Pourquoi des Assises ? Quelles orientations pour la réussite de tous les étudiants, premier thème mis en exergue par les Assises ? Geneviève Fioraso a dévoilé certains des projets gouvernementaux en matière d’enseignement supérieur et de recherche devant les députés de la Commission parlementaire des Affaires culturelles et de l’éducation, le 24 juillet 2012. 18 pages d’analyses, de projets et de réponses aux questions posées par les députés, dont celle de Patrick Hetzel, ancien directeur de la DGESIP et nouveau député UMP de l’Alsace.
Des Assises pour « présenter les orientations » du gouvernement, pour « engager un dialogue » le plus large possible », pour faire les « arbitrages nécessaires s’il n’y a pas convergence ». Une telle position donne froid dans le dos. Mettre les bÅ“ufs avant la charrue aurait été préférable : présenter les orientations et les faire débattre.
« Proposer des assises ne signifie pas que nous ne nous sommes pas déjà mis au travail ou que nous ne saurions pas dans quelle direction nous souhaitons aller… Ces assises seront l’occasion de présenter nos orientations et d’engager un dialogue sous le regard de l’ensemble de nos concitoyens… Elles doivent permettre l’expression la plus large possible. Il s’agira non pas de débats internes au corps des enseignants-chercheurs ou entre ce dernier et son ministère de tutelle, mais bien d’assises ouvertes sur l’ensemble de la société. Tous les acteurs auront la parole… Nous n’imaginons pas que le débat puisse être convergent sur tous les sujets et saurons prononcer les arbitrages nécessaires« .
Les orientations de Geneviève Fioraso pour le 1er cycle et la réussite de tous les étudiants ne sont pas à la hauteur des défis : « 55.000 bacheliers professionnels 2012 envoyés au massacre« . L’accès à l’enseignement supérieur. La Ministre commence par énoncer une perspective incroyablement irréaliste. Le débat des Assises « est d’autant plus essentiel que l’un de nos grands objectifs est de faciliter l’accès à une formation d’enseignement supérieur pour tous les jeunes d’une même classe d’âge, quels que soient leur origine sociale, leur milieu culturel ou leur lieu de résidence ». Le lecteur a bien lu : « tous les jeunes d’une même classe d’âge » !
Créer des postes. « La création de 5 000 postes – 1 000 par an – au cours du quinquennat permettra d’assurer un accompagnement plus personnalisé des étudiants et de mieux adapter l’enseignement aux méthodes d’apprentissage, qui différent d’un étudiant à l’autre. L’élargissement du spectre des pratiques pédagogiques doit favoriser la réussite en premier cycle, laquelle est déterminante pour le rétablissement de la confiance entre l’université, les familles et les étudiants ». L’erreur d’analyse est flagrante : laisser croire que la réussite des étudiants dépend d’un accompagnement personnalisé et de l’élargissement du spectre des pratiques pédagogiques laisse pantois. Geneviève Fioraso devrait écouter moins son conseiller Daniel Filâtre.
Critique bienvenue du Plan Réussir en licence. « 730 millions d’euros ont été dégagés et 700 millions d’euros dépensés, mais les indicateurs ne font apparaître aucune amélioration en termes de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et de réussite ».
Transposer des expériences ? « Nous voulons également identifier les expériences bénéfiques menées dans certaines académies – qui ont notamment pu étaler sur trois ans les deux premières années pour certains bacs technologiques et quelques bacs professionnels avec mention -. Il conviendra de voir si ces expériences sont transposables ». Les deux premières années de quoi ? De DUT ? De BTS ? De Licence universitaire ?
Le mythe et la dictature de l’orientation et du projet professionnel. Le 1er cycle du supérieur souffre non pas d’un déficit d’orientation, mais d’une pléthore de l’offre de formation et de son illisibilité : plus de 11.000 formations post-bac. « Quant à l’orientation, il faut éviter l’inacceptable reproduction sociale qui est pour les jeunes un facteur d’injustice et de découragement. Il est essentiel de redonner une impulsion permettant aux jeunes de se projeter à nouveau dans un avenir au moins aussi riche que celui de leurs parents, et même plus riche pour ceux qui sont issus de milieux défavorisés ».
