Dialogue ou monologue de gestion ?

Personne ne conteste aujourd’hui la situation financière difficile voire inextricable de nombreuses universités. Oublié le temps du passage des premières universités aux responsabilités et compétences élargies : elles clamaient alors leur enthousiasme de pouvoir recruter de grands professeurs étrangers, d’accélérer le rythme  des promotions méritées, de revaloriser les régimes indemnitaires… L’année 2011 a représenté un tournant décisif : le temps des économies était advenu. « Moyens pour rogner, sabrer, annuler des dépenses » (chronique du 25 octobre 2011). « Les budgets 2012 seront-ils sincères ? » (chronique du 9 décembre 2011). « Réduire l’offre de formation » (chronique du 17 juillet 2012).

Les mauvaises nouvelles financières sont devenues « monnaie courante ». « L’université d’Angers est dans le rouge » (Angers Maville, 18 septembre 2012). En Bretagne Sud, selon nos informations, « gel durant 2 ans des postes vacants et ce pour toutes les composantes. Certains directeurs ont rappelé que « lorsque les gros maigrissent, les maigres meurent ». Le président a cependant affirmé qu’il examinera les situations au cas par cas. Morsures féroces prévisibles entre directeurs de composantes ! Conflits ouverts en vue » !

25 septembre 2012, université de Strasbourg. Le collectif intersyndical « Agir ensemble pour l’université » tenait conférence de presse à l’occasion du communiqué du SNESUP du 24 septembre. « Austérité et dégraissage : non à la réduction de l’offre de formation ! Photo : Pascal Maillard, secrétaire de la section SNESUP.

Réduire l’offre ? Concrètement, cela veut dire : réduire le potentiel d’heures d’enseignement par différents moyens : fermer certains diplômes, ajourner la mise en Å“uvre de diplômes habilités, réduire le nombre d’heures affectées à tel ou tel diplôme (réduction du nombre de semaines d’enseignement, augmentation de la taille des groupes de travaux dirigés, suppression des enseignements transversaux et méthodologiques, fermeture de cours optionnels…). Strasbourg n’a cependant pas repris l’initiative de Bordeaux 1 qui a inventé les heures complémentaires non payées.

« Le SNESUP reconnaît que la question du volume de notre offre de formation, au regard notamment des contraintes budgétaires, doit pouvoir être posée sans tabou, mais certainement pas au moyen d’injonctions comptables, certainement pas sans concertation ni réflexion approfondie, et sans une orientation stratégique préalablement définie ».

Le SNESUP critique sévèrement l’absence d’anticipation de la direction de l’université, le traitement imposé aux composantes. Du dialogue de gestion, support des contrats d’objectifs et de moyens pour les composantes, on est passé au monologue de gestion : « il faut réduire la dépense globale d’heures d’environ 40.000 heures ; pour votre composante, réduisez-la de 3.000 heures. Vous n’avez pas à discuter » ! Strasbourg possède 40 composantes : la méthode autoritaire employée par la direction devrait conduire, fort logiquement, à la démission d’un certain nombre de directeurs de composantes. Et ce d’autant que le SNESUP demande que les primes et les décharges de service des vice-présidents et des directeurs de composantes soient revues à la baisse. « Faire un boulot chaque jour plus ingrat et ce pour des clopinettes, c’est trop pour moi ».

La direction de l’université traite fort mal ses directeurs de composantes. Ceux-ci ont été avertis, le 15 juin, des réductions d’heures à effectuer, i.e. à un moment où, pour l’année universitaire 2012-2013, la répartition des services d’enseignement entre enseignants et les emplois du temps pour les étudiants étaient déjà bouclés.

La direction de l’université traite fort mal ses enseignants. Certains d’entre eux se retrouvent à devoir chercher des cours pour compléter leur service ; d’autres voient disparaître des heures complémentaires sur lesquelles ils comptaient.

La direction de l’université traite fort mal ses étudiants. Certains se sont inscrits dans un diplôme dont la maquette officielle comprend un certain nombre de cours et d’heures d’enseignement ; ils n’auront pas exactement la formation sur laquelle l’université s’est engagée. Les organisations étudiantes vont-elles porter plainte pour publicité mensongère ?

Les tensions entre la direction de l’université et l’intersyndicale sont d’autant plus avivées que l’université de Strasbourg entre dans une période électorale. Les élections aux conseils centraux auront lieu  le 21 novembre 2012 ; elles seront suivies par l’élection du président par les élus au conseil d’administration. Alain Beretz est candidat à un second mandat présidentiel. L’intersyndicale présentera des candidats dans tous les conseils, candidats clairement d’opposition à la direction sortante. Aura-t-elle son propre candidat à la présidence ? Ou ses élus au CA voteront-ils pour un candidat « anti-Beretz », candidat qui ne se déclarerait qu’après les élections aux conseils centraux ? S’il en était ainsi, je pronostique la réélection du président en fonction.

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Article du on Mardi, septembre 25th, 2012 at 17:44 dans la rubrique 3. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “Dialogue ou monologue de gestion ?”

  1. PB dit:

    De semblables réductions d’heures (8 %) furent déjà imposées pour l’année universitaire 2011-2012. Les directeurs de composantes furent alors prévenus fin juin, début juillet 2011… Evidemment, la répartition des services était alors bouclée. Tout à fait d’accord avec votre phrase de conclusion.

  2. Hocine dit:

    De quelle marge de manÅ“uvre disposent les universités en temps de crise ? Est-il raisonnable de penser qu’une université qui ne prendrait pas à bras le corps l’offre globale d’enseignement et conséquemment le volume horaire global de son offre de formation, serait sérieuse et responsable. Beaucoup d’entre nous assurons des cours surnuméraires qui ne sont pas, loin s’en faut, essentiels à la formation de nos étudiants. Souvenons nous de la formule fameuse et salutaire de Montaigne : je préfère des têtes bien faites à des têtes bien pleines. La seule vraie question, que les universitaires n’ont jamais eu le courage de réclamer de manière inconditionnelle, est celle de leur traitement. Nous constituons la catégorie des cadres supérieurs les moins bien payés de la la fonction publique et l’on ne s’en offusque pas ! Réévaluons nos traitements et nous nous montrerons compréhensifs vis à vis de la réduction du volume horaire de nos formations. Le reste n’est que bavardage de pacotille…

  3. Pirre Dubois dit:

    Transmis par mail par le collectif Agir ensemble et la CGT. Dans le cadre de la réduction de dépenses de l’UDS, aux cotés de la réduction de l’offre de formaion, Agir ensemble et la CGT tiennent à préciser que :

    1 ) le personnel contractuel Biatos s’inquiète pour son avenir sur la base des annonces très claires faites par la direction de non-reconduction de certains CDD sur des tâches pourtant très utiles.

    2 ) La recherche n’a pas non plus été épargnée à l’UDS. Des coupes sur son budget sont intervenues en 2011 et 2012 et la direction vient d’annoncer pour 2013 la suppression des Appels d’Offres du Conseil Scientifique et une nouvelle réduction du soutien aux laboratoires

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