13 octobre 2012, Fête de la Science, Strasbourg, Palais universitaire, stand de l’Institut national de recherche archéologique préventive : l’INRAP et les projets de la Ministre Aurélie Filippetti sont présentés en fin de chronique. Chroniques précédentes sur la Fête de la Science : « Fêtes de la science en région« , « Fête aux doctorats en Neurosciences« .
Entretien avec Clément, titulaire d’un doctorat en archéologie, obtenu en 2008 à l’université Marc Bloch. Résumé de la thèse sur les Leuques et Médiomatriques à La Tène moyenne et finale. Organisation sociale et territoriale de l’habitat dans deux cités du nord-est de la Gaule du IIIe au Ier siècle avant notre ère. Nord-Est de la Gaule : la Lorraine et le nord de l’Alsace d’aujourd’hui. Également en Alsace : « Archéologie au pied de la cathédrale de Strasbourg » (photo)et chronique du blog : « Les Romains et les diplômés du SUP« .
Album de 15 photos. En thèse, Clément avait bien entendu noué des contacts fructueux avec des archéologues d’Alsace et de Lorraine. Il « savait qu’il aurait du boulot », n’ignorant pas le lancement d’un très grand chantier de fouilles : celui de la Ligne à grande vitesse, du prolongement de la LGV Est. Il est effectivement embauché, a enchaîné 6 ou 7 contrats à durée déterminée depuis 4 ans, évitant la plupart du temps le chômage. 4 ans sur le terrain et d’importantes et passionnantes responsabilités : chef d’opération sur deux fouilles, « deux fort beaux chantiers techniques ».
J’observe Clément reconstituer une poterie devant des enfants et des parents émerveillés. « Mon travail nécessite de mobiliser de nombreuses compétences de chercheur, dont celle de la valorisation de nos recherches » ! Clément apprécie travailler dehors, été comme hiver. Mais l’archéologue ne fuit pas le travail du chercheur dans son bureau : « en ce moment, j’ai trois rapports de fouilles à boucler ». Les métiers et les sciences de l’archéologie (photo) : anthropologie, palynologie, archéozoologie, tracéologie, carpologie.
6 ou 7 CDD depuis 4 ans. 1.600 euros nets par mois auxquels s’ajoutent parfois des heures de cours en fac. Le contrat à durée indéterminée, c’est pour quand ? Clément sourit : « j’ai un emploi, un emploi qui correspond à ma formation, un emploi qui me plaît énormément, un salaire qui pourrait certes être meilleur vu mon diplôme de doctorat ; bien sûr, j’aimerais un emploi stable ! » Mais la situation de l’INRAP ne le permet pas : « l’Institut est à son plafond d’emploi. Il faut qu’il y ait des départs pour que des postes soient ouverts au concours ».
L’archéologie préventive n’a pas été particulièrement gâtée par le gouvernement précédent. Clément connaît les interventions de sa Ministre Filipetti, sa promesse de Livre blanc pour remettre tout à plat. Une opportunité pour lui de stabilisation dans l’emploi ? Il y croit, il en rêve.
22 juin 2012. Fort beau discours d’Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication, Journée nationale de l’archéologie. « La question du recrutement en contrats à durée indéterminée d’un certain nombre d’agents actuellement en contrat à durée déterminée est en cours d’expertise. S’il est établi que les agents concernés occupent des fonctions correspondant à un besoin permanent, le ministère de la culture et de la communication demandera alors au Premier ministre l’autorisation de recruter ces agents en contrat à durée indéterminée dans les régions qui le nécessitent ».
Réforme de l’INRAP ? L’Institut « a été créé par la loi du 17 janvier 2001 sous la forme d’un établissement public national à caractère administratif de recherche, placé sous la double tutelle des ministères chargés de la culture et de la recherche. Ses missions sont la réalisation des diagnostics… des fouilles si l’aménageur soumis aux prescriptions choisit de faire appel à l’établissement public parmi les autres opérateurs potentiels (service archéologique territorial ou toute autre personne de droit public ou privé)… L’INRAP assure l’exploitation scientifique des opérations d’archéologie préventive et la diffusion de leurs résultats ».
5 octobre 2012. Installation de la Commission d’évaluation de l’archéologie préventive. « Le livre blanc qu’elle remettra avant le 1er mars 2013 a vocation à fixer le cadre législatif et réglementaire nécessaire à la refondation de l’archéologie préventive et à son adaptation aux réalités et au contexte de la discipline. Il alimentera le projet de loi relatif au patrimoine que la ministre envisage de soumettre au parlement à la fin de l’année 2013″.


Question bien complexe. En gros, un jeune docteur dont la thèse a été bien évaluée voit plusieurs voies « s’offrir » – guillemets de rigueur – : l’université, le CNRS pour la recherche fondamentale et la formation ; l’INRAP ; les Services Régionaux d’Archéologie du Ministère de la Culture (dans les DRAC); les postes d’archéologie territoriale qui se développent (de ville, de département…) ; les postes dans l’archéologie privée des bureaux d’étude homologués par le Ministère (ex. Archéodunum, Oxford Archéologie, Hadès, etc etc). Au total ça devrait faire pas mal… mais en ce moment ça fait mal, car la crise retarde les grands travaux et les postes publics se raréfient. Ceci n’est pas une prise de position, mais un sommaire état des lieux.
Peut-être est-il utile de préciser (dans le cas de l’Inrap), l’équivalent de 300 postes à temps plein est occupé par des CDD et ce depuis son existence. L’Inrap étant publique elle paie elle-même les périodes de chômage imposé (2 mois par an pour ne pas avoir l’obligation légale d’embaucher la personne en CDI). En gros, l’Inrap ferait de grosses économies en recrutant son personnel vacataire en CDI…
Voilà aussi où on en est !