Louis Le Grand sans vergogne

Mais que font donc Geneviève Fioraso, Vincent Peillon, Jean-Paul Huchon ? Deux grands lycées publics de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris, Henri IV et Louis Le Grand, se lancent dans des opérations en toute autonomie. La loi LRU a renforcé l’autonomie des universités : quelle loi accorde l’autonomie pédagogique et financière aux lycées publics ? Ceux-ci sont financés, hors masse salariale des fonctionnaires, par les régions : les initiatives des deux lycées figurent-elles dans le schéma régional de l’enseignement supérieur et de la recherche pour l’Ile-de-France ?

Le lycée Henri IV lance un premier cycle universitaire avec Paris Sciences et Lettres (chronique : « ENS Ulm, Henri IV, têtes à claques« ). Le lycée Louis le Grand annonce la création d’une Fondation pour recueillir des fonds privés (article du Monde du 10 juin 2012). De qui les proviseurs de ces lycées prestigieux se moquent-ils ? On ne peut les laisser agir en toute impunité. On ne peut admettre qu’ils entraînent leurs lycées dans une dérive libérale portée par l’excellence, les rentes de situation inégalitaires, le chacun pour soi et la concurrence pour tous, la complaisance de journalistes : « je crée les diplômes que je veux ; je recherche des fonds privés comme je l’entends »… Et ce pour pouvoir attribuer davantage de bourses aux plus méritants : stratégie honteuse de communication dévoyée ! Démagogie !

Les deux ministres et le président du Conseil régional doivent faire rentrer dans le rang les proviseurs de ces deux lycées. L’Éducation Nationale n’a pas besoin de gens qui agissent sans vergogne. Samuel Bliman, devenu le principal contributeur de ce blog, s’indigne lui aussi dans un texte qu’il m’a envoyé ce matin : « Quelques évolutions, hélas, prévisibles« .

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Article du on Lundi, juin 11th, 2012 at 17:56 dans la rubrique 3. Ile-de-France, S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

7 commentaires “Louis Le Grand sans vergogne”

  1. Sirius dit:

    Le commentaire de Samuel Bliman serait plus crédible s’il n’était émaillé de contre-vérités et d’approximations.
    1. Ce n’est pas la LRU qui a créé la possibilité pour les universités de recourir aux financements privés. Elle existe depuis la loi Savary de 1985 et a été renforcée et diversifiée par la loi sur la recherche de 2006.
    2. Dire que « d’emblée le jeu est inégal » est inexact. Les universités ne sont victimes d’aucun handicap. On peut seulement dire que les universités ont pris beaucoup de retard sur les grandes écoles. Mais c’est de leur fait.
    3. L’Ecole des Mines n’est nullement première dans le classement international qu’elle produit. Malgré toutes les contorsions qu’elle opère dans ce classement ridicule, elle est, en France, derrière HEC, l’X, l’Ena, ScPo.
    4. Si les universités n’ont pas d’associations d’anciens élèves, à qui la faute ?
    5. Poser la question : la loi LRU est-elle applicable aux grandes écoles ? n’a pas de sens. Par définition la LRU est applicable aux Universités. Les grandes écoles ayant une autonomie supérieure à celle des universités, même après les RCE. Un haut niveau d’autonomie est un critère déterminant pour être admis à la conférence des grandes écoles.
    6. Même remarque pour les lycées : la loi LRU ne s’applique pas, par construction. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont aucune autonomie.
    7. La remarque sur la dotation financière des classes préparatoires comparées à celle des licences dépasse toutes les bêtises qu’on lit sur ce sujet. Par exemple M. Peillon a dit pendant la campagne électorale que le rapport était de 1 à 2 en faveur des classes préparatoires. Ce qui est faux. Le chiffre officiel du ministère est de 1 à 1,5. Ce qui correspond très exactement à la différence du nombre d’heures de cours dans un système et dans l’autre. Si l’on estimait le rapport en termes d’efficacité (nombre d’étudiants qui poursuivent leurs études à un niveau supérieur) les classes préparatoires seraient gagnantes avec un rapport très supérieur à 1,5.
    8. La législation sur les fondations prévoit que les capitaux soient placés et seuls les intérêts produits soient utilisables.

