2 octobre 2012. Réunion-débat à Strasbourg à l’appel de l’intersyndicale Agir ensemble pour une université démocratique, SNESUP-FSU, SNCS-FSU, SNASUB-FSU, SNTRS-CGT, SES-CGT, SNPREES-FO, SUD Éducation. Mais pourquoi donc le SGEN-CFDT, dont un représentant est présent dans l’amphi, ne fait-il pas partie de l’intersyndicale ? Dans le contexte du mode de scrutin LRU, tout éparpillement des listes syndicales diminue leur chance de succès (160 chroniques du blog sur les élections universitaires).
Ce n’est pas encore vraiment une réunion de campagne pour les élections de novembre et décembre 2012. Texte de l’invitation.« Les personnels de toutes catégories sont fatigués de faire toujours plus avec toujours moins, sans aucune visibilité pour l’avenir de notre université. Alors, il est temps que notre communauté réagisse » . L’intersyndicale recueillera « vos témoignages pour les porter aussi bien dans les Assises de l’Enseignement supérieur qu’au Congrès du 12 octobre prochain. Nous les utiliserons aussi pour nourrir la plateforme que nous élaborons pour les élections à venir« .
Plus d’une centaine de personnes sont présentes dans l’amphi, un chiffre élevé pour une manifestation de ce type ; il y a même une délégation de l’UNEF. Quatre thèmes de discussion durant deux heures : situation financière de l’université, de l’offre de formation, des personnels et en particulier des personnels précaires, de la recherche. Deux leitmotivs tout au long du débat. Le premier : la direction de l’université est responsable de la situation difficile dans laquelle elle a mis l’université, tant elle a fait preuve d’imprévoyance.
Second leitmotiv. La direction ne communique pas les informations nécessaires à l’exercice de la démocratie dans les conseils ; elle pratique une politique d’opacité : dossiers transmis tardivement, tableaux budgétaires incompréhensibles, absence de transparence et sourde-oreille pour de nombreux dossiers collectifs ou individuels. De nombreux chiffres vont être cités durant le débat : par définition, aucun responsable syndical ne peut malheureusement garantir leur justesse, leur validité, leur rigueur.
Quelques chiffres-clés entendus. Fonds de roulement de 80 millions d’euros il y a 3 ans, tombé à 26 millions en 2012 ; le rectorat somme l’université de réduire ses dépenses et de revenir à une réserve prudentielle de 32 millions. Politique de surinvestissement au cours des dernières années : 51 millions d’euros dépensés. Offre de formation détricotée, déconstruite, bousillée, mise à mal par la réduction des heures d’enseignement : -8% en 2011-2012 (25.000 heures réalisées en moins), objectif d’une réduction de 40.000 heures en 2012-2013 (mais seulement 18.000 déjà actées par les composantes). Deux exemples : 2.500 heures supprimées en droit par diminution d’une séance de travaux dirigés (TD) par module (9 semaines au lieu de 10 dans le programme officiel) ; une heure de TD au lieu de 2 à 5 pour encadrer un mémoire de master (chronique à venir).
Des données essentielles ne sont pas vraiment connues par les responsables syndicaux. Combien de postes de fonctionnaires gelés ? Où est l’argent du Plan Campus et des Investissements d’avenir ? Combien de personnels enseignants et BIATSS (en nombre et en équivalent temps plein) : personnels fonctionnaires, en CDI, en CDD sur mission permanente, en CDD sur mission temporaire, payés à la vacation ? Combien de CDD ou de CDI titularisables ou CDIsables selon la loi Sauvadet ? Combien de personnels de catégorie C occupent des fonctions de catégorie B ou A et ont un salaire proche du SMIC ? Bilan social de l’université : les données actuellement connues remontent à l’année 2009-2010, et le prochain bilan social 2011, qui sera disponible en octobre 2012, ne devrait pas pouvoir encore répondre à ces questions.
Le service d’aide au pilotage de l’université pourrait, devrait être en mesure de communiquer davantage sur les indicateurs qu’il produit. Les données partagées et faisant l’objet d’un consensus sur les faits n’empêchent aucunement des divergences dans l’interprétation, dans l’explication des évolutions observées. Faute de données solidement établies, les organisations syndicales pourraient être accusées, à tort, de manipulations, de mensonges, voire de malhonnêteté. Les élections doivent se dérouler selon la charte de bonne conduite.
Au final, je regrette de n’avoir entendu que des interventions, des questions, des critiques sur l’insupportable réduction des dépenses. J’aurais aimé entendre aussi quelques propositions des responsables syndicaux sur la collecte de nouvelles ressources pour l’université. Mais Agir ensemble, tout à fait normalement critique contre la réduction des dépenses, est moins à l’aise pour prospecter des « ressources dites propres ». C’est là le problème essentiel qui se pose à l’Intersyndicale pour affronter les échéances électorales : faut-il les gagner les élections, conquérir la majorité dans les conseils et la présidence de l’université dans un contexte de crise financière qui ne va pas s’arrêter demain ?


