CNU : supprimer la qualification ?

Pour être recruté sur un poste d’enseignant-chercheur (maîtres de conférences ou professeur), le candidat docteur ou habilité à diriger des recherches doit, jusqu’à présent, obtenir d’abord une qualification à la fonction. Celle-ci est attribuée ou non par une section disciplinaire spécialisée du Conseil national des universités. Le taux nombre de qualifiés / nombre de demandes de qualification est variable d’une section disciplinaire à l’autre.

Le Sénat, le 21 juin 2013, a voté la suppression de cette qualification en adoptant un amendement du Groupe des écologistes. Amendement présenté par Monsieur Gattolin, Mesdames Bouchoux, Blandin, Benbassa. « Le premier alinéa de l’article L. 952-6 du code de l’éducation est supprimé.L’objectif du présent amendement est de supprimer la procédure de qualification. Cette mesure a fait l’objet de la proposition n°126 du rapport final des Assises ». Chronique à suivre : « Les verts et la ministre tergiversent ».

La suppression de la qualification est effectivement préconisée par le rapport de Vincent Berger, à la suite des Assises. Deux propositions. 125. Lutter contre l’abus des recrutements locaux en édictant des « principes Directeurs » par discipline, et en soumettant les procédures de recrutement à un contrôle a posteriori, dans le cadre de l’évaluation de l’établissement. 126. Supprimer la procédure de qualification.

L’argumentation de Vincent Berger en faveur de la suppression de la qualification est uniquement à charge. Selon lui, la procédure de qualification est chronophage ; elle n’est pas appliquée à tous les recrutements ; elle n’existe nulle part ailleurs dans le monde ; elle n’est pas un rempart contre le localisme ; elle peut être remplacée par d’autres méthodes (le contrôle a posteriori). Ce dernier argument est d’un ridicule absolu : si le contrôle a posteriori révèle un conflit d’intérêts lors d’un recrutement, la recommandation sera-t-elle de licencier le fonctionnaire titulaire indument recruté ? La lutte contre l’endo-recrutement peut passer par un engagement des universités à en diminuer le taux (c’est le cas dans le contrat de site Alsace).

Dés décembre 2012, la CP-CNU avait contesté un à un les arguments de Vincent Berger et expliqué pourquoi il fallait maintenir une qualification nationale : lettre  de la CP-CNU.

La suppression de la qualification par le Sénat a provoqué immédiatement des vagues et les vives protestations seront nombreuses pour obtenir de la Commission mixte paritaire (7 députés et 7 sénateurs) qu’elle se prononce le 26 juin pour le retrait de cet amendement. La CP-CNU a tout de suite publié un communiqué.

Jérôme Valuy, professeur de sociologie politique de l’action publique à Paris 1 Sorbonne Panthéon. Courriel du Samedi 22 juin à 13 heures. « Un amendement sidérant, improvisé par les Verts, a été adopté et introduit hier soir au Sénat »… « Cet amendement porte un nouveau coup au caractère national des statuts d’enseignants-chercheurs au profit d’une gestion locale allant dans le sens de la régionalisation en cours du système universitaire français »… « En l’absence de cette évaluation des recherches et des dossiers de candidatures par le CNU, la propension aux recrutements localistes de candidats plus séduisants par leurs proximités ou dépendances relationnelles »

Le SNESUP a réagi le même jour : Non à, cette provocation inacceptable ! « Le CNU, en qualité d’instance nationale, majoritairement élue, représentative de la diversité des composantes formant les disciplines universitaires, est le garant du maintien d’un statut national des enseignants-chercheurs. Avec sa vision d’ensemble des disciplines en constante évolution, et à sa dimension nationale, il tient – par la procédure de qualification – un rôle central dans le maintien d’un niveau scientifique et pédagogique élevé sur l’ensemble du territoire »… « La suppression de la qualification contraindrait les comités de sélection à traiter des centaines de candidatures supplémentaires« . Le SNESUP aurait pu exprimer un autre motif de mécontentement. La suppression de la qualification est de fait une attaque frontale contre les syndicats, contre le mode de scrutin en vigueur pour élire les membres du CNU (scrutin de liste à la proportionnelle). La suppression de la qualification par le CNU en entraînerait la mort et, avec elle, un affaiblissement certain des syndicats.