  2. Damien dit:

    « Les universités ne sont victimes d’aucun handicap. »
    « Les grandes écoles ayant une autonomie supérieure à celle des universités, même après les RCE. »

    Cherchez l’erreur…

    « Si l’on estimait le rapport en termes d’efficacité (nombre d’étudiants qui poursuivent leurs études à un niveau supérieur) les classes préparatoires seraient gagnantes avec un rapport très supérieur à 1,5.

    Non seulement c’est faux, mais en plus cette mesure est complètement absurde, puisqu’elle fait une totale abstraction de la situation des étudiants à l’entrée.
    Je suppose que vous considérez que l’enseignant de lycée générale est forcément plus « efficace » que celui de lycée professionnel puisque le premier produit des bacheliers S et pas le second ?

  3. Irnerius dit:

    Damien et François sont deux fidèles commentateurs du blog. Je les en remercie vivement. Ils ne sont pas insensibles au projet des Instituts d’enseignement supérieur que porte ce blog, même si ils y portent un regard critique ; ils ne croient pas à son avenir. Moi non plus, et encore moins depuis la nomination de Daniel Filâtre comme conseiller de Geneviève Fioraso. Daniel Filâtre propose tout autre chose que les IES : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/06/12/quiz-le-1er-cycle-et-le-professeur/

    François tente comme moi de penser l’avenir de l’enseignement supérieur et de son premier cycle en particulier. Il s’est exprimé sur ce blog :
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/05/04/trop-ou-pas-assez-dingenieurs/

    Damien pas encore. Sa méthode d’exposition, dans ses commentaires, est impitoyable. Il cite des phrases de commentaires précédents et les démonte : il rejette, avec raison, les arguments d’autorité, les opinions et assertions gratuites, l’absence de preuves ; il a l’art de mettre les commentateurs en contradiction avec eux-mêmes.

    J’aimerais bien évidemment que Damien aille plus loin, qu’il propose sa vision de l’avenir du premier cycle du sup. Il a des idées et une expérience certaine. Je ne dévoilerai pas qui il y est en disant qu’il enseigne dans un IUT. Allez, Damien ! A quand un bilan sans complaisance des IUT et les perspectives possibles pour eux !

  4. Damien dit:

    « Sa méthode d’exposition, dans ses commentaires, est impitoyable. »

    Désolé, j’ai tendance à m’emporter facilement. J’essaierai de limiter ces réactions « Ã  chaud ».

    « Je ne dévoilerai pas qui il y est en disant qu’il enseigne dans un IUT. »

    D’autant moins qu’il doit y avoir confusion. Je n’enseigne pas en IUT, sur lequel mon regard n’est qu’extérieur (discussions avec des enseignants et des anciens étudiants). Si j’ai pu le laisser entendre, alors je m’en excuse.

    Si ne pas croire en l’avenir d’un projet, c’est porter un regard critique, alors j’ai effectivement un regard critique sur beaucoup de projets. Je suis peut-être trop pessimiste sur l’enseignement supérieur (et particulièrement le premier cycle) pour penser son avenir. Je ne vois dans l’avenir que la continuation de ce qui se fait, et le projet de « 1er cycle » PSL-Henri IV (pour ne citer que lui) ne fait que conforter mon idée. Chacun veut préserver son pré carré et craint de perdre ses avantages. On « réunit » les formations à grands coups de PRES, mais bien souvent ce n’est que de l’affichage destiné à assurer que rien (ou presque) ne change.

    Ce qui me gêne le plus dans le système actuel, c’est son incohérence. Ce n’est peut-être pas le plus gros défaut pour les étudiants, mais j’ai du mal à réfléchir sur un tel système. Le projet des IES me plaît parce que c’est le seul que je trouve réellement cohérent. Unification des parcours, meilleure répartition des effectifs en filières courtes et longues, sélection mais sans laisser de bacheliers à côté, programmes nationaux, enseignants purs, tous ces aspects pourraient être critiqués isolément mais je trouve que l’ensemble se tient.

