Réduire l’offre de formation

L’offre de formation des universités est pléthorique. Elle a explosé au cours des cinquante dernières années, depuis la création des IUT et de la maîtrise au milieu des années 60. Des nouveaux diplômes se sont ensuite ajoutés aux diplômes existants. La dernière étape a été la création du LMD en 2002 : toutes les universités ont multiplié les mentions, les spécialités, les parcours de licence et de master ; pour la rentrée 2012, Admission Post Bac propose 2.352 1ère année de licence. Pléthore et illisibilité de l’offre, erreurs d’orientation, réorientations, échecs en premier cycle… Coûts de plus en plus insupportables et en même temps gaspillages d’argent public.

Passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE) et confrontées à des difficultés financières accrues, les universités n’en ont pas encore fini avec leur calvaire : la réforme Wauquiez d’août 2011 prévoit en effet un minimum de 1.500 heures d’enseignement pour chacune des licences. Les universités commencent à surveiller le coût de l’offre de formation. Mais elles ne s’y attaquent pas encore de front : elles n’osent pas fermer des diplômes. Elles prennent donc un chemin détourné : diminuer le nombre d’heures d’enseignement, chaque composante devant faire des « efforts ». 20.000 heures supprimées à l’université de Strasbourg en 2012, 40.000 heures en 2013, selon le SNESUP. Les responsables universitaires se transforment en managers tueurs de coûts, sans avoir défini une stratégie claire pour l’offre de formation du futur.

Les syndicats s’opposent à cette absence de stratégie, à cette baisse des coûts décidée à la petite semaine. Le SNESUP-FSU de l’université de Strasbourg le fait savoir par un communiqué du 9 juillet 2012 : « Austérité et dégraissage : non à la réduction de l’offre de formation !La seule solution qui nous est proposée : faire moins de cours pour davantage d’étudiants avec moins de personnels ». Le SNESUP défend l’emploi et les revenus des enseignants précaires et stables, dans un contexte de dégradation du pouvoir d’achat des fonctionnaires et de fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Normal !

Mais que faire en situation d’offre de formation objectivement pléthorique et coûteuse ? Le SNESUP ne peut que chercher à amender la politique de la présidence de l’université de Strasbourg. Il « souhaite une autre politique, construite sur des mesures concertées et non imposées unilatéralement à la veille de l’été, plus respectueuse des composantes et de leur travail« . Les composantes sont encore trop nombreuses à Strasbourg : leur nombre trop élevé est d’ailleurs un des facteurs de la pléthore de l’offre de formation.

Le problème est que le nouveau gouvernement souhaite la réduction du taux d’échec en premier cycle, mais celle-ci ne semble pas, pour lui, passer par une réduction, une simplification drastique de l’offre de formation (chronique : « Assises vagues et sans vagues« ). Pire : « l’offre de licences n’est pas pilotée« .

Le projet du blog. Réduire, simplifier, rendre lisible l’offre de formation par la création des Instituts d’enseignement supérieur. Ce projet n’est pas dans l’agenda politique de Geneviève Fioraso.Proposition 9. L’offre de formation des Instituts d’enseignement supérieur met fin à la pléthore et à l’illisibilité des formations post-bac actuelles. « La voie longue, préparant aux études post-licence, et la voie professionnelle, préparant à l’insertion sur le marché du travail, sont organisées au sein de 5 parcours, de 5 parcours seulement : sciences et techniques ; économie, gestion et commerce ; arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales ; santé et paramédical ; droit, sciences politiques et administratives. Chaque IES organise au moins deux voies longues et deux voies professionnelles ».

La réduction de l’offre de formation doit passer par un retour aux programmes nationaux en licence. Proposition 10. Les programmes des formations dispensées en IES sont fixés au niveau national. Ils sont spécifiés au niveau régional pour les formations de la voie professionnelle, dans la limite de 25% des heures de formation. La spécialisation est progressive au fil des 3 années de licence. Pour les voies longues, des doubles licences, des parcours différenciés peuvent être organisés par co-décision des IES et de l’université de la Région ».

