Charles et Roland Debbasch, le père et le fils, sont des « juristes éminents« . Le premier, né en 1937, a réussi l’agrégation du supérieur en droit à l’âge de 24 ans. Le second, né en 1961, obtient l’agrégation à l’âge de 27 ans. Leur carrière professionnelle commence donc fort bien : ils n’ont pas 30 ans quand ils sont nommés professeurs des universités. Le lecteur sait que je suis pour la suppression des Agrégations du supérieur en droit, économie, gestion et sciences politiques, mais là n’est pas la question aujourd’hui.
Mais faire le professeur à l’université ne suffisait pas pour le père et le fils. Ils ont pris, comme l’on dit, des responsabilités dans le champ professionnel. Charles, le père, a été « doyen de la faculté de droit d’Aix-Marseille, a été un des fondateurs de l’Université d’Aix-Marseille III et en a été le président ». Archives vidéo de l’INA : le père justifie la scission et la création d’une troisième université. Au regard de la fusion récente, de la création d’Aix-Marseille Université, cette vidéo ne manque pas de piquant ! Roland, le fils, a fait l’avocat à la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. Photo ci-contre (avril 2010) : Yvon Berland, président d’Aix-Marseille Université.
Les deux ont également commencé très tôt une carrière politique… à droite. Le père « a participé au cabinet d’Edgar Faure, Ministre de l’Éducation Nationale après la crise universitaire de mai 1968, puis à l’équipe de Valéry Giscard d’Estaing durant son septennat, en qualité de conseiller pour l’Éducation et la Culture »… « Il a conseillé de nombreux chefs d’État africains« .
Le fils a été « conseiller municipal d’Aix-en-Provence de 1989 à 1995″. Énarque, il n’a pas quitté un instant les cabinets ministériels, quand la droite était au pouvoir : « cabinet de François Fillon, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (1993-1995), cabinet de Dominique Perben, ministre de la Fonction Publique (1996-1997), recteur de l’académie à Nancy-Metz (2002-2004) puis de l’Académie de Lille (2004-2005), directeur de l’Enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de Gilles de Robien (2005-2007), recteur de l’Académie de Lyon de 2007 à septembre 2012« .
Dans la vie politique et professionnelle, il faut savoir rebondir, la cinquantaine arrivée. Difficile quand on a eu des responsabilités importantes de retourner faire le simple professeur des universités ! Le risque est alors de croire que l’Etat, la société, l’université vous doivent quelque chose, une nouvelle responsabilité, un nouveau poste prestigieux, un reclassement doré… Le père et le fils sont de ceux-là : ils n’acceptent pas de déchoir ; ils le font savoir et commettent des erreurs, des fautes. Ce n’est pas bien de s’énerver !
Le père tout d’abord et l’affaire de la Fondation Vasarely. « Doyen de la Faculté de droit d’Aix-en-Provence et président de l’Université d’Aix-Marseille III, le professeur Debbasch a été choisi par l’Université d’Aix pour assumer la présidence de la Fondation Vasarely. Avec le concours du Conseil d’administration, il en a assumé la responsabilité pendant dix ans. Après la mort de l’épouse du peintre Claire Vasarely, les héritiers Vasarely reprennent le contrôle de la Fondation et mettent en cause le doyen Debbasch qui l’avait gérée de 1981 à 1992 au nom de l’Université, obtenant en 1993 à l’issue d’une procédure judiciaire l’annulation du mandat d’administrateur de Charles Debbasch. Ils déposent par ailleurs des plaintes pénales contre celui-ci ». La suite sur Wikipédia.
Le fils, Roland, a été recteur d’académie pendant 8 ans de pouvoir de la droite (de 2002 à 2005 et de 2007 à 2012) et ce dans trois académies. A Lyon, il a été remplacé le 28 septembre 2012 par Françoise Moulin-Civil, ex-présidente de l’université de Cergy Pontoise. L’ex-recteur Debbasch a fait savoir, dès le 28 septembre et dans un texte de 2 pages, qu’il était fort mécontent et trouvait « baroque » son éviction. Le texte du Recteur déchu montre sa souffrance. Mais, sur le fond, il s’agit d’un texte pitoyable, indigne d’un énarque, d’un professeur des universités, d’un serviteur de l’État, d’un homme politique responsable.
Monsieur le professeur Debassch, mais pourquoi donc vous êtes-vous laissé aller à écrire cette lettre aux personnels de l’Académie de Lyon ? Ne comprenez-vous pas qu’elle vous disqualifie ?

Article clair sur une personne un peu douteuse, mais pourquoi écrivez-vous: »Les deux ont également commencé très tôt une carrière politique… à droite. » A quoi correspondent vos « … » ? Estimez-vous qu’il s’agisse là d’une infraction à un règlement interne à l’université en question, voire à une loi qui obligerait les universitaires à commencer, tous, leur carrière à « gauche »? Quand N.Chomsky a été recruté au MIT, les ingénieurs se sont-ils inquiétés de ce qu’il était … à gauche? Le panurgisme idéologique a atteint en France une telle dimension et tant d’universitaires broutent le conformisme avec un tel appétit qu’adhérer à des idées de droite,auxquelles adhèrent quand même un Français sur deux, fait sursauter! Bel exemple de grégarisme: il faut rester au chaud, entre soi. Confort et rente, les deux mamelles de notre université.