L’UdS forme prêtres et pasteurs

Université de Strasbourg, Faculté de théologie catholique. Des prêtres, enseignants-chercheurs, participent à la formation des prêtres. Et, si, dans cette université publique et dans une Faculté de théologie musulmane (dénommée Institut national de l’Islam), des imams, enseignants-chercheurs, participaient à la formation des imams ? La question est posée : elle devrait être débattue sereinement.

Coïncidences de ces derniers jours : deux chroniques sur la création de cet Institut et lecture d’un ouvrage sur le Foyer de l’étudiant catholique de Strasbourg : photo dans la cour du FEC, 18 juillet 2012.

1. La question de la création d’un Institut national de l’Islam au sein de l’université de Strasbourg fait l’objet de polémiques peu compréhensibles pour le lecteur car personne ne lui fournit les informations nécessaires pour se forger un jugement. « Former les ministres des cultes« , « Alain Beretz et la formation des imams« . Agir ensemble et Alain Beretz font des références à des textes que le lecteur n’a pas en sa possession : la version initiale du projet Labex RESO (Religions et sociétés : textes, normes et pratiques), les remarques du jury international ayant abouti au non financement de RESO, le texte dont le Conseil scientifique devait débattre le 27 juin 2012. Plus de transparence !

2. Coïncidence. Je viens de terminer la lecture de l’ouvrage de Daniel Francou, Philippe Meyer, Le FEC et les ICS, 1925-1995, aux éditions Ercal. Le FEC ? Foyer de l’étudiant catholique fondé en 1925. Les ICS ? Groupement des Intellectuels chrétiens sociaux, fondé en décembre 1944 et logé au sein de l’immeuble du FEC, 17 place Saint-Etienne à Strasbourg. Objet du groupement dans la première version de ses statuts : « faire pénétrer dans la vie pratique les principes du christianisme« . Fondateur du FEC et des ICS : le Frère Médard (1899-1988) a dirigé les deux structures de… 1925 à 1988.

Citation. « En 1986, Frère Médard est âgé de 87 ans… un nouvel aumônier devra prendre sa succession à la tête du foyer. Un jeune jésuite est pressenti pour occuper ce poste… Il ne sera finalement pas choisi par le Frère Médard qui tenait à désigner lui-même celui qui serait sans doute son dernier aumônier. C’est finalement l’abbé Jean-Luc Hiebel qui est choisi pour lui succéder. En 1986, celui-ci est envoyé par l’évêque et par le père supérieur de Matzenheim, en accord avec le Frère Médard, pour en être l’aumônier. Après avoir été aumônier de la JUC à Strasbourg depuis 1976, il rejoint l’Aumônerie universitaire de Strasbourg. En 1987, il est désigné pour être le directeur-adjoint du foyer. Après le décès de Frère Médard, l’abbé Jean-Luc Hiebel devient le nouveau directeur du FEC. En même temps, il entre à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg où il devient maître de conférences en droit canonique« .

L’abbé Jean-Luc Hiebel, né à Wissembourg en 1946, est encore aujourd’hui directeur du FEC. A l’université, il a été promu professeur. Sa page personnelle sur le site de l’université révèle qu’il est « professeur de Droit Canonique, Directeur de l’Institut de Droit Canonique, Directeur de l’ERCAL (éditeur du livre sur la FEC). Il mène également des « activités extra-universitaires : activités pastorales, direction de la revue économique et sociale Elan » (dernier numéro paru : décembre 2009). Beaucoup de tâches cumulées pour un seul homme. Dans deux ans, il aura 68 ans et devra prendre sa retraite. Demeurera-t-il, comme Frère Médard, directeur du FEC pendant encore vingt ans ? Quoi qu’il en soit : longue vie à lui !

Institut de droit canonique. « L’Université de Strasbourg propose une formation complète en droit canonique, sanctionnée par des diplômes de l’Etat français reconnus, sous conditions, par l’Eglise catholique. La reconnaissance par l’Eglise des diplômes préparés à l’Institut de Droit Canonique permet l’obtention des grades ecclésiastiques correspondants« .

Des prêtres, enseignants-chercheurs à l’université, forment donc des prêtres. Ce que confirme le site du Grand Séminaire de Strasbourg. Ce n’est pas nouveau : la formation des séminaristes est en effet une longue histoire depuis 1580 dans le diocèse de Strasbourg.

Des prêtres enseignants-chercheurs. Jean-Luc Hiebel n’est pas le seul. Michel Deneken, 1er vice-président de l’université, l’est aussi (il a publié aux éditions Ercal L’Eglise d’Alsace 1940-1945. Une Eglise locale face au nazisme, n° 3, 1989). Rencontré cet après-midi, Jean-Pierre Wagner, doyen de la Faculté de théologie catholique, est également prêtre.

