Plus de 55.000 bacheliers professionnels, qui vont poursuivre des études supérieures à la rentrée 2012, n’obtiendront aucun diplôme du supérieur. Plus de 55.000 jeunes envoyés au massacre. Qui s’indigne d’un tel gâchis ? Gâchis pour ces jeunes, gâchis de la dépense publique !
Aucune réforme du 1er cycle du supérieur n’a accompagné la montée du nombre de bacheliers professionnels. Aucune réforme pour leur permettre d’y réussir. Aucun débat sur les Instituts d’enseignement supérieur qui prennent en compte la montée en puissance des bacs pros dans le Supérieur (106 chroniques sur les IES). Plus de 55.000 ? Démonstration !
Un des objectifs de la réforme du baccalauréat professionnel est la progression de la poursuite d’études. Dont acte ! Que sont devenus les bacheliers professionnels 2011 souhaitant poursuivre des études ? Où vont aller ceux qui vont obtenir leur bac dans quelques jours ? La porte des CPGE et des IUT leur est fermée. Les sections de techniciens supérieurs en accueillent une large partie mais leur capacité d’accueil ne progresse pratiquement pas. Reste donc l’université !L’université ouverte à toutes et à tous !
Données à prendre en compte : le nombre de bacheliers professionnels, le taux et la nature de leurs poursuites d’études dans le supérieur, le taux de réussite au diplôme. 1. Le nombre de bacheliers professionnels est en forte augmentation. La Note d’information 12.04 de juin 2012 fournit les chiffres les plus récents (tableau 1 et graphique 1) : les bacs pros représentaient 22,3% de l’ensemble des bacheliers en 2010 et 27,4% en 2011. Depuis cette date, ils sont plus nombreux que les bacheliers technologiques.
L’effet de la réforme du bac pro sera encore plus prononcé en 2012. Les données publiées par le Ministère – Les chiffres clés du baccalauréat 2012 – sont inquiétantes. 219.973 inscrits au baccalauréat professionnel (+27,67% par rapport à 2011 et 31% des inscrits). 148.622 inscrits au baccalauréat technologique (- 4,57% par rapport à 2011 et 21% des inscrits). En 2011, le taux de réussite au baccalauréat professionnel a été de 84%.
2. Taux et nature des poursuites d’études des bacheliers professionnels. Faute de suffisamment de places en STS, les élèves qui ont obtenu le bac pro en 2011 se sont-ils inscrits en plus grand nombre à l’université ? On n’en sait rien. La Note d’information sur les effectifs étudiants universitaires en 2011-2012 n’est pas encore parue ! Qu’attend Geneviève Fioraso pour la diffuser ? La DEPP est en possession des données depuis le 15 janvier 2012. Les dernières statistiques publiées datent de 2010-2011 : « Les étudiants inscrits dans les universités publiques françaises en 2010-2011« .
Les données disponibles permettant de mesurer le taux et la nature des poursuites d’études concernent les bacheliers 2010, bacheliers d’avant la réforme du bac pro, bien moins nombreux que les bacheliers 2011 et 2012. Trou noir de la statistique pour les bacheliers 2011. Selon les tableaux 2 et 3 de la Note d’information 12.04, plus de 40% des bacheliers 2010 ont poursuivi des études supérieures en formation initiale (26%) ou en alternance (16%). Ces taux sont en constante progression et, vu la réforme du bac pro, devraient continuer leur ascension.
Parmi les 26% de bacheliers professionnels 2010 qui ont poursuivi des études supérieures en formation initiale, 18,3% sont entrés en STS, 6,9% à l’université, 0,7% en IUT, 0% en CPGE. L’université par défaut : plus de 80% d’entre eux souhaitaient poursuivre des études en STS (graphique 2). A l’université (graphique 4), ils se sont inscrits dans tous les secteurs de formation (sauf en Santé et à un moindre degré en Sciences).
3. Taux de réussite au diplôme. Bien entendu, les données sur les taux de réussite concernent des bacheliers professionnels d’avant la réforme. Taux de réussite à la licence en 3 ou 4 ans pour les bacheliers 2006 et 2007 (tableau 5) : 4,1%. Taux de réussite au BTS des bacheliers 2008 : 51,3%. Ce taux est plus fort pour les BTS des services (63,9%) et plus faible pour les BTS de la production ; les taux ne sont guère différents en formation initiale et en alternance.
