Que faire quand on estime avoir subi une injustice ? Faut-il s’avouer vaincu ? Que conseiller à la chargée de cours qui m’a envoyé hier le courriel reproduit ci-dessous ?
« En mai dernier, j’ai été candidate à un poste de Maître de conférences. Tout en étant considérée par plusieurs personnes compétentes comme la plus qualifiée pour ce poste, je ne l’ai pas obtenu et été même classée la dernière« .
« Je saurais certainement accepter une défaite si elle était honnête, mais je sais (et je ne suis pas la seule à le savoir à l’université) qu’il y a eu beaucoup de magouilles et de vices de procédure autour de ce poste. Le comité de sélection a été remanié plusieurs fois, le seul spécialiste titulaire en France a été éjecté de ce comité sous prétexte qu’il partait à la retraite, le président de ce comité avait exigé d’être le premier sur la liste pour justement présider ce comité (étrange coïncidence : il avait une candidate à lui), le conseil du département avait écrit une lettre au président de l’université pour dénoncer cette situation, mais ce dernier n’a rien fait et j’en passe… ».
« Ma carrière universitaire s’arrête net aujourd’hui, mon avenir, même en tant que chargée de cours dans cette université, est fortement compromis aussi et ceci avec mes 8 ans d’expérience dans l’enseignement supérieur… Aujourd’hui je ne suis soutenue que par mes étudiants qui ont protesté et qui ont dit qu’ils ne s’inscriront pas si je ne suis pas là à la rentrée, mais les étudiants n’ont pas un mot à dire dans ce genre d’affaires »… Ils « ont déserté depuis plusieurs années les cours de l’enseignante qui a obtenu le poste »…
« Pouvez-vous me dire s’il y a quelque chose à faire ? Peut-on contester les résultats et si oui, à qui faut-il s’adresser » ?

Bonjour,
Le jury est souverain. On peut attaquer au tribunal administratif qui ne jugera que la forme (ex. : il y avait la mère du candidat recruté dans le jury ; ou encore, en cas d’épreuve écrite, le décompte des points a été mal effectué, et encore, je ne suis pas sûr).
Si toutes les règles légales (délais, procédure, etc.) ont été bien respectées, il n’y a malheureusement rien à faire.
c’est triste mais à part le TA il n’y a pas grand chose à faire (enfin si, avant d’aller au TA, faire un recourt auprès du service juridique de l’université, et au CS).
Par contre je voudrais attirer l’attention sur la notion du « j’avais un meilleur dossier » car pour avoir vu passer 3 MCU dans mon laboratoire, ce ne sont pas forcément les meilleurs (scientifiquement) qui sont pris. Tout dépend de l’attente du laboratoire sur le poste.
De plus il y a aussi le facteur « humain » qui entre en jeu (si le feeling passe bien ou non, si le Réseau du recruté peut être bénéfique en terme de collaboration pour le laboratoire, etc…) ainsi que la forme. Pour moi, ce n’est pas anormale de voir de très bon dossier être recalé. Le but du jury n’est pas juste de checker les pré-requis et dire « Ok c’est bon tous les indications sont là , vous êtes pris ». On parle de l’ajout d’une personne dans un groupe qui est en général déjà bien rodé. Il y a donc des compétences extra-dossier qui pondèrent le recrutement.
Cela ne me gênerait pas qu’un excellent candidat mais qui se serait pris la tête avec le DU du labo, se voit refuser le poste au profit d’une autre moins « compétente » (sur le papier). C’est une logique managériale de vouloir conserver un esprit de groupe relativement uni. Il n’est pas bon d’ajout un élément perturbateur même si ce dernier est excellent, car à terme cela impactera d’une façon ou d’une autre sur le travail des autres.
J’ai souvent râlé contre les procédés de recrutement, mais en grattant un peu les cas on s’aperçoit que les recalés n’étaient pas tout rose aussi. Néanmoins il demeure des irrégularités dans ces processus (localisme directe ou indirecte -tu fais ton postdoc et tu reviens dans 3/4 ans pour le poste, ect…)
Tsss, c’est pour tout le monde pareil. Les compétences ne sont pas suffisantes ; je dirais mêmes qu’elles sont souvent secondaires, il faut du piston et de la chance. Demandez vos rapports mais lisez les avec armure car les évaluations sont souvent l’occasion de petits exercices d’humiliation.