19 juillet 2012. J’ai effacé par mégarde les commentaires et ai réussi à la récupérer. Commencer la lecture par le commentaire 3 (Pascal Maillard).

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Article du on Mardi, juillet 17th, 2012 at 12:27 dans la rubrique 3. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Réduire l’offre de formation”

  1. Irnerius dit:

    J’ai effacé par mégarde le premier commentaire de Pascal Maillard et la réponse que je lui avais faite. Voici les commentaires suivants également effacés ! Désolé !!!

    Commentaire de Cédric : @ Pascal Maillard: merci pour ces explications. Je ne suis pas spécialement pro-réductions mais je pense quand même qu’il faille réfléchir au niveau local aux formations que nous donnons. Le nombre de licence a explosé depuis la réforme LMD ainsi que le nombre de masters. Est-ce que la situation précédente était moins bien? Je ne pense pas (j’étais encore en thèse à l’époque de la réforme). Je pense que cette réforme a créé la pagaille.

    Après, je suis d’accord avec toi qu’il y a des parcours qu’il faut défendre pour l’utilité publique.

    Mon commentaire sur le communiqué du SNESUP est qu’il ne propose rien et au final, est pour le statu-quo. Mais où va nous mener le statu quo? Et comme le dit Imerius, je suis moi aussi « curieux de connaître une mesure de mutualisation ou de rationalisation que le SNESUP mettrait volontiers en oeuvre ».

    Comme je l’ai dit, cette réduction d’offre ne peut se faire que dans le cadre de la préparation d’un quinquennal. Il est très difficile de la faire au cours d’un. Il est évident que personne ne souhaite réduction une offre, cela va aller à l’encontre du directeur d’UFR et de certains collègues. Nous avons tous de bonnes raisons de vouloir garder nos formations (notamment pour justifier nos heures et pour demander des postes). Mais dans les difficultés financières actuelles, je ne vois pas comment on peut s’en passer. La situation d’aujourd’hui oblige, malheureusement, à rationaliser et effectivement à redéfinir notre offre de formation. Après, il faut aussi réfléchir en terme d’offre régionale à mon avis. Cela implique aussi de donner plus de moyens à la mobilité des étudiants.

    Réponse de Pascal Maillard. Cher Pierre,

    Je comprends bien l’objet de ta curiosité, mais les termes que tu emploies et la situation à laquelle tu fais référence appellent quelques éclaircissements. Tu comprendras que dans le cadre d’un commentaire de blog je ne souhaite m’exprimer qu’en mon nom propre.

    1. Le SNESUP-FSU est une organisation syndicale. En tant que telle, elle a pour vocation de défendre, entre autres, les intérêts « matériels et moraux, économiques et professionnels » des personnels qui entrent dans son champ de syndicalisation, à savoir les enseignants et les enseignants-chercheurs. Il n’est pas inutile de préciser, par les temps qui courent, que les statuts du Snesup comportent comme 4ème objet : « la défense de la laïcité de l’enseignement public ».

    2. Le Snesup, de mon point de vue, ne peut en aucun cas être amené à « mettre en oeuvre » des mesures de rationalisation ou de mutualisation d’une l’offre de formation. La raison en est élémentaire : seule une équipe présidentielle et une direction d’établissement mettent en oeuvre de telles mesures, idéalement dans le dialogue et la concertation, et sous le contrôle des instances. Or, et c’est bien là le sous-entendu de la curiosité, à supposer que des membres du Snesup entrent dans une équipe présidentielle, je pose que ceux-ci ne peuvent en aucun cas exercer leurs responsabilités au titre de leur appartenance syndicale. Et pour être plus précis, j’estime que dans une université où une équipe présidentielle est soutenue par une liste syndicale ou intersyndicale, les syndicats doivent impérativement continuer à faire leur travail de la même façon, et en toute indépendance.