Plus de 55.000 jeunes bacheliers professionnels envoyés au massacre. Démonstration. 220.000 inscrits au bac pro à la session 2012. Dernier taux de réussite au bac connu : 84% x 220.000 = 184.800 bacheliers. Dernier taux de poursuite d’études connu : 42%, taux porté à 50%, vu les objectifs de la réforme du bac pro : 184.800 bacheliers x 50% = 92.400 poursuites d’études. Derniers taux connus d’obtention de la licence et du BTS : 40%. 92.400 poursuites d’études x 60% (taux d’échecs) = 55.440.
Sur l’accès des bacheliers des villes moyennes aux sections de techniciens supérieurs, lire le rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale sur Admission post-bac. Rapport du 27 juin 2012, signalé par Michel Abhervé.

Si on compare les méthodes de massacres américaine et française :
Le site du service de recensement américain (aller sur http://www.census.gov/hhes/socdemo/education/data/cps/2011/tables.html puis cliquer sur All Races(XLS)) indique qu’en 2011 pour les 25-29 ans par rapport à la population:
61,3 % ont commencé des études supérieures
20,1 % (soit 33 % de ceux qui ont commencé des études supérieures)n’y ont obtenu aucun diplôme
9,5 % ont obtenu un associate degree (plus ou moins équivalent à un BTS)
31,6 % ont obtenu au moins un bachelor (les faibles taux de master et de PhD n’étant pas significatifs pour cette tranche d’âge, en particulier parce que les masters – dont les très nombreux MBA – se font souvent après une césure de quelques années et que les PhD sont plus longs que nos doctorats)
- Par rapport à leur population, les jeunes Américains sont plus nombreux que les jeunes Français à commencer des études supérieures
- Le pourcentage de ces étudiants qui n’obtiennent aucun diplôme est plus élevé aux USA qu’en France (plus de 30 % contre environ 20 %), le taux de diplômés étant voisins dans les 2 pays (avec une proportion de diplômes bac+2 plus forte en France)
- Les échecs américains sont concentrés dans les « Community Colleges », donc parmi les étudiants qui n’ont pas été admis directement dans une université sélective préparant au Bachelor
@ François. Merci pour ces comparaisons pertinentes. Néanmoins, le taux d’échec des bacheliers professionnels dans le supérieur en France (60%)est plus élevé que le taux moyen observé aux USA (plus de 30%). Quel est, aux USA, le taux d’étudiants qui n’obtiennent pas de diplôme quand ils sont passés par un Community College ?
D’après la National Science Foundation, il y avait en 2009 aux USA :
- 20,7 million d’étudiants dans des établissements de tous types
- dont 8,2 millions (40%) dans des Community Colleges où tout lycéen ayant son diplôme de fin d’études a le droit d’entrer.
Y ont été décernés en 2009 un peu moins de 800 000 Associate Degrees.
Le taux d’échec pour un cycle de 2 ans paraît donc très important.
Mais :
- ces Community Colleges reçoivent, en plus de jeunes sortant de High School, des étudiants assez âgés, dont une partie étudie à temps partiel et est donc inscrite nettement plus de 2 ans (ça fait penser au CNAM),
- certains étudiants viennent pour suivre des cours qui les intéressent sans intention d’obtenir un Associate Degree.
(Ce que j’écris est uniquement obtenu de sources Internet
http://www.nsf.gov/statistics/seind12/c2/c2s2.htm#s1
appendix table 2-10
appendix table 2-16
Je n’ai aucun accès direct à une personne qui aurait suivi ce type d’études aux USA).
De plus, certains élèves des Community Colleges les quittent avant d’avoir obtenu un Associate Degree car ils ont pu entre temps entrer dans un établissement les préparant au Bachelor (fuite par le haut et non échec !).
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Sur l’échec dans l’enseignement supérieur dans le monde existait un chapitre dans « Regards sur l’éducation » de l’OCDE 2010. Il semble avoir disparu en 2011.
Je cite la partie relative aux études supérieures (graphique A.4.1 page 76) :
» Selon la moyenne calculée sur la base des 18 pays de l’OCDE dont les données sont disponibles,quelque 31 % des étudiants qui ont entamé des études tertiaires n’obtiennent pas le diplôme de ce niveau. Les taux de réussite varient considérablement selon les pays de l’OCDE.
