas le niveau pour délivrer une licence ?
    Alors, pourquoi tirer à boulets rouges sur un projet dont la qualité est garantie, qui respecte les droits universitaires et qui ambitionne d’atteindre un taux de boursier supérieur à la moyenne des universités ?

  6. François dit:

    En me relisant je m’aperçois que j’ai écrit :  » – si ces départements le souhaitent, évolution de leurs cursus 2+3 vers des cursus 3+5 avec attribution d’une licence au bout de 3 ans « .
    Bien entendu je voulais dire  » évolution de leurs cursus 2+3 vers des cursus 3+2  »
    Ceci étant, tetard pourrait-il dépasser le stade de développement intellectuel de l’animal homonyme et exprimer une argumentation qui aille au-delà de « point barre » ?

  7. Pierre2 dit:

    Merci pour ce coup de gueule. Profitons-en pour rappeler qu’il n’est même pas possible d’obtenir que l’ENS donne l’origine de ses élèves : cela fait 3 ans que je tente sans succès de le savoir, c’est top secret.

    Le but de la manip est d’arriver à ce que l’ENS puisse ouvertement recruter tous ses étudiants à H4 et LLG, en arguant du fait qu’il y a une pincée de boursiers, et que ces bonnes oeuvres justifient le reste. Et cela appauvrira encore un peu plus ce qui pourrait se passer hors du 5ème arrondissement.

    Il faut fermer H4.

  8. François dit:

    @ Martin T « Je doute que les GE acceptent d’être converties en départements, ou en “Graduate Schools” à l’américaine, tant que l’UNEF refusera la sélection en M1, et à fortiori en L1″
    C’est vrai, mais les GE faisant partie des IDEX s’y sont pratiquement engagées, et les Polytech universitaires sélectionnent déjà à tous les niveaux de recrutement.

  9. Irnerius dit:

    Je défends sur ce blog le projet d’une révolution de l’ensemble du premier cycle du supérieur : création d’Instituts d’enseignement supérieur, intégrant les classes préparatoires dans les universités (voie longue d’une licence en 3 ans).
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/tag/ies/

    Mon opposition fondamentale au projet PSL, ENS, Henry IV est liée au projet des IES. Ce cycle universitaire organisé sur la montagne sainte geneviève est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Un cataplasme sur une jambe de bois.

    Contrairement à ce que semble dire Sirius, je ne doute évidemment pas une seconde de la qualité de la formation qu’y recevraient 60 bacheliers, en particulier à cause de la qualité du corps professoral.

    Par ailleurs, j’estime que le projet parisiano-parisien mérite des claques car il est d’abord un coup de pub coûteux (publicité dans Le Monde) et manipulateur de la crédibilité de certains journalistes, comme le signale Doc.

    Quant à l’accueil de 30 boursiers dans cette filière élitiste, ce n’est que du miel pour attraper les mouches. Qui ira vérifier le taux de boursiers, une fois les étudiants inscrits ? Pierre 2, professeur de mathématiques en université, signale qu’il ne parvient pas depuis trois ans à obtenir la composition sociale des inscrits de l’ENS.

    Geneviève Fioraso doit bloquer l’ouverture de ce cycle, en retardant la reconnaissance de PSL comme Etablissement public. Elle ne devra pas céder au chantage habituel dans le SUP : « nos élèves sont là ; il faut que le ministère régularise la situation ». Non !

    Le projet des IES n’a jamais été discuté publiquement ni à la CPU, ni au séminaire de Jean-Richard Cytermann. Il ne le sera pas davantage lors des Assises du SUP. Et pourtant tout le monde dit que l’éclatement du premier cycle (CPGE, STS, IUT, universités) ne peut plus durer. François confirme à sa manière la nécessité d’une profonde réforme : intégration des CPGE dans des départements universitaires (commentaire 2).

    Le SUP sur la montagne sainte-geneviève, ce n’est pas la France !

  10. Damien dit:

    « Et pourtant tout le monde dit que l’éclatement du premier cycle (CPGE, STS, IUT, universités) ne peut plus durer. »

    Vraiment ? Peut-être que tout le monde le dit, mais je ne suis pas certain que tout le monde le pense. En tout cas, le statu quo arrange bien du monde.

    Concernant le projet de PSL, bah, qu’attendre d’autre d’une telle « alliance » ? Cela dit, c’est peut-être l’émergence des « prépas spécialisées dans la préparation des ENS » dont François-Xavier Martin affirmait l’existence dans une contribution de ce blog ( http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/05/04/trop-ou-pas-assez-dingenieurs/ ). Peut-être que ça va détruire le système des prépas de l’intérieur…

  11. François dit:

    @Damien. Je proposais de répartir les CPGE scientifiques (et commerciales) entre des regroupements de GE devenues les composantes essentielles de départements d’ingénierie et de business universitaires (ces départements étant ensuite libres de faire évoluer les cursus actuels 2+3 comme ils l’entendent, par exemple vers du 3+2 s’ils estiment important de décerner des licences).
    Ce schéma laissait de côté le devenir des ENS et de leur amont, dont le destin n’était pas le sujet de ma proposition.