    3. Ceci dit, pour enfin répondre à la demande, je ne crois pas que des membres du Snesup, simple adhérent ou responsable syndical dans le cadre de négociations, puissent mettre « volontiers » en oeuvre une mesure de rationalisation de l’OdF. On ne supprime jamais « volontiers » un parcours, une spécialité ou une licence, surtout quand on connaît le travail qui a permis de les mettre en place et les étudiants qui y sont inscrits. Il est par contre évident que les élus et représentants syndicaux ont pleinement vocation à participer à des discussions, des concertations, des réunions, des séminaires, des débats etc portant sur tous les aspects relatifs à des modifications de l’OdF, y compris à des mutualisations et à un travail de mise en cohérence, à la condition d’oeuvrer dans l’intérêt des étudiants et dans le respect des personnels. Et s’il est dans l’intérêt des étudiants de ne plus les envoyer au casse-pipe en maintenant un diplôme sans débouché professionnel, il n’y aucune raison pour que le Snesup se batte pour le maintien de celui-ci. Si des mutualisation cohérentes ou des mesures d’économie raisonnables et souhaitables sont proposées, le Snesup les soutiendra.

    Aucune langue de bois dans cette réponse, mais des principes. Quant au débat qui consiste à dire que le Snesup serait clivé entre des positions corporatistes-conservatrices et un syndicalisme de proposition (voire de participation), il me fait sourire. La campagne pour les élections de l’automne 2012 permettra d’y voir plus clair, dans le cadre de la plate-forme que proposera l’intersyndicale Agir Ensemble. Mais c’est un autre sujet, pour d’autres fils de commentaires…

    Un bel été aux blogueurs, et à tous les autres…

    Commentaire de Damien @Cedric
    « Chaque université souhaitait avoir la même que celle d’à côté, uniquement pour garder les étudiants locaux. Les universités ont raté le coche de développer de nouvelles filières véritablement spécifiques »

    N’est-ce pas en totale contradiction avec le modèle « unifié » proposé par Pierre (et avec lequel vous êtes « d’accord ») ? Une licence « spécifique » non pro, de mon point de vue, c’est une aberration, c’est forcer l’étudiant à s’orienter trop tôt (pour des études longues) et en aveugle.
    Pour ce que je vois (mais je regarde essentiellement les sciences), les universités ont surtout fait des licences disciplinaires, ce qui était à la fois réclamé (à tort ou à raison) par les étudiants et les enseignants. Le projet de Pierre est séduisant, mais je vous propose de faire un sondage dans un fac scientifique et de demander aux étudiants s’ils sont d’accord pour n’avoir plus qu’un parcours unique de sciences en Licence (même en supposant une différentiation à partir de la deuxième année)…

  2. Marianne dit:

    Je pense que c est une necessite de reduire l offre de formation. Dans la fac ou je suis qui est pourtant une bonne fac de sciences on a en M2 une dizaine d etudiants au mieux. La question de la mutualisation se pose donc…D ailleurs, fin juin on se demandait si on allait pouvoir embaucher des vacataires en L2 (il faudrait les payer…)
    J ai l impression que le nombre de facs en situation financiere tres difficile est minoree par le gouvernement..
    Autre solution on fait de la vraie modulation de service et on passe les non publiants a 288H/384H. Ca me parait une des mesures les moins deraisonnables de l ancien gouvernement…D ailleurs a mon avis, la necessite faisant loi on y viendra assez vite avec un fosse entre les MCF chercheurs et les non chercheurs qui passeront a un service consequent…
    Pour le coup d ailleurs en licence ca ne me parait pas raisonable de faire quelque chose de tres specialise. Une licence generaliste avec plus d heures me parait beaucoup plus raisonable et cela permettrait de mutualiser beaucoup de choses

  3. Irnerius dit:

    Il me semble que vous tirez un peu vite sur l’ambulance et que le problème est encore plus complexe que ce que vous indiquez dans vos positions respectives. Plus complexe aussi que ce que cherche à dire ce communiqué.

