Sciences Po Paris Hors-la-loi

Il y a plus grave que la gestion de Sciences Po Paris : cette institution vénérable et séculaire, qui perçoit d’importants fonds publics, s’est mise hors-la-loi en créant un Collège universitaire. Le rapport de la Cour des Comptes sur la gestion de Sciences Po ne semble pas y porter attention. Le rapport ? Quel rapport ? Sur le site de la Cour, ne figurent que quelques rapports récents sur l’enseignement supérieur, dont un sur la filière et les formations en droit dans l’enseignement supérieur.

Le rapport sur Sciences Po n’est pas davantage signalé sur sa page d’accueil. Mais Le Monde se l’est procuré et a titré le 9 Octobre « Sciences Po Paris. La grande gabegie de l’ère Descoings ». Lire les trois articles du quotidien du soir. Mais, l’éditorial du Monde du 10 octobre semble atténuer la critique : « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Toute la presse, y compris EducPros, a renchéri sur les scandales de la gestion Descoings, sans pour autant faire un lien vers le rapport intégral de la Cour. Les rapports « fuités » sont devenus une fort mauvaise habitude en France et affaiblissent la démocratie : le citoyen doit pouvoir se faire un jugement lui-même sans médiation de la presse.

Photo ci-contre. Mai 2011. Richard Descoings, président du PRES Sorbonne Paris Cité, hèle un taxi.

Plus grave encore que la gestion de Sciences Po Paris : la création d’un Collège universitaire de premier cycle, composé de sept Campus dont six en province. Plus de 4.500 élèves. Quelle loi, quel décret, quelle habilitation ont autorisé Sciences Po à s’implanter dans six régions de France, à y concurrencer les formations de sciences politiques des universités voisines, à y délivrer un diplôme ? Sciences Po sans vergogne ! Sciences Po Hors-la-loi ! Que dirait le Ministre de l’enseignement supérieur si les universités uniques de Strasbourg, de Lorraine, d’Aix-Marseille décidaient d’implanter des licences d’excellence à Paris, Toulouse, Bordeaux, Lille, Rennes, Montpellier…

Depuis janvier 2009, j’ai consacré de nombreuses chroniques critiques à la création du Campus euro-américain de Reims. Une des plus anciennes (2 juillet 2009) : « Sciences Po Reims. Non !« . 100 millions d’euros financés par les collectivités territoriales de Champagne-Ardenne. Non ! Deux autres chroniques critiques. 7 septembre 2010 : « Sciences po in Reims. Shocking !« . 15 décembre 2011 : « Descoings entre Public et Privé« . Aujourd’hui, France 3 Champagne-Ardenne s’interroge : « n’a-t-on pas pas trop déroulé le tapis rouge pour Sciences Po à Reims » ?

Geneviève Fioraso, ayez du courage politique ! Sommez Sciences Po Paris de ne plus mélanger les genres. Imposez-lui de choisir entre le public ou le privé. Si Sciences-Po veut continuer à percevoir des fonds publics, elle doit se défaire de ses Campus de province et ceux-ci doivent être intégrés dans les universités voisines. Si Sciences-Po s’y refuse, coupez-lui les fonds ! Quitte à ce que cette université privée soit mise en liquidation judiciaire dans les mois ou les années à venir. Ce serait un comble si l’État républicain continuait à financer les hors-la-loi !

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Article du on Mardi, octobre 9th, 2012 at 9:55 dans la rubrique 3. Champagne-Ardenne, Picardie, 3. Ile-de-France, S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

9 commentaires “Sciences Po Paris Hors-la-loi”

  1. Sirius dit:

    La question du « collège universitaire » de ScPo n’est qu’une partie des malversations de Richard Descoings.
    La création des antennes de ScPo Paris en région est effectivement une trahison de la vocation « nationale » de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.
    Au lieu d’être au service du réseau des IEP, ce qui était sa vocation, celle-ci a systématiquement utilisé ses ressources au service de l’IEP de Paris, contre les IEP de province.
    Il faut espérer que la Cour des Comptes ira jusqu’au bout de son enquête.

  2. Dominique Michel Alhéritière dit:

    La jalousie est un vilain défaut ! Reconnaissons à Richard Descoings son extreme créativité et dynamisme. A lui le mérite d’avoir projeté SciencesPo Paris sur la scène internationale, d’avoir attiré les meilleurs éléments des lycées français de l’étranger, d’avoir multiplié les filières intéressantes pendant que la plupart des ScPo de province continuaient à ronronner. Une telle réussite appelle certainement une rémunération exceptionnelle meme s’il faut bien sur fixer des limites. Oui, attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et oui préservons à SciencesPo-Paris son particularisme et son autonomie.

  3. Daniel Desmaison dit:

    J’approuve totalement le commentaire de Dominique Michel.
    Les antennes de Sciences-Po en province participent activement au rayonnement de la culture Française dans le monde en attirant des etudiants de toutes origines en France. Je pense notamment au campus Asie du Havre.
    Et pourquoi pas un Système qui mélange public et privé pour prendre le meilleur de chaque?
    Ne soyons ni dogmatiques ni jaloux, sciences po en province ça marche et c’est bien.