La situation actuelle du recrutement et de promotion des enseignants-chercheurs est-elle exempte de tout défaut ? Elle produit des cas minoritaires de clientélisme, de favoritisme, de localisme, de copinage, voire de népotisme. Il s’en observe à tous les niveaux : dans les jurys de thèse et d’habilitation à diriger des recherches, dans les décisions de qualification de sections du CNU (pour rappel : histoires du CNU de sociologie), dans la publication de profils de postes ad hominem, dans la composition et le fonctionnement des comités de sélection, dans le respect ou non de leurs propositions de recrutement, dans les décisions des conseils scientifiques et d’administration d’attribuer localement telle ou telle promotion… Le recrutement (d’une partie des postes ouverts au concours) par des comités de sélection de site, tel que c’est prévu par exemple par le contrat de site Alsace, ne va pas changer la donne ; le risque est même, selon moi, celui d’une accentuation des dérives.

Ne peut-on profiter des errements du Sénat pour réengager un débat sur l’ensemble de la question du recrutement et de la promotion des enseignants-chercheurs ? Tout le monde est d’accord pour dire « il faut recruter les meilleurs ». Comment fait-on ?

Actualisations. Communiqué de présidents d’université (24 juin 2013). « Ouvert.e.s à une réflexion de fond de la communauté universitaire pour faire évoluer les procédures actuelles, les président.e.s d’université signataires affirment leur attachement au maintien d’une procédure nationale de qualification pour accéder aux fonctions d’enseignant-chercheur. Elles/ils appellent les élu.e.s à revenir sur cet amendement ». Les premiers présidents signataires.

Excellente chronique d’Olivier Bouba-Olga (29 juin 2013). L’endorecrutement, c’est bien ou c’est mal ?

Tags: , , , , ,

Article du on Dimanche, juin 23rd, 2013 at 18:49 dans la rubrique A. Débattre, A. S'indigner, C. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

27 commentaires “CNU : supprimer la qualification ?”

  1. François Brunet dit:

    Merci d’engager (réengager) ce débat. Deux commentaires.

    1) Ce qui est « sidérant » (J. Valluy) c’est le fait qu’une mesure d’une telle importance soit introduite et adoptée (provisoirement sans doute) par le biais d’un amendement nocturne au Sénat, dont débattent une poignée de personnes. Or le débat parlementaire sur la loi a fourni quantité d’exemples de ce paradoxe. Alors qu’une attention politique et médiatique considérable a été accordée à la question assez anodine de l’élargissement des cours en anglais, diverses problématiques importantes qui étaient présentes dans les Assises et le rapport Berger voire le rapport le Déaut mais absentes du projet sont revenues en catimini et dans l’indifférence générale. Exemple, la mesure volontariste d’affectation des bons élèves dans les filières sélectives. Cela, à soi seul, montre que le projet est bancal, mal engagé; et si tel est le cas, c’est parce que malheureusement, l’ESR (même en simple loi « orientation ») n’est pas (plus?) du tout une priorité politique, mais un petit sujet.

    2) Les syndicats et associations ont maintenant réagi à cet amendement pour le condamner unanimement, et cela principalement au motif de la « qualité » du recrutement. Il y a fort à parier que la commission mixte annulera la mesure, ce qui serait logique pour préserver la possibilité d’un vrai débat. Mais le débat est bel et bien à reprendre. Il faut rappeler par exemple que depuis 2010 il est possible aux universités de contourner la qualification dans le recrutement de collègues étrangers, grâce à des avis ad hoc du Conseil scientifique.

  2. Michel dit:

    Je suis pour, et c’est au comité mixte de recrutement de choisir les meilleurs notamment pour les postes de maitres de conférence. Aucun argument ne peut venir à bout de la bienfaisance de cette procédure chronophage : j’en connais des thésards publiants qui n’ont pas été qualifiés alors que c’était le cas pour d’autres qui n’ont jamais publié un article : cherchez l’erreur.
    Il faut des critères clairs de recrutement et le comité mixte fera le boulot mieux que le CNU.