Les étudiants en formation tertiaire de type A ou B qui ne décrochent pas de premier diplôme équivalent sont plus de 40 % aux États-Unis, au Mexique, en Nouvelle-Zélande et en Suède, mais moins de 25 % en Belgique (Communauté flamande), en Corée, au Danemark, en Espagne, en France et au Japon et, dans les pays partenaires, en Fédération de Russie.
Dans les pays membres ou partenaires de l’OCDE dont les données disponibles concernent uniquement l’enseignement tertiaire de type A,les taux d’abandon sont compris entre 38 % en Israël (pays partenaire) et 20 % en Australie. »
Le taux américain qu’ils donnent est tellement élevé (plus de 50%) que j’ai l’impression qu’ils ont considéré comme échec le fait de ne pas avoir au moins un bachelor.
Il est scandaleux que les IUT refusent d’accueillir les Bacs Pro et continuent à sélectionner (ce qui est normalement interdit)les bacheliers des bacs généraux pour remplir leurs formations. Les départements universitaires sont par contre tenus d’accueillir tout le monde avec, bien sûr , moins de moyens !
Enseignant en L1, j’ai une proportion non négligeable d’étudiants qui viennent de bac pros. Il ne faut pas se voiler la face, les étudiants sont bien moins armés que les autres, ils ont beaucoup plus de lacunes. Je ne suis pas sur que leur place soit à l’université.
D’accord avec Cédric et Jean-Michel: ce qui est scandaleux, c’est que tous ceux qui geignent sur le sort des bacs pros qui se cassent la gueule à la fac ne remettent pas un instant en question le fait qu’aucun barrage ne les arrête avant d’en arriver là . Quand on lit des copies totalement incompréhensibles rédigées par des étudiants supposés être des « littéraires », que peut-on attendre de bacs pros en Lettres modernes ou en Lettres classiques? Tout le discours sur « l’accompagnement » de ces publics n’est pas moins scandaleux et condescendant: doit-on les « accompagner » comme on « accompagne » un malade? « Accompagner » une deux chevaux sur un circuit de Formule Un va-t-il permettre de transformer celle-ci en Ferrari? Faute de pouvoir transformer la deux chevaux en Ferrari, faut-il détruire le circuit de Formule Un? Et le transformer en circuit touristique? Et où iront ensuite les quelques Ferrari et MacLaren qui restent?
Je suis d’accord avec le fait que l’on ne devrait pas laisser les bac pro s’inscrire à l’université comme on ne devrait pas plus laisser les bac généraux s’inscrire en BTS. Il y a vraiment un problème car si il y a de plus en plus de bac pro qui s’inscrivent à l’université par ce qu’il n’y a pas de place en BTS, c’est parce qu’il y a de plus en plus de bac généraux qui s’inscrivent en BTS.
[...] blog.educpros.fr – Today, 12:33 PM [...]
Bonjour
A jean Michel
Je suis enseignant chercheur en IUT et j’ai du mal à comprendre la réaction de collègues qui s’insurgent du fait que les IUT n’accueillent pas de bac pro. Le fait est que les bac pro ne demandent pas ces filières ou si peu que leur nombre n’est pas significatif en terme de statistique. . Par ailleurs, il serait temps en France que l’on arrête de confondre les filières technologiques et les filières professionnalisante. Un bac pro, désolé d’être aussi direct, est normalement fait pour déboucher sur un métier, et une insertion professionnelle. La poursuite d’étude devrait être une exception, et si telle est le cas de préférence en alternance.
