Un très grand intellectuel, syndicaliste et politique, est mort : Pierre Duharcourt, militant de la FSU SNESUP. Pierre, à Marne-la-Vallée, j’ai pu mesurer la force de tes engagements pour l’enseignement supérieur et la recherche, pour sa démocratisation, pour une gouvernance responsable et éthique des universités. Tu n’as jamais rien lâché de tes convictions de gauche contre vents et marées. Tu n’aurais pas dû lâcher la vie !
En cette période d’incertaines et vagues Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, tes analyses nous manquent. Mais ta mort, cruelle pour les tiens, pour tes amis et pour nous tous, nous invite à ne rien lâcher.
Je t’ai vu de nombreuses fois à l’œuvre à Marne-la-Vallée et j’ai toujours été impressionné par la rigueur et la clarté de tes arguments, souvent exprimés avec humour et causticité. Dans la commission de spécialistes de sociologie où tu représentais l’économie, tu jugeais sur le fond : ce candidat a-t-il un dossier scientifique incontestable pour être promu professeur ? Au conseil d’administration, où nous étions assis côte à côte du fait de l’ordre alphabétique, tu t’étais opposé à la création du SAIC et tu t’étais révolté contre certaines promotions attribuées au niveau local. En conseil d’administration restreint au collège des professeurs, tu t’étais scandalisé de la nomination ou du renouvellement de contrat de certains professeurs associés.
A Marne-la-Vallée, tu as inlassablement défendu un principe moral fondamental : égalité de traitement pour toutes et tous, pas de copinage, clientélisme voire népotisme ! Dans les différentes instances de l’université, tu as mis en Å“uvre ces principes. Ils n’étaient guère entendus par la majorité ! Tu n’as jamais eu peur de te fâcher avec certains de tes « chers collègues ». Pas de compromis vaseux, pas de consensus mou.
La dernière fois que je t’ai vu, ce fut une fête et un cauchemar. Une superbe fête pour ton départ en retraite par très beau temps. Les discours, le cocktail, toute la communauté universitaire autour de toi, avec toi. Toute la communauté ? Non ! L’équipe de direction de l’université, que tu ne tenais pas au chaud dans ton cÅ“ur, s’était rendue indisponible. J’ai été profondément choqué par cette absence, par ce boycott et, toi, tu t’en es moqué avec un grand sourire malicieux. Tes yeux disaient : « ne lâchez rien » ! Merci, Pierre !

Hommage ému à Pierre Duharcourt qui fut un assistant adoré de ses étudiants en 1968-1969 à Dijon.
Merci de ce bel hommage si vrai d’un bout à l’autre. Ayant passé deux ans à l’UMLV et ayant partagé la vie de Pierre Duharcourt pendant 30 ans, je peux dire le calvaire d’exercer dans les conditions décrites si justement et le courage qu’il faut pour s’y opposer. L’absence de l’équipe de direction aura perduré jusqu’au bout puisque, à part bien sûr ses collègues de l’UFR de Sciences Eco-Gestion, pas un de cette équipe, présente ou passée, n’a cru utile de se déplacer, d’envoyer un message ou tout simplement quelques fleurs alors que son ancienne université de Reims était au contraire très présente.
Au fond, c’est bien ainsi : ces gens-là « auraient fait tâche » au milieu des multiples et beaux hommages qui ont été rendus à Pierre. Nicole Fiori-Duharcourt, son épouse.
Mon Cher Pierre,
Nos « frictions » à l’ouverture de Marne, en 1990 m’ont été souvent plaisir du partage et aussi d’une certaine façon complicité: nous faisions par plaisir et toujours pour le mieux de nos étudiants.
A la différence d’avec toi, et mes dix ans de plus que toi, je n’ai surtout pas voulu de « fête » de départ à la retraite: ce que tu as considéré avec une grande « joie, l’absence des « pontes », je n’ai pas voulu moi le ressentir comme un enterrement! Et je suis parti sans bruit….mais les personnes des administrations, j’ai toujours plaisir à les voir lors de mes passages à UMLV; nos « chers collègues » nous « ignorent ».
Merci d’avoir été ce que tu as toujours eu le courage d’être et de défendre avec ton style et quelques fois ta « dureté » tes idéaux et tes convictions.
Ne rien lâcher, quelle belle leçon si peu pratiquée, hélas!
Samuel Bliman