  12. Damien dit:

    François :
    « Je proposais de répartir les CPGE scientifiques (et commerciales) entre des regroupements de GE devenues les composantes essentielles de départements d’ingénierie et de business universitaires  »

    Et je doute toujours que ça ait plus de chance de se faire que les IES. Et si ces « départements » sont dotés d’une réelle autonomie (comme les IUT actuellement), ça ne terminera pas les « guerres picrocholines » (vous avez vu les relations entre les IUT et les universités ?). Si ce n’est pas le cas… c’est hors de question, en fait. Et, bien sur, je ne suis toujours pas d’accord sur la nécessité, ni même l’intérêt, de séparer les premiers cycles « scientifiques » des premiers cycles « d’ingénierie ».

  13. François dit:

    Rien à voir avec les IUT, qui sont sans doute regardés actuellement avec une certaine condescendance par les « vrais » universitaires.
    Il s’agira d’un dialogue entre égaux (départements de sciences, de droit, de médecine, de management/commerce, de lettres, d’ingénierie, d’économie etc.) qui seront les composantes de l’ensemble universitaire
    Il y aura bien sûr un certain cousinage et des échanges à tous niveaux entre les départements dont l’enseignement et la recherche couvrent des domaines communs mais dont les finalités sont très différentes (par exemple entre sciences et ingénierie, économie et management/commerce, etc.).

  14. Damien dit:

    « Rien à voir avec les IUT, qui sont sans doute regardés actuellement avec une certaine condescendance par les “vrais” universitaires. »

    Oh, vous croyez que le problème n’est que là ? Il y a des EC dans les IUTs, et pas mal de candidats à des postes de maître de confs seraient bien contents d’avoir un poste en IUT. Sur ce point, je pense que les questions de pouvoir, d’indépendance et d’argent sont infiniment plus importantes que les questions d’ego.

    « Il s’agira d’un dialogue entre égaux (départements de sciences, de droit, de médecine, de management/commerce, de lettres, d’ingénierie, d’économie etc.) qui seront les composantes de l’ensemble universitaire »

    Mais les IUT sont déjà des composantes de l’ensemble universitaire.
    Si vous estimez que les « départements d’ingénierie » doivent être égaux aux autres « départements » (en fait, aux UFRs), vous leur donnez les mêmes pouvoirs. Et en particulier la même indépendance vis-à-vis de la présidence de l’université (c’est-à-dire, une totale dépendance). Vous croyez vraiment que les enseignants d’école d’ingénieur seraient d’accord pour que toutes leurs dépenses, leurs recrutements et toute l’organisation de leur enseignement soient contrôlés (bien souvent a priori) par les conseils centraux de l’université ?
    Sauf à considérablement réformer le fonctionnement des universités, vous ne pourrez jamais intégrer « en égaux » les écoles d’ingénieur. Il y aura forcément des « plus égaux que d’autres ».

    « et l’enseignement et la recherche couvrent des domaines communs mais dont les finalités sont très différentes (par exemple entre sciences et ingénierie »

    Dans mon domaine de recherche, je ne vois aucune différence entre la recherche qui est faite en université et celle qui est faite en école d’ingénieur. Ni dans le contenu ni dans la finalité.
    Du reste, en enseignement non plus.

  15. Irnerius dit:

    Damien et François sont deux fidèles commentateurs du blog. Je les en remercie vivement. Ils ne sont pas insensibles au projet des Instituts d’enseignement supérieur que porte ce blog, même si ils y portent un regard critique ; ils ne croient pas à son avenir. Moi non plus, et encore moins depuis la nomination de Daniel Filâtre comme conseiller de Geneviève Fioraso. Daniel Filâtre propose tout autre chose que les IES : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/06/12/quiz-le-1er-cycle-et-le-professeur/

    François tente comme moi de penser l’avenir de l’enseignement supérieur et de son premier cycle en particulier. Il s’est exprimé sur ce blog :
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/05/04/trop-ou-pas-assez-dingenieurs/

    Damien pas encore. Sa méthode d’exposition, dans ses commentaires, est impitoyable. Il cite des phrases de commentaires précédents et les démonte : il rejette, avec raison, les arguments d’autorité, les opinions et assertions gratuites, l’absence de preuves ; il a l’art de mettre les commentateurs en contradiction avec eux-mêmes.

    J’aimerais bien évidemment que Damien aille plus loin, qu’il propose sa vision de l’avenir du premier cycle du sup. Il a des idées et une expérience certaine. Je ne dévoilerai pas qui il y est en disant qu’il enseigne dans un IUT. Allez, Damien ! A quand un bilan sans complaisance des IUT et les perspectives possibles pour eux !

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