  3. CW dit:

    Merci pour ce billet qui récapitule bien les enjeux de cette tempête dans un verre d’eau symptomatique pourtant à bien des égards de la situation de blocage dans laquelle l’ESR se trouve…

  4. Sophie Roux dit:

    Nous en discutons ici aussi :

    http://academia.hypotheses.org/1108

  5. Anceau dit:

    Après avoir réagi immédiatement sur le compte Twitter du parti Debout la République et sur mon propre compte, j’ai publié un communiqué hier. Il est envoyé ce matin à la presse mais consultable en ligne…
    lLa mort programmée de l’Université ?
    pour information… La sénatrice Esther Benbassa vient de rétrograder… je n’étais pas présente en séance… Le groupe EELV s’est servi de moi… « j’étais la cerise sur le gâteau » sic

  6. Damien dit:

    « Ce dernier argument est d’un ridicule absolu : si le contrôle a posteriori révèle un conflit d’intérêts lors d’un recrutement, la recommandation sera-t-elle de licencier le fonctionnaire titulaire indument recruté ? »

    Non, mais cela pourrait se traduire, par exemple, par la non-ouverture/reconduction d’un poste dans le laboratoire considéré. Le problème des contrôles « a priori », c’est que cela constitue une course à l’échalote entre ceux qui édictent les règles et ceux qui cherchent à les contourner (quand ce ne sont pas les mêmes), et que ça se traduit surtout (pour ceux qui respectent les règles) par beaucoup de temps et de paperasses inutiles, sans parler de la constitution d’une bureaucratie qui auto-justifie son existence. La procédure de qualification n’est qu’un exemple, et, il faut bien l’admettre, pas le pire, de cette obsession du « contrôle à priori » qui bouffe l’université.

  7. Yves dit:

    Bonjour. Je rejoins parfaitement Michel. Très souvent les postes publiés sont fléchés, il n’y a qu’à voir le nombre de postes non pourvus chaque année au titre du fameux « non fructueux ».
    Chaque année, nous voyons des doctorants, chercheurs actifs et publiants dans des revues classées qui ne sont pas qualifiés. Et en parallèle, nous avons des doctorants qui n’ont fait que quelques colloques, qui ont soutenu leur thèse en 8 ans et qui obtiennent leur qualif.
    C’est absolument lamentable !
    Vous avez des doctorants français (ou francophones) qui n’ont pas été qualifiés et qui sont dans les plus grosses Universités étrangères. Personnellement j’en connais un qui est Berkley aujourd’hui !
    Il faut que cette hypocrisie générale cesse, que les universités recrutent qui elles veulent à moindre coût ! Arrêtons les procédures qui sont coûteuses et qui à long terme n’ont rien donné de bon

  8. Damien dit:

    @Yves
    « Il faut que cette hypocrisie générale cesse, »

    Malheureusement, à voir les réactions syndicales, les courriels massifs et les billets d’universitaires qui prédisent rien moins que la mort de l’université, la fin de la recherche française et l’anéantissement du système solaire dans la foulée si la qualification venait à être supprimée, je pense que l’hypocrisie ne cessera pas tout de suite.

    Dans un autre commentaire de ce blog, on voit que cette mesure « heurte la profession ». J’ai l’impression de voir pas mal de gens, soit autour de moi soit sur internet, qui ne sont pas « heurtés » par cette mesure. Mais ils ne sont probablement pas « professionnels »…

  9. Jean dit:

    A lire : l’argumentaire de la CNU sur la qualification => http://www.cpcnu.fr/documents/36459/206682/Argumentaire_qualification

  10. pierre dit:

