Fête aux doctorats en Neurosciences

Toutes et tous à la Fête de la Science ! 11 octobre, je me rends à la médiathèque Malraux, sur le stand de Docto Neuro. « Le cerveau, un organe compliqué ? Tout se simplifie avec l’animation des doctorants en neurosciences passionnés : ils vous inviteront à une aventure scientifique dans les circonvolutions du cerveau. Ils vous permettront également de mieux comprendre certaines maladies du système nerveux ».

Court entretien avec deux doctorants : Pauline et Sébastien. Avec quelques collègues inscrits doctorat, ils démontent et remontent les parties du cerveau, expliquant, ce jour à des élèves de 4ème, à quoi elles servent. Je joue avec ces élèves à « Gagner des neurones« . Jeu de l’oie et QCM : combien a-t-on de neurones ? quelle est la longueur d’un neurone ?…

Pauline et Sébastien sont inscrits en thèse à l’université de Strasbourg. Elle est en 2ème année et lui en 3ème. Elle a un contrat doctoral avec un avenant « monitorat ». Il a un financement privé, géré par le CNRS, un contrat à temps plein car il veut consacrer toute son énergie à son sujet. Leur passion pour la recherche sur le cerveau s’est confirmée avec le mémoire de master ; le sujet de la thèse en est un prolongement. Tous les deux comptent soutenir leur thèse en 3 ans.

L’objet de la recherche ? Pour elle, l’incidence sur le cerveau de l’addiction aux opiacés. Pour lui, les protéines et la modification-stimulation de l’adrénaline, en liaison avec certains cancers neuroendocriniens. Recherche fondamentale, mais liée directement à des questions de santé publique. Le labo ? Elle travaille à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC), à Illkirch dans le parc d’innovation. Lui, conduit sa thèse à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (INCI), sur le campus de l’Esplanade.

L’après-thèse ? Pauline et Sébastien veulent continuer à faire de la recherche, une fois le doctorat obtenu, elle, comme enseignant-chercheur : « j’aime bien transmettre les connaissances, comme je le fais ici à la Fête de la science ». Lui, comme chercheur à plein temps à l’INSERM, au CNRS, ou à l’étranger. Ils ont tous deux intégré la trajectoire : la nécessité absolue aujourd’hui de faire un post-doc. Elle pense aller aux États-Unis. Lui, bien qu’en troisième année de thèse, ne sait pas encore. Le Chili ? La Suisse ?

Pauline et Sébastien sont de jeunes chercheurs passionnés, aiment leur travail de recherche, cherchent à donner aux jeunes « le goût de la science ». Je les ai observés : ils respirent le bonheur… Même s’ils ont intégré les difficultés du contexte : doctorat, post-doctorat, et un jour, ils l’espèrent mais ce n’est pas sûr, l’emploi stable. Ils auront alors atteint la trentaine. Mais pourquoi la France n’aime-t-elle pas ses docteurs ?

Je n’ai pas choisi par hasard d’aller sur le stand des neurosciences. Ma seconde fille, Jessica, est chargée de recherche à l’INSERM. Elle a obtenu ce poste à l’âge de 32 ans, après une trajectoire qu’il faut bien qualifier d’excellente : bac S avec mention très bien, deux ans de CPGE scientifique, ingénieur Centrale Paris (option physique appliquée à la biologie), DEA de biologie, doctorat en neurosciences à Paris Orsay, post-doc à Genève, puis bourse post-doc dans son labo Neurospin au CEA de Saclay. Bientôt 34 ans et 2.400 euros nets par mois. Mais pourquoi la France n’aime-t-elle pas ses docteurs ?

Mais au fait, ses recherches ? Les chercheurs en Sciences ne publient pas en français. Il se fait que ma fille a, comme Pauline et Sébastien, la passion de la valorisation. Elle a publié en 2011 un article en français : « Neurophysiologie clinique : développement cérébral du nourrisson et imagerie par résonance magnétique« . Cette année, Jessica a été « lauréate junior du Prix Christian Nezelof de l’Association pour l’étude de la pathologie pédiatrique, pour son travail sur l’évaluation précoce du développement du cortex cérébral chez le nouveau-né prématuré« . Le papa est très fier !

Jessica, Pauline et Sébastien. Le bonheur issu de la passion de la recherche fondamentale, de ses découvertes et de ses applications potentielles dans le champ de la santé. Un bonheur qui ne se compte pas en euros. Mais quand même ! Combien gagnent les ingénieurs à 25 ans, 30 ans, 35 ans ? Pourquoi la France n’aime-t-elle pas ses docteurs ?

