Le site des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche est progressivement enrichi par le Ministère : composition du Comité de pilotage, thématiques, discours de la Ministre, Geneviève Fioraso.
Les 3 thématiques sont désormais précisées. La première – « agir pour la réussite de tous les étudiants » – est d’une banalité affligeante, privilégiant les conditions de vie des étudiants comme facteurs de réussite : « allocation et soutiens aux étudiants, logement étudiant, prévention et santé des étudiants, vie de campus (culture, sport, handicap, social, développement durable…) ».
Trois serpents de mer sortent de nouveau la tête de l’eau : « orientation et insertion professionnelle, enseignement supérieur pour tous et tout au long de la vie, attractivité et mobilité internationale des étudiants ». Une seule des huit sous-thématiques ouvre quelques possibilités de discussions et de propositions : « offre pédagogique innovante et adaptée ».
Le cÅ“ur du problème de la réussite… et de l’échec - le contenu et l’organisation des études – est purement et simplement évacué : formations supérieurs après le bac, formations professionnelles et générales, conditions d’accès à l’enseignement supérieur, organisation des études en trois cycles, programmes nationaux et locaux, semestrialisation, heures annuelles d’enseignement, encadrement des étudiants, contrôle des connaissances, stages et alternance, formation en face à face et à distance, contribution des étudiants et des entreprises au coût des formations.
Bref l’offre et la carte des formations ne sont pas au programme des Assises. Celles-ci ne mèneront pas à une réforme de l’ensemble du premier cycle de l’enseignement supérieur.
Le mode d’emploi des Assises me fait sourire : vivement le 3 septembre ! « Les contributeurs sont distingués selon deux catégories : les organisations représentatives et institutionnelles et autres acteurs nationaux, dont les contributions sont reçues par le Comité de pilotage des Assises ; les établissements, organisations locales et individus, dont les contributions sont invitées à enrichir les Assises territoriales. Les contributions pourront être déposées sur le site internet des Assises à partir du 3 septembre 2012« . Je note que les établissements (i.e. les acteurs de terrain) sont discriminés par rapport aux acteurs nationaux. Qui organisera les Assises territoriales ? A quoi serviront-elles ?

Malheureusement, les collèges universitaires que vous préconisez judicieusement ne seront jamais même considérés par de telles assises. On continuera pour les scientifiques
1) à avoir une année de 22 semaines de cours
2) coupée en deux semestres
3) eux mêmes coupés en deux par les ‘partiels’ auxquels les étudiants sont ‘très attachés’ afin de ‘valider les acquis’.
4) Chaque semestre se découpe en 3 ‘certificats’ avec une personne qui fait le cours et une personne qui fait les travaux pratiques (et quelquefois la paire change après les partiels. Bref, un étudiant aura vu au moins 12 enseignants dans l’année.
5) ce fractionnement de l’année en 4 périodes de six semaines se terminant chacune par un examen ou partiel fait que en moyenne l’étudiant est interrogé sur quelque chose dont on lui a parlé 3 semaines avant. Il y a cent ans en Allemagne, on se présentait à un examen au bout de trois ans. Cela pouvait faire des drames, et les choses ont progressivement changé. Mais le systême actuel francais délire dans l’autre sens.
Honnêtement, il arrange bien les enseignants qui peuvent ainsi bien organiser leur année en fonction de leurs préférences et de leurs voyages, et il fait plaisir à l’UNEF. Quant aux étudiants, la diminution de leurs compétences ne dérange personne: devenir enseignant du secondaire ne requiert pas grand exigence: les jurys de Capes se sont toujours adaptés. On n’est pas dans la situtation du chirurgien qui n’a pas étudié le pancréas ou du pilote de Boeing qui ne connait qu’un tiers du tableau de bord.
@ Georges Henry. Merci de votre témoignage. Parfaitement d’accord avec votre analyse de la situation. La licence universitaire n’est plus qu’une usine à examens, passés à la chaîne. La semestrialisation a empîré la situation. La généralisation du contrôle continu, ce sera encore pire.
Parfaitement d’accord avec l’idée d’un examen terminal ou d’un jury terminal en fin de licence http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/06/30/licence-instaurer-un-jury-final/
Je reviens au fondamental.
Quel est l’intérêt à un enseignant-chercheur de s’investir dans l’enseignement alors sa carrière n’est basée uniquement que sur sa recherche qui doit être « excellente » depuis l’ère Sarkozy ?
Tant que l’on n’aura pas répondu à cette question, on tournera en rond…
Que l’on mette la moitié des promotions PU accessibles aux EC qui s’investissent dans l’enseignement et l’innovation pédagogique et les choses vont bouger. Bon, là , je rêve…