Mon propos va peut être choquer quelques collègues, mais cela ne choque personne lorsqu’il s’agit de refuser à un étudiant de LPro l’accès en Master ou en école d’ingénieur, sous couvert qu’une licence pro ne doit pas conduire à une poursuite d’étude. Je pense par contre que les IUT on a travaillé leur accès au bac technologique. Ne croyons pas que l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin car les IUT ont plus de moyens…. ils ont aussi énormément de problèmes de ressources humaines
Bonjour. Rien de choquant à ce que vous dîtes Patrick, il ne s’agit là , hélas, que d’une réalité dont le système souffre : étudiants, enseignants, équipes et même les établissements (au travers de la dévalorisation des résultats aux examens). Je suis enseignante en BTS Design de communication et jusqu’alors, nos classes étaient essentiellement composées d’élèves issus de filières technologiques ou de « mises à niveau ». Cette nouvelle promo 2012 compte 1/3 de l’effectif général, en provenance de BAC pro. Nous sommes désarmés ! Comment adapter nos enseignements (parce qu’il est bien question de cela ?) tout en visant un diplôme national qui maintient des exigences scolaires relatives à un BAC+2 ? Les difficultés identifiées (appuyées par le phénomène de groupe) depuis cette rentrée, nous forcent à revoir notre pédagogie (repenser sa pédagogie est une bonne chose ; pas quand le professeur d’anglais doit revisiter son cours et sa démarche afin de se remettre au programme de seconde…). Et puis le point à l’impasse, qui n’est pas des moindres : que deviennent les 2/3 restants ? L’énergie dégagée à mettre en place du soutien et des approches différenciées fait que nous sommes moins efficaces par ailleurs. J’ai moi-même enseigné pendant + de 10 ans en CAP et BAC Pro. Cela me parait aberrant d’envoyer ces jeunes à l’échec ! Je suis en colère ! Je me sens responsable et absolument incapable de lutter contre ce parti-pris ministériel (maintenant, ils sont là – on ne va pas les laisser tomber). Donc « oui le BAC pro est une section professionnalisante qui vise à l’insertion professionnelle » et « Non, tous n’ont pas les moyens d’accéder aux études supérieures ». C’est bien triste mais c’est aussi la raison pour laquelle ces sections ont initialement été créées.
Bonjour à tous.
Je me permet d’intervenir sur quelques propos lus un peu plus.
J’ai obtenu mon diplôme de BAC pro électrotechnique en 2010 avec d’excellents résultats puis à défaut de pouvoir m’inscrire en DUT, j’ai enchainé sur un BTS dans cette même filière que j’ai également obtenu avec succès.
Actuellement étudiant en prépa ATS (post BTS/DUT) je ressent une différence cruelle de niveau par rapport aux étudiants issus de DUT cependant je n’ai rien pu faire pour éviter cela.
Ce qui me parait aberrant dans cette histoire est que ces étudiants issus de DUT vont obtenir des école d’ingénieurs bien plus prestigieuses que celles auxquelles je peux prétendre.
Mon sentiment n’est aucunement de la jalousie mais au contraire un sentiment d’impuissance envers le système d’éducation national qui ferme des portes précieuses pour certains étudiants étant dans ce cas de figure.
A contrario je suis d’accord avec l’idée générale qui se dégage de ce blog, soit que les étudiants étant en formation professionnelle sont « prédestinés » à entrer dans le monde du travail assez tôt.
Cependant il faut veiller à ne pas généraliser cette image et laisser une possibilité d’intégrer des IUT pour ces quelques étudiants ayant le potentiel pour intégrer ce type d’études.
@kevin
Si aviez ete pris en iut il est tres vraisemblable que vous ayez ete vire au bout d un an
J ai enseigne dix ans en iut en MP et Geii et de ce que j en ai vu les sti rament pas mal face aus S car l enseignement est vu de maniere plus theorique qu en bts
Donc je ne sais pas ce qui est mieux faire un bts puis une prepa ats qui permet de revuperet une ecole d inge ou se faire jeter d iut au bout d un an
En fait le seul cas ou vous auriez eu peut etre votre chance en iut c est si vous etiez passe par un semestre 0 avant l entree en fac (c est a dire une annee de remise a niveau entre le bac et l iut)
Sinon je pense que vous admettre en iut c etait vous faire aller au casse pipe
Mais je suis d accord que vous posez un vrai probleme
Il n existe pas beaucoup de passerelles entre le professionel le techmo et les filieres classiques
Bonjour,
je n’arrive pas à retrouver ce nombre de 55.000 bacs pros qui vont au massacre à l’Université.
D’après la note du ministère (ciblée dans l’article), 9.139 bacs pros étaient inscrits à l’Université en 2010. Ma « querelle » de chiffre ne vise pas à diminuer l’impact de l’échec des bacs pros à l’université.