François Garçon, Le Dernier Verrou. En finir avec le Conseil national des universités, Editions The Media Faculty. Présentation sur le site officiel de l’auteur, « universitaire à Paris-Panthéon Sorbonne, historien ». Article critique d’Isabelle Rey-Lefebvre dans le Journal Le Monde. Livre inutilement polémique dans la conjoncture présente. Les sections nationales du CNU ne doivent surtout pas disparaître, mais il faut changer le mode de scrutin.
Présentation par l’auteur. « Inconnu du grand public, au cÅ“ur de l’enseignement supérieur français se trouve le Conseil national des universités. C’est lui qui décide quels sont les jeunes docteurs pouvant candidater à un poste de maître de conférences dans l’université française, c’est encore lui qui juge quels sont les maîtres de conférences aptes à devenir professeurs, et quels sont les enseignants-chercheurs méritant honneurs et récompenses (primes, changement de classe, congés sabbatiques, etc.) Ca n’est pas tout : en dépit du toussotement de certains, le CNU s’apprête maintenant à évaluer individuellement les enseignants-chercheurs. C’est dire les prérogatives de cette gigantesque institution de près de 1500 membres, élus sur des listes syndicales fermées pour les 2/3 d’entre eux. Osons dire que ces pairs ne sont ni les meilleurs, ni les mieux inspirés dans les disciplines qu’ils sont supposés défendre. Tout l’atteste : l’enseignement supérieur français ne cesse de perdre de son lustre. Ne cherchez pas : la faute en revient principalement au CNU. Preuves à l’appui ».
Cette présentation comporte deux erreurs factuelles importantes. Le CNU n’est jamais intervenu dans l’attribution des primes (primes d’enseignement et de recherche, primes d’excellence scientifique, primes pédagogiques et administratives). Il n’est plus en charge de l’évaluation individuelle quadriennale de tous les enseignants-chercheurs : Geneviève Fioraso a en effet entendu les protestations et a suspendu la mise en Å“uvre du décret d’avril 2009 qui concernait ce point.
Critique faite par Isabelle Rey-Lefebvre : « on reste sur sa faim en ce qui concerne les témoignages à l’appui de la thèse de l’auteur, car son pamphlet ne rend compte d’aucun scandale, dérapage, injustice ou passe-droit, ne livre aucune anecdote ni témoignage vérifié. Le discours, uniquement à charge, en des termes forts, parfois agressifs, nuit à l’efficacité de la démonstration ».
Un témoignage vérifié : l’affaire du plagiat attesté commis par le vice-président de la section sociologie et démographie du CNU.
Le CNU, instance nationale organisé par champ disciplinaire, doit absolument continuer à décider des qualifications aux fonctions de maître de conférences et de professeur, doit conserver un quota de promotions de grade. Qualifications et promotions ne peuvent en effet être uniquement décidées au niveau local : copinages, clientélismes, népotismes existent encore trop à ce niveau.
Mais il faut changer le mode de scrutin, abolir le scrutin de liste à la proportionnelle contrôlé par les organisations syndicales et plus largement par les corporations et les lobbies. Il faut abolir la nomination d’un tiers des membres du CNU par le pouvoir en place. Je suis partisan pour ma part d’un scrutin uninominal à deux tours, i.e. de candidatures individuelles ayant au préalable fait l’objet d’un certain nombre de soutiens nominaux, répartis dans des universités de plusieurs. Les « meilleurs » de la discipline seraient-ils candidats dans ce contexte ? Je crois que « oui », mais il faut en débattre. Les enseignants-chercheurs sont des gens responsables qui acceptent de servir leur communauté universitaire.

[...] blog.educpros.fr – Today, 1:53 PM Rescoop [...]
