Pascal Maillard, SNESUP / FSU. Je tiens à réagir au billet de Pierre Dubois intitulé “L’intersyndicale fait débattre“. Je le fais spontanément, suite à la suggestion que m’a faite le blogueur de publier un courriel que je lui ai adressé et que je reprends ici en l’étoffant un peu. Je le fais à titre personnel, sans engager Agir ensemble pour une Université démocratique.
La perception d’un débat est nécessairement subjective et on ne peut reprocher à un blogueur, même aussi averti et expérimenté que Pierre Dubois, d’exprimer sa vision personnelle. Deux choses au moins mériteraient cependant d’être nuancées dans son billet.
Tout d’abord l’affirmation insistante selon laquelle les chiffres avancés ne seraient pas sûrs : “De nombreux chiffres vont être cités durant le débat : par définition, aucun responsable syndical ne peut malheureusement garantir leur justesse, leur validité, leur rigueur”. Il conviendrait de bien distinguer les données qui sont vérifiables et attestées par différents documents (PV des conseils par exemple, accessibles aux élus et normalement à quiconque, mais malheureusement rarement mis en ligne : la réserve prudentielle est ainsi bien de 26 M€), celles qui nous ont été rapportées par la direction de vive voix (réduction effective à ce jour de 18.000 heures d’enseignement, d’après le Directeur général des services), et celles que nous demandons et qu’on ne connaît pas ou qu’on ne souhaite pas nous transmettre. Ainsi le nombre de postes gelés qui pourrait tourner autour de 40 ou de 150 selon la définition que l’on a d’un poste gelé.
Dans tous les cas, il ne faudrait pas laisser accroire que les élus de l’intersyndicale sont dans le flou total. Objectif de réduction de 40 000 heures, c’est exact ; 2500 heures de moins en Faculté de droit c’est vérifiable ; prime des VP de 11.000€, c’est dans un PV ! Nous analysons les comptes financiers, mesurons les problèmes de visibilité financière, observons également les propres difficultés des services de notre université à y voir clair, et déplorons depuis plusieurs années qu’un flou volontaire soit entretenu autour de certaines données qui existent et auxquelles même les administrateurs n’ont pas toujours accès. La loi LRU et ce qu’on appelle les nouvelles “gouvernances” des universités ont induit une singulière culture du secret, ou pour faire dans l’oxymore des pratiques de transparence opaque. Elles se conjuguent avec des contournements réguliers des conseils centraux, via des comités de pilotage très resserrés. L’accès à des données sûres est aussi une des conditions de l’exercice de la démocratie.
Un second point mérite une rectification. La conclusion de la chronique de Pierre Dubois n’est pas totalement exacte. Elle laisse entendre que l’intersyndicale AGIR ensemble n’aurait pas formulé de propositions lors de ce débat et se serait contentée de critiquer la “réduction des dépenses”. Étrange formule, au passage. Disons plutôt des mesures d’économie drastiques et soudaines qui se traduisent par des coupes dans toutes les lignes budgétaires. Pour ce qui est des propositions, il est vrai qu’elles ne furent pas nombreuses, l’objet de cette réunion de rentrée étant surtout d’informer les collègues, de les écouter, de partager nos expériences et nos analyses.
Mais, pour être juste, notre blogueur préféré aurait dû aussi entendre :
1. que nous sommes en train d’élaborer notre plateforme sur une logique intégrative et participative ;
2. que nous organiserons le vendredi 12 octobre au matin, avant le Congrès, une série d’ateliers avec les personnels qui auront pour objet de formuler des propositions dont un certain nombre seront intégrées dans la plateforme ;
3. que pendant la réunion d’hier il a été suggéré :
a. d’adopter au prochain congrès une motion à destination du ministère pour exiger que notre budget soit abondé des sommes que l’État nous doit et de celles qui sont nécessaires au bon fonctionnement de l’université ;
b. concernant la réduction de l’offre de formation d’initier dans chaque composante des réunions avec les enseignants pour faire le point sur les coupes et adopter des mesures concertées et réfléchies ;
c. au niveau des emplois de réduire la voilure des postes dédiés au pilotage, à l’expertise ou encore à la communication pour les redéployer dans les services qui en ont cruellement besoin ;
d. au niveau des leviers financiers à activer pour faire des économies – s’il faut en accepter la logique – de faire baisser les frais de réception, les frais de mission et les primes pour charges administratives des VP et des directeurs de composantes.
C’est certes peu, mais dans le cadre d’échanges collectifs et dans l’improvisation de la parole vive, ces quelques idées qui ont germé montrent qu’il y a des pistes de réflexion. Notre blogueur ne peut donc pas écrire que nous nous contentons de critiquer. Pour ce qui est des propositions visant à augmenter les ressources propres de l’université, et que Pierre Dubois nous reproche de ne pas formuler, il ne sera pas étonné que je lui réponde que les organisations syndicales qui défendent l’idée et les principes d’un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche sont d’abord attachées à un financement récurent des universités par l’État. Et si on me dit que je botte en touche, je répondrai simplement, contre ceux qui prétendent qu’il n’y en pas : l’argent est là ! Redéploiement des crédits de l’ANR et du CIR vers la MIRES, utilisation des moyens de l’IDEX en faisant sauter le verrou du périmètre d’excellence et recouvrement des sommes que l’Etat doit aux universités.
Commençons par là, pour remettre les universités à flot ! Sans oublier de dire qu’il aurait peut-être fallu cesser plus tôt les politiques d’investissement euphoriques auxquelles ont poussé les Mille et une nuits de la politique d’excellence.
