Présidentes, du PRES au Rectorat

Sylvie Faucheux et Françoise Moulin-Civil (photo de 2009) ont été nommées Rectrices d’académie, respectivement à Dijon et à Lyon. Elles sont professeurs des universités, ont été présidentes d’université, de Versailles Saint-Quentin pour la première, de Cergy Pontoise pour la seconde (interview en juin 2009), présidente et vice-présidente d’un Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES). Je me félicite de leur accès à la fonction de recteur.

Comme bien de leurs collègues masculins, les deux Rectrices connaissent fort bien et ont une expérience de l’ESR, sont curieuses de découvrir et de piloter les autres niveaux de l’Éducation nationale, ont l’âge pour une carrière professionnelle qui peut encore monter, peuvent être créditées – a priori – d’une volonté de défendre, de faire progresser le service public de l’Éducation.

Les deux Rectrices ne pouvaient être réélues à la tête de leur université. Elles avaient toutefois préparé leur porte de sortie en obtenant, par décret du 6 février 2012, la création du PRES Université du grand ouest parisien. Le 2 juillet 2012, Sylvie Faucheux a été élue présidente du PRES UPGO, et Françoise Moulin-Civil vice-présidente.

En juin 2007, Sylvie Faucheux avait tenté d’être élue députée Parti Socialiste dans la première circonscription des Yvelines. En décembre 2010, Françoise Moulin-Civil avait tenté d’être élue vice-présidente de la CPU. Ces deux épisodes démontrent une grande détermination. Pourquoi ont-elles accepté d’être nommées Rectrices ? Ou pourquoi l’ont-elles voulu ?

Les Recteurs d’académie sont nommés par le gouvernement. Leur mission est de mettre en Å“uvre la politique décidée par les ministères dont ils dépendent : le ministère de l’Éducation nationale, et, en tant que, chanceliers des universités, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Les recteurs ne sont pas là pour critiquer la politique de leur Ministre, mais ils peuvent attirer son attention sur les incidences de cette politique sur leur territoire. Ils passent du temps dans des fonctions de représentation, d’arbitrage et de bureau des plaintes. Hier : où supprimer les postes ? Aujourd’hui : où en recréer ? Fonctions de négociation dans les conflits : mais où sont passées les grèves d’antan ?

Quand la majorité politique change, les Recteurs se retrouvent dans quatre cas de figure. Ils démissionnent : cas de Marie-Jeanne Philippe à Lille. Ils sont remerciés : cas de Roland Debbasch à Lyon. Ils sont reconduits dans leurs fonctions, dans une autre académie (cas de Jean-Jacques Pollet aujourd’hui à Lille) ou dans la même académie (Armande Le Pellec Muller à Strasbourg. Photo d’octobre 2012 lors des Assises). Pour nommer de nouveaux Recteurs, les Ministres doivent organiser le flux de sortie, le stock d’Académies restant constant.

Pourquoi vouloir faire le recteur ? Pour vivre dans les Ors de la République et/ou monter dans la hiérarchie du prestige social ? Je doute que le niveau de rémunération, de primes, d’avantages en nature liés à la fonction soit suffisamment attractif pour compenser un déménagement éloigné de la région d’origine, qui peut n’être que… temporaire.

Je doute également que ce soit pour faire progresser leur réseau social dans l’Académie de nomination : toutes les personnalités locales du monde de l’Éducation révèrent certes le Recteur, mais encore ?… Les Recteurs n’ont pas que des amis : les collectivités territoriales financent les écoles, les collèges et les lycées. Devenir un notable local et le rester, ce n’est pas évident dans la plupart des régions, face aux élus politiques bien ancrés sur le terrain.

Faire le Recteur pour être en haut de l’échelle du pouvoir ? Oui et non ! Oui, car les Recteurs sont à la tête d’une administration importante (le Rectorat) et parce que les chefs d’établissement des différents niveaux scolaires n’ont pas intérêt à « se les mettre à dos ». Être le chef d’une bureaucratie peut être source de satisfactions !