En supprimant le CNU on abolit le dernier verrou qui peut contrôler l’excellence scientifique et limiter le copinage local. Un des effets de la réforme Pécresse est bien d’accorder des promotions aux apparatchiks de l’Université, via le local. Il vaut mieux, dans l’institution, être un universitaire médiocre mais apparatchik, qu’un enseignant chercheur de bon niveau… l’apparatchik avancera plus vite que le chercheur. La réforme Pécresse est bien une réforme de pouvoir. Le rôle des universitaires n’est pas de manager, mais de contrôler le management. Osera-t-on enfin la séparation des pouvoirs : la gestion , confiée à des gestionnaires responsables et révocables, sous le contrôle d’un Conseil d’administration d’universitaires, qui impulse et contrôle la politique de l’Université.
Mais bon, le système actuel du mélange des genres et des carrières administratives en arrange plus d’un…
A Renaud
Quand j’étais étudiant à l’université (dans une grande ville dans l’Est de la France) il y a 15-20 ans, plus de 90% des enseignants de la faculté dans laquelle j’étais étaient tous des locaux… Il me semble que la CNU n’a jamais été un frein au localisme…
Je suis d’accord avec vous en ce qui concerne le management…
Ce que vous dîtes tous les deux n’est pas incompatible :
- Le CNU n’est pas un frein au localisme pour les bons chercheurs, car ceux-ci passent le filtre du CNU et peuvent être ensuite recrutés localement ;
- En revanche, le CNU empêche effectivement que des non chercheurs (enseignants-chercheurs non publiants) ne puissent accéder à la fonction de professeur par exemple, alors que le copinage local le leur aurait permis. C’est aussi, quoi qu’on en pense par ailleurs, le rôle joué par l’agrégation du supérieur dans les sections 1 à 6 qui empêche les « apparatchiks » de passer profs (ou en tout cas limite le phénomène).
Le fonctionnement du CNU devrait d’abord être observé par un chercheur. On ne peut pas parler « du CNU » comme d’une entité homogène : les sections ont des pratiques totalement différentes, qu’il s’agisse des promotions ou des qualifications. Une étude objective de certains points devrait être possible, j’en cite quelques-uns:
–taux de sélection pour les qualifications, par rapport aux candidats et aux postes à pourvoir, au niveau maître de conférence et professeur.
–taux d’auto-promotion (certaines sections s’interdisent explicitement l’auto-promotion; d’autres, comme la section 19, la pratiquent fortement)
–mode de promotion, et importance de l’ancienneté (qui peut se vérifier par exemple en prenant l’âge moyen et les âges extrêmes des promus.
Une simple étude des faits donnerait à mon avis des résultats surprenants. Du travail pour un sociologue? Mais qui l’oserait?
L’université concilie démocratie et cooptation: c’est sa particularité qui garantit son indépendance. Mais, un minimum d’intervention extérieur de l’autorité de tutelle est nécessaire pour la préserver de certains dysfonctionnements inévitables.
Le CNU est donc indispensable avec une composition qui mélange des élus et des nommés.
La difficulté est de bien faire fonctionner tout cela et d’y trouver des équilibres.
Le contrôle syndical sur les listes mérite quelques ajustements. Il est devenu quasi-total puisque les nominations résultent de la consultation par le ministère des têtes de liste. Ce qui revient à un choix par les mêmes et des élus et des nommés.
Une étanchéité totale entre ces 2 voies permettrait de garantir un bon équilibre.
Le CNU était la seule limite au pouvoir des hyperprésidents d’Université voulus par le précédent locataire de l’Elysée et heureusement qu’il existe…
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Ce n’est pas la panacée, on est d’accord, la formule est perfectible. Il y a parfois des abus, quand les membres de telle ou telle section choisissent de pratiquer l’auto-promotion en se votant des passages à la première classe ou à la classe exceptionnelle, mais en général c’est équilibré et si abus il y a les collègues se chargent de présenter l’addition en votant pour d’autres aux élections suivantes
Comme l’ont dit d’autres ici avant moi, il faut un équilibre entre local et national de façon à ce qu’il existe deux circuits de promotion pour deux types de profils différents. Un collègue qui habite en IDF tout en enseignant en Lorraine doit-il se voir condamné à n’avoir aucun sabbatique au motif qu’il n’habite pas sur place et du coup ne s’implique pas assez au goût d’autres qui sont des produits locaux pur sucre ? Heureusement qu’il y a le CNU, oui… Je ne suis pas contre le localisme, à condition qu’il soit tempéré par un autre circuit, national cette fois.
