Aix-Marseille Université : le site. Première université de France depuis la fusion des trois ex-universités d’Aix-Marseille, entrée en vigueur le 1er janvier 2012. Dossier de presse (12 pages). 71.000 étudiants, plus de 7.500 personnels, 21 composantes, 12 écoles doctorales, 132 structures de recherche, plus de 1.100 diplômes (dont 428 diplômes d’université)…
Des chiffres qui donnent le frisson ! Le lecteur sait que j’approuve le processus de fusion des universités, mais pas le type de fusion réalisé en Alsace, en Lorraine, et en Provence Alpes Côte d’Azur. Je suis partisan de la création de 15 à 20 universités de recherche, dédiées aux masters, aux écoles professionnelles et aux doctorats, et d’Instituts d’enseignement supérieur dédiés au cycle Licence, autonomes des universités mais associés à elles (113 chroniques du blog sur les IES). Photo : Campus de Lumigny.
Dans cinq ans, dans 10 ans, il sera nécessaire de faire un bilan détaillé de la fusion AMU. L’université unique se donne-t-elle dès maintenant les moyens humains, matériels et financiers de mesurer les progrès vers les objectifs qu’elle s’est fixés ?
Objectifs de la fusion. « Une université d’excellence ancrée dans son territoire à l’ambition internationale ». « Valeur ajoutée attendue : lisibilité des différents secteurs de formation, interdisciplinarité, coordination harmonieuse des services à l’étudiant, recherche mieux structurée et mieux identifiée, conditions de travail équivalentes pour tous les personnels, visibilité nationale et internationale ».
Réformes réalisées pour réussir la fusion. « En matière d’offre de formation, la stratégie d’AMU s’est développée autour de plusieurs grands principes : mise en cohérence des cycles L et M après fusion de trois offres de formation distinctes, amélioration de la lisibilité des cursus, transversalité disciplinaire et prise en compte de la diversité des publics ». « Pour rationaliser l’offre de formation, des UFR ont fusionné » (une seule faculté des sciences).
Réformes en cours. « L’organisation administrative a souhaité renforcer ses grandes directions, mutualisant les fonctions support existantes ». Un organigramme forcément complexe (page 12 du dossier de presse ou ici). « ORIGAMU : chantier de grande envergure visant à installer d’ici 2 ans, sur toutes les fonctions, l’organisation-cible propre au nouvel établissement ».
Ressources financières. Dotations de l’État et des collectivités territoriales, Investissements d’avenir, Plan Campus (deux partenariats public-privé), Fondations… Combien de droits d’inscription pour les diplômes d’université ?
Mesurer la valeur ajoutée de la fusion. Savoir si les objectifs affichés seront atteints dans un délai donné. « L’université s’est dotée d’instruments de mesure de performance et de dispositifs pour évaluer la qualité de ses enseignements et de sa recherche ». AMU s’est dotée d’une direction de l’audit interne (DAI), et d’une direction du pilotage et du contrôle de gestion (DPCC) : pourquoi deux directions ?
Je n’ai pas trouvé trace sur le site AMU d’un Observatoire des parcours de formation des étudiants et des devenirs professionnels des diplômés (Service universitaire d’insertion et d’orientation, SUIO). La direction des ressources humaines (DRH) ne semble pas avoir dans ses missions la réalisation du premier bilan social 2012, base d’une analyse des évolutions ultérieurs. Pas encore de dossier « Les chiffres-clés d’AMU ».
Bon vent à Aix-Marseille Université !


Entendu lors d’un jury, l’an dernier, de la part d’un responsable haut placé de l’université : « ils viennent de recréer l’Union Soviétique; la question, c’est de savoir combien de temps ça mettra à s’effondrer ».
A la rentrée, L’université d’Aix-Marseille proposait, en sciences seulement, 30 choix différents aux nouveau bacheliers.Une offre de formation totalement illisible, malgré les avertissements de nombre d’enseignant-chercheurs : les pesanteurs corporatistes et disciplinaires l’emportent mécaniquement sur toute tentative de réflexion sur le licence.
Ce n’est que quand les étudiants auront totalement abandonné l’université en sciences que la réflexion pourra commencer; en attendant, le processus de participation aux assises est totalement verrouillé, réservé aux dirigents. Comme le dit très clairement, et très cyniquement, le vice-président du CEVU :
Je vous engage cependant à faire remonter vos contributions via les participants qui vous sont proches dans ces réunions et/ou directement auprès des assises comme cela vous est possible: http://www.assises-esr.fr.
Comme il l’explique, l’université est maintenant devenue trop grosse pour qu’un vrai processus démocratique soit possible. Mais qu’importe: nous avons gagné 50 place au classement de Shanghai, en passant de l’université de Marseille à Aix-Marseille Université (le classement de 101 à 150 est alphabétique, nous sommes donc maintenant le numéro 101…)
A propos des « instruments de mesure de performance », on peut déjà remarquer que le nombre d’étudiants annoncé (71000 !)diffère largement de celui comptabilisé par le ministère pour 2011-2012 (63000), qui annonce par ailleurs une baisse des effectifs en 2011 par rapport aux chiffres des 3 universités l’année précédente.
Source:http://www.education.gouv.fr/cid57096/reperes-et-references-statistiques.html
Pravda, c’est « Vérité » ? La correction est sous presse…
Au classement de Shanghai, « AMU » a obtenu une note inférieure à celle de l’université de Strasbourg (on peut le vérifier en utilisant les notes et le barème publié sur le site Shanghai), mais l’opération de marketing consistant à utiliser la ville d’Aix (bien placée au classement alphabétique des villes françaises)nous fait apparaitre devant! Bravo l’artiste !
On la mesure comment la « performance » ?
Plus de 70 000 étudiants, ce type d’université est un monstre, une aberration de l’intelligence. La France demeure trop marquée par le modèle technocratique et soviétique (parti communiste, gauche française, ENA, gaullisme). Et si Aix veut absorber Nice et Toulon, comme Strasbourg dévorera Mulhouse, on replonge avant 1989.
J’invite les partisans de la fusion à écouter le désenchantement de ceux qui la vive aux quotidien et à mesurer la complexité, la longueur des processus de décision, la création d’instances, d’usines à gaz. A Strasbourg, l’UdS, c’est un peu l’URSS. Mais bon, tout ça, ça fait la carrière de certain, les soutiers et les bons élèves de la réforme (c’est humain).
Comme dit le bon sens populaire : il vaut mieux une petite et travailleuse, qu’une grosse paresseuse.
Bah, après la mode du centralisme bureaucratique (chère à nos élites), la décentralisation et les unités moyennes reviendront à la mode… Il faut laisser passer le temps (une génération), le gâchis, les dégâts, mais gardons espoir, le gigantisme secrètera sa propre destruction.
Rappelons que la fusion et la LRU n’ont pas réglé au fond la question universitaire : salaires et carrières médiocres, conditions de travail humiliantes (et de plus en plus avec la bureaucratisation : par exemple 60 euros la chambre d’hôtel, 12 euros le repas, etc…), mépris des intellectuels et des chercheurs par la classe dirigeante universitaire et politique, de gauche ou de droite. Il vaut mieux jouer au foot, gagner une médaille aux jeux olympiques, pousser la chansonnette, etc… que faire avancer la science et le savoir (détrôné par l’univers du spectacle).
La fusion… Tout ça pour une histoire de classement… pauvres politiques…