  4. paniss dit:

    je suis en phase avec les commentaires 2 et 3; qu’on le veuille ou pas, SC PO, avec R. Descoing, a eu et a toujours, en France et ailleurs, un rayonnement exceptionnel. Sans doute certaines règles ont-elles été quelque peu malmenées; mais rien d’illégal là-dedans. L’université française dans son ensemble est parfois frileuse et certains de ses membres un peu trop procéduriers et par là-même frileux eux aussi. Ne rajoutons pas de juridisme et ne coupons pas les ailes à des projets audacieux…

  5. Rhadamante dit:

    Quelques éléments factuels :
    - Pour qu’un rapport soit public, il faut qu’il existe. Dans le fonctionnement de la Cour des comptes, la procédure est écrite, orale et contradictoire. Le pré rapport est communiqué à l’organisation contrôlée, qui répond par écrit avant d’être auditionnée. Nous en sommes apparemment à ce stade pour Sciences Po. Suivra, dans un délai de 4 à 8 semaines, un rapport définitif qui devrait être public. Vous vous inscrivez en pleine fièvre médiatique.
    - Sauf erreur, l’Etat a validé le projet pédagogique de Sciences Po et notamment ses projets d’implantation en régions (province signifie vaincu)dans le cadre de son quadriennal et les financements ne devaient pas provenir exclusivement de financements publics. Il est clair, au vu de leurs succès, que ces premiers cycles répondaient à un besoin. Je ne vois pas ce qu’il y a d’illégal, mais je vois l’efficacité de la dénonciation facile.
    - Il y a sans aucun doute des choses à revoir du côté de la Rue Saint Guillaume. Mais il faut aussi reconnaître les succès de cette institution (je rejoins tout à fait Dominique Michel, et je rajouterais la professionnalisation de certaines formations ainsi que la mise en avant de l’interdisciplinarité) et se demander ce qui les explique et qui peut être dupliqué, ce qui me semble plus utile que la destruction systématique de ce qui dépasse.

  6. Daniel Verba dit:

    Bonjour,

    Une petite erreur dans votre introduction. Richard Descoings n’a jamais été, du moins officiellement, le président du Pres SPC. c’est Mr Jean François Girard qui assume cette responsabilité depuis la création du Pres. Richard Descoings était « uniquement » en charge de l’IDEX.

    DV

  7. Sirius dit:

    Rien d’illégal ? Avec ce que contient déjà le rapport provisoire de la Cour des Comptes on peut estimer que Richard Descoings, s’il était encore en vie, serait passible de la Cour de discipline budgétaire. Un peu dérangeant pour un Conseiller d’Etat. Mais il convient avant de se prononcer, dans un sens ou dans l’autre, d’attendre le rapport définitif de la Cour.

    La question de la légitimité de l’implantation en région est d’une autre nature. Elle n’est pas illégale au sens juridique du terme, mais elle constitue une violation de la mission de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, avec la complicité du ministère, au profit de l’IEP de Paris et au détriment de ses homologues en région.

    La FNSP a été crée en 1946 pour être la « tête de réseau » d’un ensemble d’Instituts d’Etudes Politiques répartis sur le territoire français. Il est clair que la stratégie de Richard Descoings, approuvée par Jean-Claude Casanova, a constitué à trahir cette mission pour mettre toutes les ressources de la FNSP au service de l’IEP de Paris. Les autres IEP ne recevant que des miettes des subventions attribuées par l’Etat à la FNSP et voyant les collectivités territoriales financer les antennes de ScPo Paris qui viennent les concurrencer dans leurs propres régions.

    Il faut mettre fin au statut exorbitant de la FNSP qui n’a plus rien de « nationale » et n’est en fait qu’une fondation d’établissement dont le rôle principal est de pouvoir gérer de l’argent public avec les facilités du privé. Comme, en plus, la gouvernance de la FNSP est défaillante, toutes les dérives sont possibles et effectivement constatées.

  8. Rhadamante dit:

    @Sirius
    D’accord avec vous, il faut regarder ce que dira la Cour in fine. Si des pratiques il y a eu, la Cour prendra les dispositions ad hoc et l’Etat devra alors revoir son mode de contrôle (Sciences Po est contrôlé par l’Etat, il ne s’agit du premier contrôle de la Cour et il semble que l’IGAENR soit également intervenue ; enfin, sauf erreur de ma part, un quadriennal est signé avec l’Etat ce qui implique une évaluation de l’AERES).
    Sur la question des IEP en région, il faut bien distinguer : la FNSP si je comprends bien reçoit des subventions de la part de l’Etat pour le cOmpte de l’IEP. Autrement dit, il faudrait que les universités dont les IEP sont des services (comme l’IEP de Paris était un service de l’Université de Paris avant 1969) acceptent de laisser les subventions concernant les IEP aller à la Fondation, permettant ainsi une politique nationale des IEP. René Rémond était très attentif à cette question et animait le réseau des IEP, mais les intérêts étaient divergents et cela a vraiment éclaté lors du passage au LMD avec des politiques très différentes : disons simplement que la situation était -et reste- complexe et les torts sont partagés… Vous noterez d’ailleurs que du point de vue de la recherche, les choses sont différentes -des collaborations existent, notamment avec Grenoble et Bordeaux, et que d’après mes informations, des personnels FNSP se trouvent à Lille, Rennes, Bordeaux et Grenoble. Cela vaudrait le coup d’être vraiment creusé, et pas au détour d’une polémique trop simple.

  9. Pierre Dubois dit:

    @ Daniel Verba. Au temps pour moi ! Vous avez raison !

    @ Rhadamante. A propos du contrat quadriennal Etat / Sciences Po (2009-2012) et du projet institutionnel de l’Institut, je serais curieux d’en connaître la teneur. Impossible de le trouver sur le site ! Le contrat n’est que mentionné et ne figure pas dans les documents téléchargeables : http://www.sciencespo.fr/content/206/qu%E2%80%99est-ce-que-le-projet-institutionnel%C2%A0

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