Dans une logique de rapprochement du CNRS et des universités, on pourrait fusionner le CNU avec le comité national du CNRS. Ces deux structures sont largement redondantes. Cela permettrait de favoriser le fluidité entre la recherche et l’enseignement supérieur.
Dans certaines sections, en particulier dans les sciences humaines et dans les sections à caractère confidentiel type section 10, littérature comparée, le CNU est une instance tout aussi pourrie que n’importe quel localisme sinon pire.
Comme si la seule menace contre une reconnaissance honnête du mérite pédagogique et scientifique des enseignants-chercheurs était le localisme ! Comme si les effets de chapelle, les coteries syndicales, les renvois d’ascenseur entre copains ne fonctionnaient pas aussi au niveau national ! Ne sait-on pas que certaines sections du CNU organisent et reproduisent l’hégémonie d’une obédience sur leur discipline pour y verrouiller durablement toute forme de pluralisme ? Pourquoi les si nombreux collègues qui déplorent cette situation dans les conversations privées ne se manifestent-ils pas pour dégonfler le mythe d’un CNU au-dessus de tout soupçon, dernier sanctuaire de la vertu académique ?
De ma petite expérience au CNU, en tout cas, dans les filières juridiques, je pense que l’institution est bonne. Tout comme, il y a deux chambres pour légiférer, on ne peut laisser les promotions et les carrières aux seules instances locales. Le passage au national est un filtre, avec ses faiblesses certes mais aussi avec ses atouts : il demeure une deuxième instance, la deuxième lecture, éloignée des considérations locales. Il importe peut-être de supprimer certaines sectes-sions ou de fusionner certaines sections.
Si les syndicats composent les listes, avec souvent bien des difficultés pour trouver des amateurs de réunions, le fonctionnement du CNU est assez démocratique. Les universitaires sont assez individualistes de tempérament. Il n’y a pas de vote par groupe syndical. En tout cas chez les juristes, il n’y pas de culture grégaire. Le mérite d’un dossier individuel ne dépend pas de l’étiquette syndicale et du soutien syndical. Chacun se détermine librement, en conscience, sur les dossiers personnels. Et sur les autres sujets, connaissant le caractère des universitaires, il y a des majorité d’idées… composites.
Quant aux membres nommés, pourquoi ne pas définir des catégories : chercheurs du CNRS, universitaires venant de matières différentes mais proches, etc… cela encadrerait le pouvoir du ministre, et permettrait une diversité d’approche. Par exemples, dans les sections juridiques, certaines de nos collègues pourraient être nommés dans d’autres sections que la leur. Ce panachage est possible en histoire, en sciences, etc…
En tout cas, la leçon est que toute institution qui a du pouvoir doit être organisée pour éviter l’excès de pouvoir, deux chambres législatives, un CA universitaire, et un Conseil scientifique fort et non pas soumis, un processus local avec intervention du national pour les promotions…
Et en cas de problème grave (suspicion, népotisme, conflit d’intérêt), pourquoi ne pas imaginer un arbitrage par un conseil des sages du CNU, émanation des sections du CNU, un peu à l’image de l’assemblée plénière ou des chambres réunies de la cour de cassation.
Voilà le modèle libéral, c’est-à -dire qui doit préserver les libertés universitaires bien menacées aujourd’hui par le soviétisme managérial ou le management bureaucratico-soviétique, cher aux technocrates et à leurs collaborateurs apparatchiks universitaires, qui ré-organisent aujourd’hui notre vieille institution : autoritarisme gestionnaire, abandon des libertés universitaires, pensées et modèles uniques, carriérisme administratif, formation d’Universités monstrueuses par la taille, expression d’un syndrome chinois, universités-usines à gaz (à diplômes) et monstres bureaucratiques.