Les personnalités, aimées de Fioraso

Je rebondis sur la chronique de Sophie Blitman sur EducPros du 2 octobre 2012. « Geneviève Fioraso à la CDEFI : un rendez-vous manqué ?« .

« Au passage, la Ministre aborde aussi la réforme de la LRU et dit son souhait de « responsabiliser » les membres des conseils d’administration en accordant le droit de vote aux personnalités extérieures [pour élire le président]. Une proposition qui est loin de faire l’unanimité dans la communauté universitaire »... Ce que confirme Pascal Maillard, leader du SNESUP à Strasbourg, dans sa chronique de Mediapart : « Pécresse en a rêvé, Fioraso va le faire« .

Sous le régime de la LRU, les personnalités extérieures – jusqu’à 8 dans un CA de 30 membres – , ne participent pas à l’élection du président. Sous le régime de la loi Savary, elles étaient « Ã©lecteurs », mais le président était élu par un collège électoral beaucoup plus large (l’ensemble des 3 conseils et jusqu’à 140 électeurs). Sous le régime de la loi LRU, les personnalités extérieures du CA sont cooptées par les élus du CA, sur proposition du président élu : elles participent aux débats et aux délibérations du CA ; elles ont le droit de vote comme chacun des autres administrateurs.

Mon expérience de conseil d’administration dans 3 universités différentes, entre 1984 et 2005 : absentéisme fréquent de la plupart des personnalités extérieures, soutien inconditionnel du président de la plupart des personnalités présentes, en particulier au moment du vote du budget. A combien de CA a assisté Daniel Cohn-Bendit, administrateur de Paris 10 Nanterre ?

Geneviève Fiorasa n’aurait-elle pas la qualité de « patience » ? Pourquoi avoir fait cette déclaration à la CDEFI alors que les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche n’ont pas encore tranché dans le domaine de la gouvernance des universités ? Certes, la Note de synthèse intermédiaire est encore bien floue (bas de la page 13). « Les critiques formulées depuis 5 ans à l’encontre de la LRU – dont certains syndicats demandent l’abrogation -  devront être traitées : les pouvoirs – jugés par certains trop importants – du président, les modalités d’élection ou de révocation du président, les modalités d’élection du conseil d’administration (CA dont la composition peut faire l’objet d’évolutions), les mécanismes de contre-pouvoirs, les pouvoirs des instances académiques à réaffirmer en précisant les procédures d’interaction avec le CA… D’une manière générale, de nombreuses organisations souhaitent que la gouvernance des universités soit repensée autour de la notion de collégialité ». Collégialité, un terme consensuel mais, pour l’instant, vide de contenu concret !

A propos de l’évolution possible de la composition du CA, la note du bas de la page 21 précise : « certains acteurs trouveraient opportun que les partenaires majeurs des universités (CROUS, organismes de recherche dans les universités où ils sont très fortement impliqués, ville, région, acteurs économiques et sociaux) soient davantage présents dans les conseils d’administration« .  « Présents » : le terme est polysémique.

Proposition. Je ne suis pas par principe opposé à ce que les personnalités extérieures soient électrices du président de l’université. J’y serai même favorable à certaines conditions : 1. Élection du président par un collège électoral bien plus large que l’actuel et que celui de la loi Savary. 2. Élection des personnalités extérieures au CA par plusieurs collèges électoraux : collège des collectivités territoriales, collège des entreprises et des administrations, collège des organisations d’employeurs, collège des organisations syndicales, collège des personnalités à titre personnel. Dans ce cas, toutes les personnalités extérieures devraient faire acte de candidature dans leur collège.

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Article du on Mercredi, octobre 10th, 2012 at 16:49 dans la rubrique Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Les personnalités, aimées de Fioraso”

  1. jojolapin dit:

    Tant qu’on est sur le CA de Nanterre. Connaissez vous le nombre de CA auquel Jean Sarkozy (membre représentant le département 92) a participé ?

    Pour en revenir aux tutelles territoriales (région, département, ville). La plupart d’entre elles financent des projets sur les universités donc leur présence ne serait pas étonnante aux conseils.
    D’ailleurs elles sont souvent déjà membre du CA (sans pouvoir d’élection) et souvent aussi présentes aux conseils.

  2. zadig dit:

    Sur les CA et les personnalités extérieures
    si le « vote » des personnalités extérieures et en particulier le vote pour l’élection du président de l’université est fonction de leur contribution financière à l’université : la part de l’Etat est quand même bien plus grande que celle des collectivités territoriales et donc la cohérence veut que le représentant du ministère (le recteur, par exemple) participe à cette élection …

  3. Olivier dit:

    Le problème des extérieurs est qu’il ne viennent jamais, que ce soit dans les conseils centraux ou à plus forte raison dans les conseils de type UFR. On ne peut même pas les en blâmer, quelqu’un qui a un travail avec des responsabilités importantes, une forte pression et un emploi du temps bien chargé (ce qui correspond au type d’externe recherché par ce genre de textes) ne peut pas perdre une demi-journée à discuter des crédits pour la rénovation de tel amphi, ou de savoir si il faut transformer ou non un poste MCF de grec ancien en poste de linguistique.
    Ce qu’il advient systématiquement est que les externes viennent au mieux à un ou deux conseils, puis plus jamais.
    Le problème est le même dans les CA de entreprises privées, qui se retrouvent à devoir donner des jetons de présence très incitatifs pour que les gens viennent. Il va sans dire que l’université n’a absolument pas ce genre de moyen. Par définition, les externes ne pourront jamais jouer un rôle actif dans les faits, sauf si ils sont payés pour cela. Donc tout ce qui leur donne un rôle dans les textes est voué à augmenter le degré d’inefficience de la structure universitaire.
    Tous ces discours sur les externes et leur rôle sont du pur brassage d’air, ils n’ont au final aucun impact concret. Fioraso ne connait rien ni au supérieur ni à la recherche, il lui faut donc occuper la place par autre chose. Nous n’avons pas à l’université le chance de pouvoir modifier les rythmes scolaires tous les 5 ans, donc il faut trouver un autre thème sans intérêt. En général, c’est celui de la réussite en Licence, l’accompagnement individuel ou ce genre de marronniers. Cela finira par venir, en général, la méthode est de spécialiser la première année, puis de la rendre pluri-disciplinaire, puis de la respécialiser, puis de construire sur 3 disciplines, tout en donnant des noms comme socles et portails, passerelles etc…

  4. Michel Abhervé dit:

    Je donne un point de vue de quelqu’un qui a été membre extérieur d’un CA d’université, en l’occurence celle d’Evry en tant que représenatnt du Conseil régional d’Ile de France
    M’éant efforcé d’être régulièreemnt présent, j’ai pu constater la difficulté à prendre position dans environ 90 % des dossiers traités où ce qui est débattu concerne le fonctionnement interne de l’Université. Les universitaires débattent avec passion, polémiquement et souvent finissent quand le président est habile (ce qui était le cas) à voter unaninemement
    Pour que cette présence ait du sens, il faudrait que le CA débatte de questions d’orientation, de choix des filières, de relation avec les acteurs locaux et laisse les questions d’organisation aux seuls universitaires
    Quant au vote pour le président, la question me smeble moins importante que celle du choix des membres, qui elle ne devrait pas relever du seul président, mais bien d’une décision formalisée du conseil lui même

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