    Je vous rends tout d’abord attentifs à une chose que vous avez peut-être lue trop vite : le SNESUP de l’Université de Strasbourg avance clairement dans son communiqué que « des mutualisations et des rationalisations de notre de formation doivent être discutées ».

    Ce sont ensuite trois éléments que ce communiqué critique vertement : un objectif (-40 000 heures d’enseignement, inscrit dans la Lettre d’orientation budgétaire), une méthode (annonce de l’objectif aux dir comp. le 15 juin) et plus généralement le défaut d’anticipation et de stratégie qui est décidément la marque de fabrique de l’équipe présidentielle aux manettes de cette université depuis 4 ans. Si on se sert des problèmes financiers des universités pour faire des coupes un peu partout en se disant que l’occasion est bonne pour enfin dégraisser l’offre de formation, on fait absolument n’importe quoi. Et on s’inscrit même dans une logique qui est opposée aux grands axes du quinquennal sur l’offre de formation : « création de nouvelles formations … en résorbant les doublons et en fermant les formations privées de leur attractivité ou de débouchés professionnels ».

    Je ne vais pas commenter ici le volet OdF du quinquennal, mais il convient quand même de souligner, et pas seulement pour la forme, qu’il a été voté au congrès du 4 octobre 2011. Entre cette date et le 15 juin 2012, il y avait certainement le temps de coupler de façon cohérente la problématique financière de Strasbourg avec celle de l’OdF.

    Enfin je fais juste une petite suggestion à mes interlocuteurs ( et aux lecteurs, pourquoi pas) : analysez l’offre de formation actuelle de l’Université de Strasbourg, cherchez les licences ou les masters qui vous semblent entrer dans le cadre des formations à supprimer et pour chacune d’elles, je prends le pari qu’un argumentaire solide du directeur de la composante ou de plusieurs enseignants plaidera en faveur de son maintien. Y compris pour des disciplines « orchidées » qui devraient être maintenues à partir de critères autres que ceux de la rentabilité ou des débouchés professionnels. Je prends trois exemples en SHS : master de philo avec 6 étudiants, licence de Lettres classiques ou master 2 de traduction littéraire avec 7 étudiants.

    Vous fermez d’autorité, messieurs? Ou bien vous vous dites comme moi qu’il y a du sens à défendre des disciplines, des parcours ou des spécialités qui sont menacés? L’application d’une rationalité purement mathématique ou comptable dans une procédure de réduction de l’OdF peut conduire à un vrai désastre si la stratégie, la méthode et le temps font défaut.

    Donc rationalisation, mise en cohérence et meilleure lisibilité : oui, mais à la condition que ce soit réfléchi, discuté avec les composantes et dans les instances.

    Petite remarque, pour finir, aux pro-réductions : les heures complémentaires sont des heures d’enseignement. Quand on dit « réduction des HC », on oublie de dire que ce sont les HETD nécessaires à la mise en musique de maquettes existantes.
    Bien cordialement,

    Pascal Maillard
    secrétaire Snesup à l’Université de Strasbourg

  4. Jean-François dit:

    Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la nécessité de réduire le nombre des cursus proposés au niveau de la licence. Je dois ajouter qu’il y a là aussi une nécessité du point de vue des enseignants. En tant que maître de conférence en histoire contemporaine, je suis désolé de ne donner des cours que dans le cadre de licences d’histoire. J’aimerais beaucoup donner des cours à un public plus vaste, à des étudiants ayant d’autres cursus. Nous spécialisons trop vite et spécialisons en vain, car il n’y a malheureusement pas de débouchés dans certaines filières. Votre proposition de cinq grands piliers me semble tout à fait réaliste et prometteuse.

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