Jean-Pierre Wagner était présent cet après-midi au Palais universitaire. Je n’avais pas de rendez-vous. Il m’a pourtant fort gentiment accueilli. Deux questions : « la Faculté forme-t-elle de futurs prêtres » ? « Oui, mais ce n’est qu’une de ses missions ». « L’université de Strasbourg formera-t-elle un jour des imams » ? En souriant : « il s’agit d’une question de politique et de stratégie à laquelle je ne répondrai pas ». Qu’en pense le doyen de la Faculté de théologie protestante ? Je ne sais pas !

Au final, une question clé. Combien de diplômés de la Faculté de théologie catholique ont été ordonnés prêtres au cours des dix dernières années ? Combien exercent leur sacerdoce dans le diocèse de Strasbourg ?

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Article du on Mercredi, juillet 18th, 2012 at 18:58 dans la rubrique 3. Alsace, Débattre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “L’UdS forme prêtres et pasteurs”

  1. Luc Perrin dit:

    cher Collègue,
    Le lecteur peu informé pourrait penser à vous lire que les prêtres catholiques (ou religieux/religieuses) enseignants-chercheurs relèveraient de la catégorie « alsatique » : il n’en est rien. L’enseignement supérieur public et les organismes de recherche : le célèbre abbé Breuil fut professeur au Collège de France (1929-1947) pour ne prendre que cet exemple. Il y en a bien d’autres évidemment dans les établissements supérieurs privés catholiques. La proportion au demeurant de clercs et religieux au sein du corps enseignant de la Faculté de Théologie catholique strasbourgeoise est en nette diminution depuis plus de 10 ans.
    Vous n’évoquez pas le cas des pasteurs protestants enseignants-chercheurs puisque nombre de nos collègues de la Faculté de Théologie protestante le sont.

    Pour avoir une idée du nombre de prêtres formés depuis 2002, il y a le nombre de prêtres ordonnés annuellement pour le diocèse de Strasbourg qu’on doit pouvoir retrouver avec l’Ordo diocésain. A cela s’ajoutent les prêtres et religieux/religieuses formés à Strasbourg mais venant de France et de l’étranger. L’État français a longtemps soutenu cela pour contribuer au rayonnement de la culture française en particulier en Europe orientale et au Proche Orient. Il fut un temps où la francophonie intéressait les pouvoirs publics. A cet égard, ce sont des laïques purs – le président de la République Millerand et le président Poincaré – qui ont activement soutenu le développement de l’Institut de Droit caonique dans les années 1920 et la création d’un Collège universitaire des clercs étrangers dit Séminaire international dont l’ultime avatar a fermé, hélas, en 2006.
    Toutefois si la mission initiale de la Faculté de Théologie catholique est la formation académique des clercs du diocèse de Strasbourg (et Metz avant 1918), il y a déjà fort longtemps que la très grande majorité des diplômé(e)s est formée par des non clercs (« laïcs » au sens catholique). De même que du côté protestant, bien des diplômé(e)s ne sont pas pasteur(e)s.

    La question d’accueillir un Institut de Théologie musulmane remonte, au moins, au Rapport d’Étienne Trocmé (1996) et avait connu au sein de ce qui était alors l’U.S.H.S. (U.M.B. ensuite) un accueil plus que mitigé, frais voire glacial. Ce rapport orienté vers l’objectif d’une formation d’imams à Strasbourg posait de nombreuses questions, notamment l’idée de faire appel à un grand nombre d’intervenants en provenance des grands pays musulmans (c’était avant le 11 septembre 2001). Vous pourriez retrouver, je pense, les minutes des débats au sein des instances de l’U.S.H.S. ; si ma mémoire est bonne, les 2 Facultés de Théologie et d’autres U.F.R. avaient été sollicitées pour un avis. Un débat avait eu lieu au sein de notre C.A. (je n’ai pas ici mes archives avec l’avis rendu). De mémoire là encore, la question avait été posée, une question absente du débat à l’époque et qui est peu présente aujourd’hui encore, des imams pour qui ?

    Rabbins, prêtres, pasteurs ou imams sont nommés/employés par des communautés religieuses, selon leurs règles propres dans lesquelles l’État laïque français ne peut s’immiscer (cf. loi de 1905 article 1 et 4): si les diplômés ne sont pas reconnus par ces communautés, ils resteront sans emploi ; le gaspillage d’argent public sera dès lors considérable.
    Napoléon Ier avait cru pouvoir imposer ainsi en 1808 des Facultés de Théologie catholique sans l’aval des évêques ni du Saint-Siège : elles furent très largement boycottées avant leur suppression en 1885. C’est bien pour cela que les Autorités impériales allemandes ont très longuement négocié avec Rome pour aboutir à une Convention de droit international en 1902 pour créer la Faculté où j’ai l’honneur d’enseigner. La leçon de l’échec napoléonien n’avait pas été perdue. Les Pouvoirs publics français seraient bien inspirés de s’en souvenir aussi, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets.

    L. Perrin

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