Que veut dire : « la réussite du « moins 3, plus 3″ ? « Ces résultats sont plutôt déterminés par la réussite éducative qui relève du ministre de l’éducation nationale, M. Vincent Peillon, avec qui je travaille à la réussite du « moins 3, plus 3″, qui vise à faire connaître les métiers dès le lycée. Il ne s’agit non pas de l’orientation destinée à dépister les problèmes, notamment psychologiques, de certains lycéens, mais d’une orientation positive reposant sur une présentation des métiers dans les lycées et sur une bonne connaissance de ces métiers de la part du personnel d’orientation, afin de permettre une ouverture sur le monde socioprofessionnel qui intègre, outre l’entreprise, l’économie sociale et solidaire, le service public et notamment l’hôpital public – tous les secteurs en tension connaissant un manque de vocations ». La réussite du « moins 3 au plus 3″. Tous diplômés du supérieur ? Suppression du baccalauréat ?
Passerelles : cataplasmes sur une jambe de bois et gaspillage d’argent public. « Nous entendons être pleinement présents dans la concertation pour la refondation de l’école, ce qui exprimera le continuum unissant le premier degré, le second degré et l’enseignement supérieur. Des passerelles devront être développées et la confiance dans la qualité de l’enseignement dispensé à l’université devra être restaurée, afin d’éviter certaines dérives. De fait, certains éléments qui devraient entrer à l’université s’orientent vers des filières de BTS, privant ainsi des jeunes issus de bac pro ou technologique de l’accès aux IUT ou aux BTS, qui pourraient être l’accès à des formations plus longues grâce à des passerelles qui doivent être multipliées« . A quand l’interdiction pour les bacheliers généraux de postuler à une place en DUT ou en BTS ? Des quotas pour les bacheliers technologiques et professionnels dans ces deux filières professionnelles ?
Bien évidemment, Geneviève Fioraso a aujourd’hui, près de deux mois après son intervention devant la Commission parlementaire du 24 juillet 2012, des idées plus précises sur les réformes à faire dans l’enseignement supérieur et la recherche. Ne serait-il pas temps qu’elle les énonce avant que ne se tiennent les Assises territoriales. Débattre des propositions gouvernementales dans les Assises serait un pas en avant décisif dans la démocratie universitaire, une rupture avec le vote de la LRU durant les vacances de l’été 2007. Geneviève Fioraso, vous devez orientez les débats des Assises, faire des propositions pour révolutionner l’enseignement supérieur et la recherche. Osez !

Les problèmes posés ne sont pas nouveaux … mais je crois qu’un « petit retour en arrière » permettra de percevoir la nature des problèmes et peut-être quelques voies vers des solutions.
Lorsque le Bac Pro est créé, on est en plein dans un problème « ordinaire » en France: un enseignement de formation professionnelle coûte TRES CHER et dés ce moment aucun gouvernement n’a consenti à la dépense: un lycée pro. exige ateliers , machines, bureau d’étude et cela spécifiquement pour chaque orientation métier (coût de l’ordre du triple du coût d’un lycée général) avec contrainte de renouveler tous ces matériels au fur et à mesure des évolutions techniques.
Petit rappel: lorsqu’un enfant dont le cycle de formation général n’est pas « satisfaisant » se voit proposer la voie « PRO »; ceci est vécu comme une punition! Par ailleurs engagé dans cette voie « PRO », on le sait depuis longtemps, sa maîtrise du Français apparaît souvent faible. Donc accumulation de toutes les impossibilités à atteindre le niveau que doit supposer l’entrée dans le « supèrieur ».