    Enfin, quelle bonne nouvelle. Il faut du courage pour lutter contre un syndicat et en finir avec cet archaïsme, ce système unique au monde et décrié par une majorité silencieuse. Autour de moi, la très large majorité des enseignants votent pour cette suppression. Mais le lobbying de quelques-uns pourrait encore une fois triompher. Alors, soyons courageux et défendons cette suppression. Le CNU a qualifié des docteurs n’ayant quasiment rien publié et refusé la qualif à des docteurs ayant largement et depuis longtemps fait leurs preuves. Je pourrais donner des exemples très précis. Et chacun pourrait en ajouter à la longue liste de ce qui serait considéré, si nous parlions de nos politiques, d’injustice et de manipulation. Le CNU s’est tiré une balle dans le pied depuis longtemps en n’étant ni rigoureux, ni fondamentalement honnête (absences de critères objectifs, qualification sur dossier sans audition, refus nébuleux et injustifiés, qualifications de syndiqués, amis, copinage,…). Cette suppression est une mesure de justice évidente et seule la mauvaise foi flagrante de quelques-uns pourrait l’empêcher. En quoi les instances locales seraient elles moins aptes à juger de la qualité de candidats ? En quoi seraient-elles plus sensibles à des pressions ? Ce qui ne fonctionnait pas au niveau national, ne fonctionnera pas mieux au niveaux local ? Oui, mais pas moins bien non plus. Il faut donc en finir et revisiter le système pour le rendre juste et impartial, ce qu’il n’est certainement pas aujourd’hui. Quel universitaire en conscience dira le contraire ? Qui pour défendre un machin qui ne fonctionne pas ? Le CNU est mort, vive le CNU.

  11. Pascale DLG dit:

    Argument en défaveur de la suppression des qualifications. Sans filtrage du CNU, le nombre de candidats va mécaniquement doubler sur les rares postes publiés. Cette année, 99 candidats se sont présentés sur un poste de MCF à Paris 13 en SHS. Cela représente 198 rapports à rédiger pour le comité de sélection. C’est déjà très lourd, mais que dire quand il faudra traiter 200 candidatures et dresser 400 rapports ? On peut s’attendre à de graves dysfonctionnements des comités de sélection.

  12. Gus dit:

    @Michel et Yves

    Vous connaissez de brillants docteurs non qualifiés ? Je vous crois sur parole. Et c’est honteux. Je conçois parfaitement que l’évaluation par le CNU laisse à désirer et qu’il y ait des choses à changer dans le fonctionnement de cet organisme et dans la désignation de ses membres.

    Mais moi, j’ai vu, à l’échelon local, des fiches de postes tellement « moustachues » qu’on se demande pourquoi ils n’indiquaient pas plutôt la taille, le poids et la couleur de cheveux du candidat qui sera recruté, voire son nom tout simplement ça aurait le mérite d’être clair. J’ai eu aussi la surprise, une semaine après mon audition pour un recrutement à l’université de – BIP! -, de trouver dans ma boîte aux lettres mon dossier contenant thèse et articles, que visiblement mon rapporteur n’avait pas jugé utile d’aller retirer au bureau de poste. Comme membre d’une commission, cette fois, je me suis vu signifier qu’on ne pouvait quand même pas ne pas classer le doctorant du pr. Trucmuche parce que celui-ci en prendrait ombrage, ce qui serait particulièrement malvenu étant donné son influence sur ceci ou cela.

    Moi, je veux bien qu’on tire sur les institutions. Mais il faut toujours se demander ce qu’on mettra à la place. Or je constate que, au moins dans les disciplines où la recherche n’est pas un fort enjeux stratégique et financier, les procédures locales sont loin de présenter les garanties suffisantes.
    Mais vous me direz sans doute que vous n’avez jamais rien vu de tel ?

  13. Damien dit:

    @Gus
    « Mais vous me direz sans doute que vous n’avez jamais rien vu de tel ? »

    Non, mais en quoi la procédure de qualification empêche les fiches de postes « moustachues », et les heureux moustachus d’obtenir le poste ?
    A la limite, un dossier de qualification peut être écrit de A à Z par le directeur de thèse (pour autant que je sache, il n’y a pas d’audition pour être qualifié MC).

    « Mais il faut toujours se demander ce qu’on mettra à la place. »

    Pas seulement. Quand un garde-fou se révèle poser plus de problème qu’il n’en résout, on peut envisager que a réponse à « que mettre à sa place » ne soit « rien ».

  14. Gus dit:

    @Damien
    Donc si je vous suis, lorsque le garde-fou existant s’avère insuffisant pour empêcher les dérives, on le supprime et on le remplace par rien ? J’ai quand même un peu de mal à m’y faire…
    Voici la perspective qui me semblerait la plus juste : transformation de la qualification en un concours national digne de ce nom (avec, au passage, la fusion des deux corps actuellement existant en un seul corps des professeurs d’université).