Parvenir au sommet de la pyramide du pouvoir ? Non, car les Recteurs sont « la Voix de leur maître » ! Au niveau de l’Enseignement supérieur, les présidents d’université ont eu jusqu’ici plus de pouvoir, plus de capacité d’orientation stratégique qu’un Recteur. Certes, cela pourrait changer si de plus en plus de budgets universitaires passent sous tutelle rectorale. La Voix de leur maître ? Un recteur maintenu dans ses fonctions après un changement de majorité ne doit pas avoir d’états d’âme !

J’ai entendu Armande Le Pellec Muller au cours de deux manifestations officielles de l’enseignement supérieur. A Mulhouse et à Strasbourg en février 2011 alors qu’elle venait d’être nommée Rectrice par le gouvernement, Valérie Pécresse étant encore Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. A Strasbourg, lors des Assises des 15 et 16 octobre 2012 (photo ci-contre). A chaque fois, avec force et conviction, elle a réussi le tour de force de n’oublier aucune des réformes en cours ou annoncées par son Ministre de tutelle !

Enfin. La nomination de Sylvie Faucheux et de Françoise Moulin-Civil à la tête des Académies de Dijon et de Lyon me donne une grande satisfaction personnelle. Huit mois après la création du PRES UPGO, trois mois après leur élection à la présidence et à la vice-présidence de ce PRES, les deux nominations de Sylvie Faucheux et de Françoise Moulin-Civil me démontrent que la direction d’un PRES n’était pas l’affaire de leur vie. Quitter le PRES dans une certaine précipitation avant que le navire n’ait commencé à éprouver sa résistance en pleine mer me confirme dans mon jugement : les PRES sont obsolètes.

Les PRES doivent disparaître dans le nouveau paysage de l’ESR qui sera défini par la loi Fioraso. Les PRES n’ont que trop servi pour permettre à des ex-présidents de conserver une place coûteuse dans le système. Pascal Binczak l’a-t-il compris, lui dont la rumeur dit qu’il aimerait bien devenir président du PRES Université Paris Lumières !

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Article du on Jeudi, octobre 18th, 2012 at 21:39 dans la rubrique 3. Bourgogne, Franche-Comté, 3. Ile-de-France, 3. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “Présidentes, du PRES au Rectorat”

  1. Martainville dit:

    Etrange, tous ces président qui ont goûté au pouvoir et qui ne retournent plus enseigner ou faire de la recherche… l’apparatchikisme a de beaux jours devant lui. Le pouvoir, c’est bon, et c’est mieux récompensé (en salaire et en carrière) que l’enseignement et la recherche. Curieuse institution… sensée récompenser ceux qui cherchent et qui enseignent. L’Université n’est pas sortie du modèle culturel soviétique : Gosplan, fusion-gigantisme, apparatchikisme, etc…

    Proposition : les présidents qui ne retournent plus dans l’enseignement et la recherche devraient démissionner du statut d’universitaire et se faire intégrer dans la fonction publique administrative. Ce serait beaucoup plus sain (et cela correspondrait à la réalité de ce qu’ils sont : des adminsitrateurs au service du pouvoir et non plus des universitaires) plutôt que de leur donner des avancements, pour service auprès du pouvoir, au lieu de récompenser les vrais enseignants chercheurs. Séparons les pouvoirs, les fonctions, évitons la confusion des genres et ce sera mieux pour l’institution universitaire.

    Plus près de toi mon Dieu, et tu seras reconnu…
    Plus près du pouvoir politique et tu seras reconnu…

    Cf. La Fontaine, sur les puissants, les riches… rien ne change… même avec le changement maintenant, où la soif de ceux qui ont été écarté du pouvoir est encore plus intarrissable. Que la soupe des puissants est bonne.