Cela s’observe : les titulaires du bac PRO en nombre faible sont admis en classe de STS(lycée pro sélectif!) et en IUT( en université encore plus sélectif), en faible nombre. Donc, il leur reste QUOI ?
l’Université. Il aurait fallu de longue date créer des filières adaptées à l’accueil de ces candidats( mais là encore c’est très cher)
Le volontarisme des propositions des politiques est affligeant: la licence en trois ans: il faut être naïf pour imaginer que cela « marche »:je ne vois pas que nous puissions faire mieux que 35 à 40 % des succès( pour comparaison, on peut considérer ce qui se passe ce qui se passe dans les pays anglo-saxons où au Bachelor degree(4 ans) on fait 35 à 40% de succés)
Petit délice de la politique: on a, au fil des années créé des IUT en face géographiquement des lycées à STS; les STS devait être supprimées!
Les dégâts énoncés plus haut: avec l’installation des équipements informatiques partout, il est incompréhensible que les données statistiques d’une année X ne soit connue que 2 voire 3 ans après!
On claironne le nombre de candidats, les résultats des examens sont publiés 2 semaines aprés la fin des épreuves, les choix de poursuite au delà du bac et on en est encore à spéculer sur ce qui s’est passé deux ans avant! INCOMPREHENSIBLE!!
Toutes ces grands messes ne donneront certainement pas de résultats susceptibles de modifier ce qui est observé, et cela depuis bien des années.
Quant à comprendre l’offre de formations par les universités, les titulaires de bac PRO ne connaissent simplement pas les arcanes du supérieur pour s’y retrouver…. d’où leurs « affectations inscriptions » dans des cursus où ils courent à l’échec.
Je ne cesse de trouver consternante cette idée que l’Université devrait prendre en charge la réussite de tous les étudiants, d’autant qu’on ne précise jamais ce qu’il faut entendre par là : la réussite aux examens ? Qu’on se rassure : on finira bientôt par atteindre, à force de démagogie et de cynisme, les 100% de titulaires d’une licence : et après ? Prenons l’exemple d’un concours (quel qu’il soit) : a-t-on jamais vu réussir à un concours TOUS les candidats qui s’y présentent ? On trouverait ça louche, un peu comme dans certaines dictatures les 99% de votes qui vont à un certain candidat : eh bien ne sommes-nous pas dans la dictature de « la réussite pour tous » ? Imaginerait-on une seconde que 99% d’une classe d’âge puisse se retrouver en première division de football ? Avec comme postulat délirant que « tous les individus d’une classe d’âge DOIVENT pratiquer le football »….
C’est quand même marrant que les apôtres de la « démarche qualité » et de « l’assurance qualité » refusent d’appliquer cette exigence de qualité… à la matière première qui arrive à l’université… Ce serait pourtant la condition minimale pour l’établissement et la mise en place de classements et d’évaluations… Tiens on pourrait faire la proposition suivante pour ces fameuses assises de l’ESR: à l’entrée de l’Université, proposez une dictée de deux pages d’un texte de Camus ou de Beckett : on n’accepterait dans nos formations que ceux qui feraient moins de 5 fautes… On verrait ensuite si les taux de réussite en licence sont les mêmes !!!! Mais c’est vrai que le B.A. BA de la grammaire et de l’orthographe françaises, c’est élitiste et discriminatoire…
@Jako
Faites faire une dictée à tous les jeunes enseignants-chercheurs fraîchement recrutés : vous serez édifié…Il n’y a qu’à voir le nombre de fautes grossières dans les mails, sur les tableaux blancs et les diapositives powerpoint projetées aux étudiants pour se convaincre que le défaut de maîtrise de la langue française n’est pas le priviliège des lycéens de bac pro.
On peut d’ailleurs considérer que les universités sont un système remarquablement efficace. A partir d’une pâte humaine copieusement essorée dès le départ, puis en cours de route, de ses « meilleurs » éléments par les filiéres séléctives et autres écoles, il encore possible d’en tirer d’excellents étudiants qui intégreront des entreprises ou deviendront chercheurs au CNRS…
Dans les « bonnes » familles, 90% des enfants arrivent à bac+5. Il n’est donc pas illégitime de se fixer un objectif de 90% de la population (c’est-à -dire essentiellement tout le monde) dans le supérieur, même si on sait que ce n’est pas pour demain. Qu’aurait-on dit en 1950 à quelqu’un qui se fixait comme objectif de mettre tout le monde au niveau du secondaire? Il est préférable de se fixer des objectifs élevés, plutôt que de se contenter du statu quo comme on le fait depuis 15 ans.