  15. Damien dit:

    @Gus
    « Donc si je vous suis, lorsque le garde-fou existant s’avère insuffisant pour empêcher les dérives, on le supprime et on le remplace par rien ?  »

    Vous déformez mes propos : « Quand un garde-fou se révèle poser plus de problèmes qu’il n’en résout ». Ce n’est donc pas seulement qu’il est insuffisant. Une protection insuffisante peut être meilleure que pas de protection du tout, mais pas si ses inconvénients excèdent ses avantages. Et je ne dis pas qu’on ne peut trouver mieux que rien, juste que faute de trouver, « rien » peut être mieux que le système actuel.

    « transformation de la qualification en un concours national digne de ce nom »

    J’ai du mal à imaginer un concours national qui cumulerait efficacité et adaptation aux contraintes locales (tout de même, tous les laboratoires n’ont pas les mêmes besoins). Certes, les CR sont recrutés sont concours nationaux, mais ils sont nettement moins nombreux (et ces concours n’empêchent pas d’avoir des recrutements, disons, discutables).

    « (avec, au passage, la fusion des deux corps actuellement existant en un seul corps des professeurs d’université) »

    Je suis sans opinion sur le sujet. Dans le cadre d’une réforme d’ampleur de l’enseignement supérieur, pourquoi pas, mais juste fusionner les deux corps, bof.

  16. Sirius dit:

    Il faut supprimer la qualification par le CNU. Il n’y aura pas d’autonomie des universités tant que celles-ci ne seront pas libres de recruter les enseignants-chercheurs dont elles ont besoin.

    Refuser la suppression de la qualification sous prétexte qu’il y aura trop de dossiers à traiter au niveau de chaque université, c’est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette.

    A chaque université de mettre en place une procédure qui permette d’attirer les bons candidats, d’écarter au moindre coût les candidatures médiocres et de sélectionner les meilleurs sur des critères scientifiques.

  17. stéphane dit:

    Je suis entièrement d’accord avec ce qui est dit dans le commentaire et j’ajoute que cette procédure est lourde, bureaucratique, superficielle et inégalitaire. certains n’ont jamais publié un article et ils sont qualifiés parce qu’on ne fache pas leur directeur de thèse : des sommités de la discipline, voire membres du CNU ou les deux à la fois. D’autres en ont publiés des articles et malgré ce temps perdu leur qualification s’est vue rejetée. La qualification ajoute aussi un discrédit sur le diplôme de doctorat jetant en pâture les compétence des membres de jury de thèses. En temps de vache maigre, le budget de la qualification peut être divisé par deux en donnant le pouvoir aux comités de selections qui sont déja mixtes (interne et externe). mais l’idéologie réactionnaires ou des corps paralyse notre pays et se veut victimaire car s’il n’ y a pas de qualifi y aura pas d’égalité de traitement , discours qui cache l’intérêt de ces corps à savoir : conserver leur pouvoir gestionnaire au détriment de la production de la recherche à laquelle ils sont attendus.

  18. Marius dit:

    Tout à fait d’accord avec Sirius. J’ajouterais un point pas encore évoqué: la qualification par le CNU est une procédure qui étouffe la créativité scientifique, encourage la reproduction des orthodoxies théoriques, et impose un cloisonnement théorique malsain entre disciplines.

    D’un point de vue de jeune doctorant, la qualification par le CNU, c’est passer par les fourches caudines: si la thèse est un moment de créativité scientifique, de liberté d’investigation (en tout cas avec certains directeurs de thèse audacieux!), la qualification par le CNU vient rappeler que la hiérarchie est encore là pour ramener de l’ordre dans la maison, et rappeler quels travaux, quelles approches appartiennent à telle discipline, ou pas. Malheur au doctorant dont la thèse est à cheval sur plusieurs disciplines bien distinguées par le CNU, ou explore une question scientifique sous un angle nouveau dans la discipline ! Sera-t-il(elle) qualifié(e) ? Pas sûr.