Le problème est surtout le suivant : les comités recrutent presque toujours des candidats connus des membres qui le composent et le résultat est très souvent connu d’avance. Le principale « compétence » attendue des candidats est quand même avant tout celle d’être le ou la protégée du comité. Tant que l’on n’interdira pas aux nouveaux docteurs de se présenter sur des postes dans les universités où ils ont soutenu leur thèse ou bien enseigné, il n’existera aucune ouverture réelle des postes mis au « concours » et ceux-ci ne seront bien souvent que des mascarades. La mesure que je suggère est parfaitement faisable et rétablirait l’égalité républicaine des candidats devant les concours. Les syndicats, dont ce devrait être le rôle de défendre ces valeurs si le Ministère lui même y a renoncé, se sont toujours bien gardé d’intervenir en ce sens.
Alain Quemin
professeur de sociologie à l’université Paris-8
Madame,
après 8 ans d’experience professionelle au sein du même établissement, vous pouvez obtenir un CDI par le protocole Tron Sauvadet. J’espère pour vous que les syndicats de l’université vous aideront dans cette démarche.
Florent Tétard
Le comité de sélection et le vote du CA étant à mes yeux des actes préparatoires à la nomination par arrêté ministériel (pour les MCU alors que c’est par décret pour les PU sauf erreur) le premier recours est à faire devant le président de l’université. En l’absence de réponse ou en cas de rejet de la demande d’annulation de la « décision » pour vice de forme et reconvocation du comité de sélection il me semble que le recours pourrait surtout être exercé à l’occasion de la publication de l’arrêté minisrtériel mais du coup directement devant le Conseil d’Etat.
Cela étant je reste très prudent sur la notion de vice de procédure. Ce qui l’est pour un candidat (surtout quand il n’est pas retenu!!!) ne l’est pas obligatoirement pour la justice administrative. On peut par exemple modifier un jury en respectant les formes et ne pas être juridiquement en position de vice de procédure. Par ailleurs je rejoins la remarque sur le fait que l’analyse des décisions prises n’est pas aussi simple que certains veulent bien le dire.
@alain quemin : la question du localisme mérite d’être posée oui, mais elle doit être surtout analysée. Il faut aller plus loin, et regarder comment et dans quelles conditions un « local » est recruté.
Évidemment qu’il existe des candidats « pistonnés » mais je ne pense pas que ce soit ce critère premier qui ressorte. D’ailleurs attention de ne pas confondre « piston » et « réseau »… l’un permet de trouver un poste grâce à une connaissance mais sans regarder les compétences du candidat (on les reconnait assez facilement en entreprise), l’autre peut postuler plus facilement à un poste grâce à une connaissance qui connait les compétences du candidat et le profil du poste.
Merci pour ces commentaires et ces conseils, tous fort judicieux. Comme je l’indiquais dans la chronique, je ne connais pas la chargée de cours qui m’a envoyé le message et ignore non la discipline dans laquelle elle dispense des cours et TD (je l’ai retirée du message pour empêcher toute identification de son auteur), mais l’université dans laquelle elle a postulé.
La teneur des commentaires est claire : le pessimisme domine. Peu ou pas de chances d’obtenir une annulation du classement du comité de sélection, une invalidation par le président de l’université. Difficile voire impossible de prouver un vice de forme, même quand les pratiques observées sont criticables, condamnables. Toute la procédure a pu être faite dans l’application des règles en vigueur. Circulez : il n’y a rien à voir.
La dénonciation nationale d’un scandale local est bien sûr possible. Cela a été le cas dans le recrutement récent d’un professeur à Strasbourg. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/06/11/strasbourg-le-ca-accuse-de-localisme/. Je ne sais si cette mobilisation a été efficace.
Je doute que « notre » chargée de cours ait la capacité à organiser une telle mobilisation de réseaux nationaux.