Les doctorants et les jeunes docteurs relèvent la tête. Seront-ils entendus par les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

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Article du on Jeudi, octobre 11th, 2012 at 21:58 dans la rubrique 3. Alsace, 3. Ile-de-France, Initiatives excellentes. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Fête aux doctorats en Neurosciences”

  1. samuel Bliman dit:

    Docteur … et puis ?
    Le désamour des industriels vis à vis des docteurs: il faut pour comprendre cela faire un petit retour en arrière.
    Lorsqu’un élève d’école d’ingénieurs énonçait( énonce encore aujourd’hui?)qu’il s’engage dans une thèse, fut-ce sous contrat CIFRE,on le met en garde: 1)il va perdre trois ans(au regard de la carrière dans une entreprise), surtout si finalement il pense poursuivre après thèse dans un entreprise privée; 2) par rapport à ses condisciples de sa « promotion d’école », il sera « déclassé » de deux ou trois ans au plan salarial;3) s’il insiste toutefois pour poursuivre l’activité de recherche dans le « privé » il réalisera que, en tout état de cause, il glissera « vite » vers R&D et gestion -administration. Et sa position salariale de chercheur sera « dégradée » par aux « gestionnaires et commerciaux ».
    Le discours public: « faites de la recherche », qu’en penser?

    En France, et depuis que l’on a fondé le système des « Grandes Ecoles », on a dans les entreprises une préférence marquée pour les « ingénieurs ». Pour s’en rendre compte, on peut prendre connaissance des enquêtes relatives à la place des docteurs dans les entreprises et leur devenir.

    Lors de la création de la « bourse de l’emploi », plus tard devenue Association Bernard Grégory, l’action des fondateurs se voulait: « Vendre des docteurs de 3ème cycle » aux entreprises.Ne tirons pas de bilan, ici mais si au début quelques succès étaient enregistrés, qu’en est il aujourd’hui? Diverses enquêtes, non seulement en France mais dans les pays de la sphère occidentale donnent à voir la difficulté des l’après thèse: course aux « post-docs » et après?

    Remarque finale: on ne refait pas la culture et l’histoire d’un pays et dans le cas de la France, les « méritocrates » sont aux affaires et « veillent au grain ».
    S. Bliman, prof (de 1967 à 1989 à l’INPG) émérite

  2. François dit:

    Le Trésor a publié en novembre 2011 une étude dont certaines conclusions sont en décalage avec ce qu’on lit actuellement sur ce sujet.
    S. Bliman pourrait-il nous dire ce qu’il en pense ?
    Je précise que mon intervention n’est pas un soutien au document du Trésor, mais une recherche de ce qu’est réellement la situation actuelle. Cette recherche n’est pas facile, car j’ai constaté que la situation ressentie ne correspondait pas toujours à la réalité (en témoigne le fait – que j’ai déjà relevé sur ce blog – que beaucoup soutiennent que les conventions collectives ne prévoient pas le cas des docteurs (ou même, selon une association de sociologues, que quand elles le prévoient, elles les classent en-dessous des ingénieurs) alors que la lecture d’une des plus répandues des conventions collectives, celle des cadres de la métallurgie, prouve le contraire.

     » S’agissant de l’impact de la formation initiale, il n’apparaît
    pas de différence significative de productivité dans les fonctions
    de chercheur entre docteurs hors santé, ingénieurs et
    titulaires d’une maîtrise ou moins. Par ailleurs, cumuler un
    doctorat et une école d’ingénieurs n’apporterait pas de
    gain significatif pour la production d’inventions brevetables
    par rapport à chacune de ces formations prises séparément.
    Les diplômés de masters ou les agrégés seraient en
    revanche significativement moins productifs que ces catégories,
    une augmentation de 1 % de la part des docteurs au
    détriment des masters et agrégations conduisant à une
    augmentation du nombre de brevets déposés de 1,8 %. La
    meilleure performance des titulaires d’une maîtrise ou
    moins face aux masters et agrégations, a priori surprenante,
    pourrait s’expliquer par un effet de sélection, les
    premiers étant probablement le plus souvent d’anciens
    techniciens ayant bénéficié de promotions internes. Elle est
    à mettre en relation avec la forte représentation de ces catégories
    de diplômés parmi les chercheurs (particulièrement
    les Bac+2 et moins, cf. graphique 2). Enfin, les docteurs en
    santé n’apparaissent pas significativement plus productifs
    que les autres catégories de diplômés.
    La comparaison des productivités doit être complétée par
    celle des salaires pour juger si les docteurs sont victimes
    d’un biais de sélection, ainsi que le suggèrent certaines
    études13. Or, d’après la dernière enquête « Génération »
    du Céreq14, les docteurs scientifiques (hors santé) occupant
    un poste d’ingénieur ou de cadre technique en entreprise
    sont mieux rémunérés que les diplômés d’écoles
    d’ingénieurs occupant les mêmes fonctions, à ancienneté
    égale. À ces postes, le salaire net médian en 2007 pour un
    docteur diplômé en 2004 est de 2 380 €, alors qu’il est de
    2 200 € pour un ingénieur diplômé la même année. »

    Texte complet sur :
    http://thesa.inist.fr/docs/RdoctoratSHS.pdf

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