    Comment permettre le renouveau théorique des disciplines si l’on continue à donner à certains le droit exclusif, quasi sans appel, de définir qui en fait partie, ou pas? Le jury de thèse est là pour veiller à la rigueur scientifique des travaux, quel besoin d’une 2de opinion, a fortiori conservatrice?

    C’est donner trop de poids aux « pairs », et pas assez à la créativité scientifique. Laissons les chercheurs travailler en toute liberté. Ce débat local contre national, c’est aussi un débat liberté de recherche contre immobilisme institutionnel.

  19. Nazianze dit:

    Qui défend la qualification? Les membres des commissions du CNU sans doute. Pour le reste qui oserait s’attaquer a une commission qui évalue les carrières! On verra bien le nombre de signataires de deux qui auront signé pour la défense de la qualification. Et en creux le nombre de ceux qui n’ont pas voulu la signer!

  20. François Brunet dit:

    @ Damien: « Dans un autre commentaire de ce blog, on voit que cette mesure « heurte la profession ».  » C’est moi qui ai écrit cela, je justifie: depuis que J. Valluy, P. Dubois, M. Gay, le SNESUP et la CP-CNU ont alerté les collègues, les pétitions pleuvent. C’est un fait que j’observe sans prendre parti.

    Je ne suis ni pour ni contre la qualification.

    1) Je souligne encore une fois qu’un débat important arrive à la faveur d’une nuit de pleine lune au Sénat et de manoeuvres purement politiques entre gouvernement et écologistes, indiquant en creux l’absence de signification politique réelle du sujet de la loi. C’est cela qui devrait nous inquiéter, plus que la qualification.

    2) Nous nous battons sur des chimères – des procédures de certification hiérarchique contre des risques de « dérive localiste » ou « népotiste »: deux caricatures – parce que, encore une fois, l’université existe de moins en moins en France. Qui peut croire que supprimer le CNU va faire fleurir mille fleurs universitaires?

  21. Eris dit:

    Beaucoup de choses dites. La question principale est bien l’existence d’une instance nationale qui soit, dans les faits, non sujette aux pressions locales. Les « concours » à un seul candidat muni d’un très bon « relationnel » devraient nous faire honte; ils se déroulent la plupart du temps dans l’indifférence générale. Un autre point importe, soulevé par Marius notamment. Il a trait au développement de la recherche et de l’innovation (deux objets distincts) l’un au croisement des disciplines, l’autre au croisement des filières. Souligné depuis longtemps comme stratégique pour la France par des ministres ou des présidents du CNRS, on ne peut pas dire que les collègues qui sont « à cheval » sur deux disciplines soient traités sur le même pied que ceux ancrés dans une seule discipline. Retour de bâton d’Auguste Comte ? Un DRRT rappelait récemment qu’il n’y a pas de transdisciplinaire sans discipline. Who’s afraid of the big bad wolf ?

  22. Damien dit:

    @François Brunet
    « » C’est moi qui ai écrit cela, je justifie: depuis que J. Valluy, P. Dubois, M. Gay, le SNESUP et la CP-CNU ont alerté les collègues, les pétitions pleuvent. C’est un fait que j’observe sans prendre parti.  »

    L’agitation n’est pas une preuve de majorité (et ce n’est pas non plus, bien sur, une preuve de non-majorité). Mais je ne doute pas que les syndicats soient très opposés à la suppression de la qualification.

    « Qui peut croire que supprimer le CNU va faire fleurir mille fleurs universitaires? »

    Pas moi et, comme je le dis, la qualification n’est pas le pire des maux de l’université. Par contre, le tollé à l’annonce de sa suppression, comme le tollé à l’annonce d’une (très timide) libéralisation des cours en anglais, est caractéristique de l’état d’esprit actuel des « agitateurs » (vous savez, ceux qui font pleuvoir les pétitions) de l’opinion universitaire : arc-boutée sur des détails, en perpétuelle défiance d’elle-même, paranoïaque et, finalement, ultra-conservatrice. L’ennemi ici, ce n’est pas le gouvernement, c’est avant tout le collègue, celui qui est forcément malhonnête (donne des thèses de complaisance, magouille sur les postes), incompétent (incapable d’avoir une pédagogie autonome), déviant (veut faire des cours en anglais, ou se situer entre deux disciplines). Les « libertés académiques » qu’ils défendent sont surtout celles de faire le moins de vagues, de rester dans le droit chemin, de rester « consensuel » (entendre, « d’accord avec eux »). Et malheur à l’original !