Se posent alors des questions de fond. Qui sont les enseignants-chercheurs qui ont attribué des charges de cours durant huit ans ? Ont-ils fait la promesse d’un recrutement futur ? Ont-ils vérifié que notre chargée de cours avait bien un employeur principal, condition pour donner des vacations à l’université ? Ou ont-ils fermé les yeux parce qu’il y avait absolument besoin de « boucher les trous » dans l’offre de formation par des vacataires précaires ?
Quand j’ai lu le message que m’a envoyé « notre » chargée de cours, je me suis fait tout de suite une opinion que je n’ai pas alors livrée. La voici. Huit années en tant que chargée de cours ôte toute chance d’obtenir un poste de maître de conférences ; un poste s’obtient deux ou trois années après la soutenance de thèse ou ne s’obtient jamais. La concurrence est tellement vive !
Et donc. Ce dont je suis le plus scandalisé, ce sont les pratiques des universités, des composantes, des responsables de filières de formation, des directeurs de thèse à l’égard des vacataires de longue durée qui, sur le fond, deviennent progressivement des précaires corvéables à merci. Arrétons ce mépris à leur égard !
Il faut être courageux dès la thèse en cours. Préparer les doctorants à d’autres emplois que celui de chercheur ou d’enseignant-chercheur ! Les 10.000 docteurs que la France produit chaque année ne peuvent devenir chercheurs ou enseignants-chercheurs !
[...] relayons ce témoignage publié le 13 juillet 2012 sur le blog du Prof Pierre Dubois, Histoires d’universités ; vous y trouverez de nombreux commentaires. Et vous, qu’en pensez-vous ? Share and [...]
« Les 10.000 docteurs que la France produit chaque année ne peuvent devenir chercheurs ou enseignants-chercheurs ! »
Oui, certainement mais parmi ces 10 000 docteurs, il y a des candidats qui ont ce profil: publications à compte d’éditeur, publications dans des revues à comité de lecture, concours (CAPES ou AGREG), enseignement dans le supérieur via un détachement comme ATER, thèse avec félicitation du jury, polyglotte, capacités de management et de suivi administratif (vu qu’ils ont organisé déjà plusieurs JE ou colloques internationaux…), création de supports pédagogiques en ligne (ils ont assuré la maintenance de sites de labos…) et pourtant… ils n’obtiennent pas le poste convoité… Alors ne soyons pas hypocrites et ne nous voilons pas la face… L’université française est la digne héritière de codes autrefois en vigueur dans l’aristocratie française. Un monde de courtisans où l’on vous conseille de ne pas faire de l’ombre à votre directeur de recherche…Un monde où l’on organise des colloques sur les Gender Studies mais où les femmes sont confrontés à un népotisme (au mieux un paternalisme) qui les réduit à jouer des rôles de potiches fascinées par la science des directeurs d’étude (et autres supérieurs hiérarchiques directs)ou à se transformer en executive women sans aucune vie privée/sentimentale… Faire miroiter un post-doc à 1800-2000 euros à l’étranger,lorsqu’à 33 ans on est déjà mère d’un enfant ? Pousser de jeunes enseignants du secondaire à accepter des contrats doctoraux à 1400 euros, avec un avancement bloqué pendant 3 ou 4 ans et aucune garantie d’être recruté sur un poste de MCF ou CNRS…?
Quant à la transmission des savoirs ? combien de séminaires ou colloques où l’on n’invite pas le spécialiste de la matière mais plutôt l’universitaire que l’on ne doit pas froisser, à qui l’on doit renvoyer l’ascenseur pour service rendu etc… Combien de MCF, Professeurs qui s’expriment dans un verbiage incompréhensible pour masquer leur incapacité à communiquer leur prétendu savoir ?
Pour les recrutements, il suffirait d’utiliser la statistique pour montrer que les compétences importent peu. Quant à la constitution d’un réseau, parlons-en: le doctorant publiant est souvent celui qui aura passé sa thèse à suivre l’intégralité des cours soporifiques de son directeur tout en le flattant…
L’université, c’est la loi de Parkinson: on ne recrute que des médiocres qui ne feront pas d’ombre aux médiocres recrutés précédemment… Reste à déterminer le coefficient d’inefficacité…