Assises : un rapport consternant !

Vincent Berger, rapporteur général des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, a remis, le 17 décembre 2012, au Président Hollande, un rapport de 88 pages comportant 135 propositions. La mise en œuvre de toutes ses propositions, de portées fort différentes d’ailleurs, ne changera rien à l’état de l’enseignement supérieur en France ! Le projet de loi Fioraso ne sera présenté en Conseil des ministres qu’en mars 2013. Le changement, tout en moins ce qui en reste, c’est peut-être pour après-demain !

Le rapport est décevant par son mélange d’intentions généreuses, de vœux pieux réitérés depuis la réforme de 1968, de réformettes qui font plaisir au peuple laïc (proposition 28), d’une multiplication de règles sottes qui vont étouffer encore davantage l’autonomie des universités et les libertés et responsabilités des universitaires, de projets qui ne seront pas financés. Plus gravement, certaines analyses et propositions sont consternantes. Un exemple parmi d’autres !

Page 75 et proposition 135. « La DIRDA ne prend en compte qu’environ la moitié du budget des universités, c’est-à-dire la  partie recherche. Il reste la partie enseignement, pour laquelle, hors recherche, l‘université dépense de l’ordre de 6.000 € par étudiant. Pour soutenir les propositions présentées dans ce document, il conviendrait d’augmenter progressivement cette somme à 9.000 € par étudiant (pour les établissements et hors allocation d’études), pour environ 2 millions d’étudiants – à noter que même avec cela la France restera encore loin derrière les États-Unis et ou les pays nordiques ».

D’où sort ce chiffre de 6.000 euros ? Dans quelle publication de la DEPP figure-t-il ? Il est en tout cas en contradiction apparente totale avec les données publiées par l’état de l’École 2012, analysant la DIE (et non la DIRDA). Chronique « La dépense par étudiant diminue« . En 2006, i.e. avant l’intégration des étudiants d’IUT et de la recherche universitaire dans le calcul de la dépense par étudiant universitaire, celle-ci était déjà de 8.000 euros ! En 2011, et malgré l’intégration opérée en 2006, la dépense par étudiant universitaire reste très inférieure à celle pour un étudiant en BTS et en CPGE.

Qui peut croire une seule seconde que la dépense puisse progresser en quelques années de 6.000 à 9.000 euros ? Du jamais vu dans l’histoire de la dépense éducative ! A moins que l’idée ne soit de faire baisser, dans le même temps, la dépense par élève de CPGE et de STS… N’était-il pas plus simple de donner à toutes les universités les moyens financiers pour appliquer à la rentrée 2013 la réforme Wauquiez d’août 2011, réforme prévoyant un minimum de 1.500 heures de formation en licence. Le rapport Berger ne propose pas d’ailleurs d’abroger l’arrêté Wauquier : consternant !

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Article du on Lundi, décembre 17th, 2012 at 20:45 dans la rubrique A. Débattre, A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Assises : un rapport consternant !”

  1. Martainville dit:

    Les naïfs ont cru aux assises, les lucides non. La technique est connue, des débats plus ou moins bidonnés qui aboutissent à un rapport favorable aux intentions du pouvoir en place.
    L’Université est très malade, les vraies questions ne sont pas abordées. Alors les politiques font du lyrisme verbeux et du bricolage : les seules réformes concernent les structures (le pouvoir ne sait faire que cela, des règles qui empêchent de travailler) ou le pédagogisme (qui accroît la charge de travail et secondarise le métier universitaire). La communauté universitaire se laisse faire, les uns sont désabusés et ne croient plus aux syndicats, aux politiques et à l’institution, et les autres profitent de l’agitation réglementaire et de la bureaucratisation pour faire une bonne et bien rémunérée carrière. Assises, debout… couchés…
    Et si l’on posait les vraies questions : objectifs de l’Université, excellence, carrières et salaires sinistrée, mauvaise gestion des ressources humaine, sélection, droits d’inscription, usines à gaz pédagogiques, semestrialisation, examens, etc…
    Mais les caisses sont vides et les énarques qui nous gouvernent méprisent fondamentalement l’Université, c’est ce qui explique tout… et l’impossibilité de s’en sortir, tant que le pays sera gouverné par des énarques présidents, ministres, députés, administrateurs, chefs d’entreprise, etc…

  2. pereg dit:

    En appui à votre propos, un document du ministère datant de seulement 2009 annonçait une dépense par étudiant de 8970€, comme l’objectif des 9000€ est ambitieux en effet! On distingue ici université et IUT (ceux-ci étaient à 9020€, une quasi équivalence qui surprend au regard de l’énorme différence en termes d’encadrement et de volume horaire des étudiants).

    http://media.education.gouv.fr/file/2009/95/5/RERS_2009_FINAL_WEB_117955.pdf

  3. HALTLA dit:

    Un détail, mais peut-être significatif. Mon attention a été attirée par votre remarque sur l’article 28. En 2008,on aurait franchement pu se passer des accords avec le Vatican reconnaissant des équivalences de diplômes. Mais on se « marque à gauche » en révolvérisant toute mesure Sarkozy, et quand en plus ça permet de mettre en cause l’Eglise…

    Ici la bouillie à chat qui précède et « justifie » les articles 27 et 28 est assez prodigieuse, allant jusqu’à mettre les Instituts ou universités catholiques sur le même plan que les odontologistes portugais de Toulon…. « Le tout sans ranimer les querelles sur la laïcité », précise le texte. Surtout pas, voyons !

  4. François dit:

    @ Martainville.  » tant que le pays sera gouverné par des énarques présidents, ministres, députés, administrateurs, chefs d’entreprise  »
    Le premier ministre est professeur …

  5. Kévin M dit:

    La dépense par étudiant présenté par le MESR correspond à une « trop simple » division arithmétique : le budget de l’établissement divisé par le nombre d’étudiants en formation initiale.

    Pour donner une appréciation plus juste des dépenses effectives par étudiant il faut déjà commencer à prendre en compte les services de ces établissements intervenant dans le cadre de la formation initiale au sens large (orientation et insertion professionnelle compris donc) ou plutôt ôter ceux n’y intervenant pas. Ensuite il faut distinguer les différents cycles et filières : les dépenses pour un étudiant en master ou en doctorat sont bien plus élevées que pour celles d’un étudiant en licence.

    Le budget de fonctionnement consacré directement à la formation initiale correspond pour les universités à environ 30% de leur budget, celui consacré directement à la recherche environ à 35%. Le reste du budget est soit consacré à des services bénéficiant aux deux(une partie des services centraux, bibliothèques, fluides…) soit à des services ne bénéficiant à aucun des deux (formation continue,fondation…).

    A ça on peut y adjoindre le budget par étudiant consacré au programme 231 « vie étudiante » de la MIRES. Le budget de ce programme s’élève après ventilation à 2,7 milliards pour 2013, la dépense au titre de la vie étudiante est donc de l’ordre de 1175€ par étudiant. Néanmoins les universités recevant aussi une dotation au titre de ce programme on ne peut pas simplement ajouter ce chiffre aux dépenses effectives des universités pour les étudiants.

    Toujours est-il que mis bout à bout les dépenses par étudiant universitaire tout cycles compris s’approchent très timidement des 6000euros évoqués par le président de l’université Paris Diderot. Quand on pense que les dépenses par étudiant en licence est bien plus faible que dans toutes les autres formations du supérieur…

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