  23. Anthony G. dit:

    Je ne comprends pas la levée de boucliers sur le maintien de la qualification, sauf ceux voulant défendre leur bout de pain. Les arguments du CNU étaient poussifs lors des Assises, ils le sont encore aujourd’hui.

    En toute logique, le doctorat devrait être suffisant. Est-ce que le doctorat français est moins bon qu’un doctorat étranger pour qu’on juge nécessaire de placer une seconde barrière (la qualification) ? Nos voisins européens qui n’ont ni qualif ni HDR ne recruteraient que des incapables ?

    Les pseudo-arguments sur le maintien des qualifs :
    * il y aura trop de dossiers à gérer pour les services de RH : Les pauvres petits, comment ça se passe à l’étranger où il y a davantage de docteurs… ? Bien sûr il faudra aménager/remanier les SRH. Mais il ne faut pas croire que tous les qualifiés candidates, parmi les qualifiés près de 43% s’évaporent dans la nature ! La faute aux profils trop fléchés…

    * La qualification permet une évaluation par les pairs : et le jury de thèse non ? En général (surtout en SST) lorsque l’on soutient une thèse il y a des publications (internationales à comité de lecture) donc il y a déjà une expertise des travaux. Et l’enseignement/valorisation ? Il suffit de mettre un membre du CNU dans le jury de thèse pour « valider » cette partie.

    * il y a des jurys de « complaisance » : il y a des dérives partout mais je ne vois pas en quoi la qualification permettrait de réduire ce phénomène ? Il y a des sections du CNU qui se moque de la thèse en elle-même (et donc du jury) ce qui compte ce sont les « papiers » (et l’expérience en enseignement). Comment le CNU peut-il savoir si c’est une thèse de complaisance ? Comment le CNU sait si c’est le candidat qui a rédigé sa thèse/les publications ???? Cela fait plus de 20 ans que le CNU donne les qualifications MCU/PR et pourtant on n’a jamais entend parler de localisme… Ce qui est logique puisque le recrutement revient aux pouvoirs locaux.

    *La qualification est un gage de qualité et d’équité : il suffit de voir les qualifications en mathématique… quasiment tout le monde l’a ! Et je ne parle pas des étrangers qui en sont dispensés… C’est très égalitaire comme traitement. Tout comme la possibilité d’être qualifié dans une section mais de pouvoir postuler à des profils d’autres sections : cela n’a ni queue ni tête.

    L’endogamie est tellement forte dans certains secteurs que le CNU peine vraiment à jouer son rôle de filtre et de garant de la qualité. Les chiffres le montrent, le filtre est globalement faible… cf les qualifiés 2012 ! Il y a en moyenne un taux de 68% de qualifiés (hormis le droit à 45%, il est de presque 80% sur l’ensemble des disciplines de sciences dures, avec des pointes à 98%, p.4), donc implicitement l’Université reconnaît que 30% des doctorats qu’elle délivre ne sont pas au niveau, à tel point que l’on ne veut même pas que les gens candidatent. On a ensuite beau jeu de critiquer les politiques d’embauche du privé vis-à-vis des docteurs: « 30% de vos docteurs ne correspondent pas à vos standards, mais à nous de faire avec eux? » quelle hypocrisie ! (http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/13/9/qualif2012_238139.pdf)

    * ça ne coûte pas cher que les membres du CNU ne sont pas payés : La cour des comptes a indiqué aux Assises que les qualifications coûtaient la bagatelle de 10 millions d’euros ! http://www.assises-esr.fr/var/assises/storage/original/application/845315e2797958e8e83dff136362af9b.pdf

    Devant l’absence de raisons objectives pour sauvegarder la qualification, la seule solution est d’agiter les peurs… comme le font si bien les différents syndicats ! Si la qualification est supprimée, ça amputerait les responsabilités du CNU c’est clair, mais il resterait les promotions des EC (c’est loin d’être négligeable), plus éventuellement un rôle d’expert dans les jurys de thèses.