Par les temps qui courent, ce n’est pas sur les responsables universitaires que l’on pourra compter pour cela : voir les bagarres de chiffonniers entre UFR de lettres, de sciecnes et IUFM avec les déclaration récente des CDULL, CDUS et CDIUFM. Je trouve donc extrêmement sain que Fioraso prenne ses responsabilités. De toute façon, dans le climat actuel, on lui tapera dessus, pour lui reprocher son autoritarisme si elle indique une direction, et sa passivité si elle attend que le débat s’engage…
@FC : « Faites faire une dictée à tous les jeunes enseignants-chercheurs fraîchement recrutés : vous serez édifié… » : Parfaitement exact : j’avais d’ailleurs failli inclure aussi les nouveaux crus d’enseignants. CQFD : ce sont justement des gens qui à l’entrée même de l’Université devaient avoir un niveau déplorable et qui à force de démagogie, de pseudo-réformes (et sans doute aussi de démission collective…) sont parvenus à passer d’un niveau à l’autre, à l’instar du spectacle affligeant que nous offre le secondaire. Est-ce vraiment un progrès pour notre société et pour notre système de formation ? Précision importante : après tout, je n’ai rien contre l’idée d’après laquelle l’Université devrait se fixer comme mission sociale d’assurer une occupation à des individus en stand-by (qui autrement iraient pointer à Pôle Emploi), ou d’assurer la remise à niveau d’étudiants dont le niveau de français est celui d’un élève de CE2. Mais alors qu’on cesse de nous emmerder avec cette hystérie de « l’excellence », avec cette obsession des classements et de l’évaluation dont on voit mal comment elle pourrait être compatible avec ce genre de « mission ». Sauf à vouloir « exceller » dans l’art du cautère…
Je me permets de rééditer une précédente réaction.
Je crains que des Assises ne sortent que du blabla, du salmigondi, du gloubigoulba gaucho-socialio-pégago-technocratique (une spécialité bien vue au PS, parti des enseignants, pas chercheurs). Rions un peu quand même face à tout ce sérieux. Le système scolaire est une chaîne d’échecs, le collège doit faire face aux échecs de l’école, le lycée doit faire face aux échecs du collège, et l’Université…. Bref, tout le monde ne peut devenir étudiant, (heureusement) : et il vaut mieux être un apprenti heureux, épanoui, qui trouvera du travail, qu’un étudiant stressé, angoissé, qui trouvera du chômage.
Depuis des années, de réformes en réformes, les prémices sont fausses : l’Université n’est pas une oeuvre sociale, charitable,… elle l’est hélas devenue… Je vous invite à lire un excellent article publié dans la Revue commentaire de cet automne 2012, sur la question. Alors RÉFORMONS, PIEGE À C…
Proposition : donner la licence à tout ceux qui sont encore inscrits au bout de trois ans, et organiser un examen d’entrée aux masters.
Cela simplifiera les choses et évitera toutes les usines à gaz pour faire de la réussite à 100 % (QCM, panachage, compensation, rattrapage, etc…)..
Les enseignants chercheurs seront contents : l’universitaire, libéré de la correction stérile des copies, pourra ainsi se consacrer à la recherche.
L’UNEF sera contente, réussite à 100 %
Les étudiants seront contents
Les familles seront contentes
Les secrétaires seront contentes : plus besoin d’organiser les lourdes et peu utiles sessions d’examen
Le ministère sera content, les chiffres du Gosplan seront atteints (plan réussite à 100 %), et la France pourra afficher des chiffres records de réussite dans les classements internationaux.
Et on fera des économies administratives d’examens, économies de fonctionnement de réunions, de comités, de réformes consacrés à la réussite ou l’échec à l’Université.
Et surtout la démocratie, la diversité, la justice sociale régneront enfin en France….