    Cela dit, peut-être que justement la diversité des disciplines, des intérêts, des débouchés, fait qu’avoir un ensemble cohérent est impossible.

  5. Pierre2 dit:

    « M. Peillon a dit pendant la campagne électorale que le rapport était de 1 à 2 en faveur des classes préparatoires. Ce qui est faux. Le chiffre officiel du ministère est de 1 à 1,5. Ce qui correspond très exactement à la différence du nombre d’heures de cours dans un système et dans l’autre. Si l’on estimait le rapport en termes d’efficacité (nombre d’étudiants qui poursuivent leurs études à un niveau supérieur) les classes préparatoires seraient gagnantes avec un rapport très supérieur à 1,5. »
    Je suis en partie d’accord, mais en partie seulement. Le chiffre officiel est de 1,5, mais il est probablement sous-estimé, car si on connaît bien le coût des prépas, celui des universités semble être une moyenne sur tous les cycles, et le coût réel du L1 est probablement inférieur (et dépend fortement des parcours).
    Par contre, il est vrai que le taux de réussite en L1, dans tous les exemples que je vois, tourne en sciences autour de 30%, alors que le taux de réussite en prépa est de 80%; si on prend cela en compte, alors le coût d’un diplômé de première année est inférieur en classe préparatoire. Comme parking, les facs coûtent moins cher que les prépas, mais comme établissement d’enseignement, elles coûtent probablement plus. Cela fait 30 ans que je me demande comment on peut tolérer des établissements d’enseignement avec de tels taux d’échec (et je sais de quoi je parle, j’y enseigne).

    P.S. Qu’on ne m’oppose pas le problème de la sélection. Mon université n’est même pas capable de me dire d’où proviennent les étudiants qui sont dans mon cours, l’info n’est pas disponible; mais je le sais parce que je le leur ai demandé : en L1, ils viennent tous de S, la plupart de spécialité maths. Autrement dit, nos étudiants sont parmi les mieux formés de leur classe d’âge. S’ils échouent, c’est parce que nous sommes incapables de leur donner un environnement qui leur permette de travailler.

  6. ClaudeF dit:

    Voila un débat passionnant. Mais comme tjrs avec l’enseignement, il tourne autour des questions purement nationales. À quand une lecture comparée des systèmes? Prenons par exemple le système de nos voisins Suisses. Il n’est pas plus inégalitaire que le système français, mais il laisse une très grande liberté aux établissements et ne cherche pas à limiter leurs actions. Tout particulièrement en ce qui concerne l’industrie. Et il me semble que ce pays réussit assez bien économiquement. Mais il est vrai que ce sujet effarouche ici.

  7. Pierre2 dit:

    @ClaudeF « Ã€ quand une lecture comparée des systèmes? »
    Depuis que j’enseigne, la « lecture comparée des sytèmes » sert d’abord à faire passer par des arguments d’autorité des réformes mal conçues et inadaptées à la réalité française (de même que le classique « on ne peut pas faire autrement, c’est une décision européenne »).
    Il est très difficile de comprendre le fonctionnement d’un système éducatif: sa partie visible repose sur un socle culturel invisible. Le placage de quelques modalités visibles sur une autre culture, c’est-à-dire ce qu’on fait généralement, résulte le plus souvent en un échec net.
    Avant de se lancer dans des réformes de grande ampleur copiées de travers sur des systèmes étrangers mal compris, on pourrait commencer par des réformes modestes de ce que nous comprenons bien. On sait que c’est possible, et que ça donne immédiatement des résultats.
    Le problème, c’est que ça remet en cause un certain nombre de choses : par exemple, le calendrier, le fait de dire officiellement que l’on laisse les étudiants de M1 participer à l’enseignement, l’introduction de la sélection en M1, le changement des méthodes d’évaluation… Cela demande du courage; c’est une chose rare, en particulier au plus haut niveau, comme on a pu le vérifier ces dernières années.
    On préfère se gargariser en prétendant connaître les systèmes étrangers…

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