    En supprimant les qualifications, on peut en parallèle réformer le comité de sélection : Publications officielles des compositions de jury, des listes d’admissibles et le classement final, avant et après C.A.

  24. daquina dit:

    Qualifiée aux fonctions de mcf, section 18, pour 2009, je n’ai pas trouvé d’offre de poste correspondant à mon profil. J’ai donc refait quatre ans après une procédure de qualif, avec un dossier bien sûr plus consistant que le premier…et je n’ai pas été qualifiée. Etonnée, j’ai demandé à voir les rapports (des deux rapporteurs) et ce que j’ai lu m’a fait sourire: ils n’ont visiblement ni lu le cv, ni lu les rapports de thèse, ou en tous cas n’y ont rien compris, amateurisme absolu. Hors fonctions universitaires, ils enseignent tous deux dans une même institution parisienne (ils sont donc collègues, où est l’indépendance des membres du cnu?). Il s’agit donc d’un tir groupé…J’en ai déduit que la qualif n’est pas fiable, est variable selon les membres de la commission.
    L’observation des offres de poste permet de constater qu’ils sont très profilés, donc le tri des candidatures doit pouvoir logiquement se faire directement par l’université concernée. Evidemment, les candidatures locales et le copinage, les arrangements y sont évidents: les « profils » y sont majoritairement taillés sur mesure pour des candidats prévus, et on finit par conclure que la qualif, bon principe en soi, ne sert strictement à rien!
    Les sénatrices vertes n’avaient pas tort.
    A l’origine de tout ce place-filston et place-copain: la garantie du poste à vie, vraie privilégiature, au regard des universitaires étrangers travaillant sous contrat…
    L’action des sénatrices vertes a permis de briser un tabou: celui du recrutement et du statut des universitaires, spécificité française qui serait efficace si nos facs tenaient les meilleurs rangs mondiaux en matière de recherche, ce qui est loin d’être le cas.

  25. Laurent Batsch dit:

    Laurent Batsch dans le Huffington Post du 4 juillet 2013

    http://www.huffingtonpost.fr/laurent-batsch/qualification-universite_b_3540936.html

    Quand des universitaires exigent qu’on les protège d’eux-mêmes.

  26. LOL! dit:

    « … Lorsque ces parvenus deviennent majoritaires, ayant réussi à se hisser jusqu’au sommet administratif, l’Université est finie. » :

    http://www.enquete-debat.fr/archives/nabokov-chez-lagitprop-made-in-france-56386

    « Par ailleurs, nous sommes contraints de préciser que les performances scientifiques de Poulin sont devenues la base d’une démarche administrative au plus haut niveau des instances universitaires françaises, celle du CNU, ce très coûteux « rempart aux localismes », à en croire les gourous du Ministère de l’enseignement supérieur s’adressant aux sénateurs désirant la suppression de cette survivance stalinienne imposée à la Ve république française. Ainsi les rapporteurs officiels de l’organisme susmentionné : O. Agard, F. Clément, Ph. Daros, E. Dayre, R. Gayraud, Ch. Gillissen, M. Dennes, C. Depretto, R. Kahn, I. Krzywkowski, E. Oudot, S. Plane, G. Raulet, S. Rolet, A. Schober se réfèrent, dans des conclusions scellées par le sceau du Ministère de l’enseignement supérieur, à Poulin comme à une sommité de connaissances du genre romanesque ! Une sordide résurgence soviétique qui s’est greffée sur le corps de l’antique Science française progressivement vampirisée, nivelée année après année vers le bas ! »

  27. Lucas dit:

    Oui, il faut absolument la supprimer. Cette année, un ami vient de se faire qualifier alors qu’il n’avait pas eu les félicitations à sa thèse et très peu de publications. Un autre ami, brillant, félicitations, bouquins, articles… Résultat: recalé par la même section. A partir de ces deux exemples, nous voyons très bien que ça cloche quelque part et que cet acharnement est totalement inutile.

Laisser un commentaire