  2. Fournel dit:

    Bonjour

    Il manque un élément non négligeable dans cette analyse. Le poste de recteur est un poste éminemment politique puisque, l’article le rappelle, tout recteur est chargé, comme un préfet, d’appliquer sans discuter la politique définie par le gouvernement en place. La chose n’a rien d’absurde d’ailleurs et permet une cohérence certaine de l’Etat.

    Reste que l’on peut être frappé dans ce cas précis par le fait que ces deux nouvelles rectrices n’ont pas fait partie, c’est un euphémisme, des président-e-s d’université qui ont rechigné à appliquer les réformes de Madame Pécresse… Le nouveau ministère a donc choisi des personnes qui n’ont d’oppositionnelle à la politique précédente que le fait d’avoir été proche du Parti socialiste, ce qui ne veut strictement rien dire, ou pas grand’chose, sur le plan de l’attitude à l’égard de l’ESR. Elles ont toutes deux appliqué avec conviction et détermination de 2007 à 2012 une politique sans jamais la critiquer ouvertement, alors même qu’elles étaient des élues de la communauté universitaire et non des fonctionnaires nommées par le gouvernement. Elles vont appliquer une (autre ?) politique à partir de 2012 alors qu’elles sont nommées par un nouveau gouvernement qui a promis de remettre en cause des pans entiers de la politique précédemment menée.

    De deux choses l’une donc : soit ces deux collègues ont compris qu’elles s’étaient lourdement trompées dans les années précédentes (certes le chemin de Damas est ouvert à tous mais je ne sache pas que l’une ou l’autre ait jamais dit publiquement quoi que ce soit sur ce point), soit le gouvernement nouvellement mis en place n’a pas l’intention de changer de politique et peut donc sans problème aucun recycler aux plus hautes fonctions celles et ceux qui ont été les soutiens de la politique précédente.
    A chacun de choisir, sachant que je ne ferai à personne l’injure de penser qu’il s’agisse là d’une question de convenance personnelle.

    Jean-Louis Fournel
    Professeur à l’Université Paris 8
    Membre du CA de Sauvons l’Université

  3. Florent dit:

    Je ne réagirai que sur un point : Geneviève Fioraso ne mettra pas les établissements sous tutell

    Question :
    Un décret de 2008 prévoit qu’une université accusant un déficit deux années de suite soit mise sous tutelle et que son budget soit établi par le recteur. Allez-vous l’appliquer ?

    Réponse :
    Non, aucune université ne sera mise sous tutelle. Ce n’est pas notre philosophie. La tutelle rectorale aveugle n’a pas de sens. Elle ne favorise pas l’autonomie. Nous préférons l’accompagnement, pour identifier les causes des déficits, et mettre au point un plan d’action.

    Question
    Quelle est votre méthode ?

    Réponse
    Des équipes d’ingénierie vont travailler avec le rectorat et les universités pour trouver des solutions. Par ailleurs, nous travaillons aussi sur la question du fonds de roulement. La LRU oblige les établissements à avoir un mois de fonds de roulement, comme d’ailleurs tous les établissements publics. Cela n’a pas de sens, étant donné que le paiement des salaires, le premier poste de dépense, est assuré par l’Etat. L’idéal serait que les universités puissent diminuer ce seuil pour avoir un peu plus de marges de manÅ“uvre. Nous travaillons en ce sens avec Jérôme Cahuzac, mon collègue du budget. Enfin, pour les universités réellement sous-dotées, et il y en a, nous mettrons en place des systèmes de péréquation, de mutualisation de certains services. Les 1 000 nouveaux postes dévolus au supérieur seront affectés là où il y en a le plus besoin, avec des objectifs précis. Pour certaines universités, cela peut représenter de 20 à 25 postes.

    => http://www.lemonde.fr/education/article/2012/09/18/aucune-universite-ne-sera-mise-sous-tutelle-financiere-assure-la-ministre-de-l-enseignement-superieur_1761643_1473685.html

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