Un MCF associé évincé de Rennes 1

Christophe Gimbert a été journaliste à Ouest-France de 1990 à 2007. En 2000, il est recruté comme maître de conférences associé à mi temps par l‘IUT de Lannion (université de Rennes 1). Sa spécialité d’enseignement et de recherche : les sciences de l’information et de la communication (profil sur Linked in). En 2007, un poste de MCF associé à plein temps lui est proposé. La fiche de recrutement au concours de MCF associé stipule que le candidat doit être titulaire de la qualification. La 71ème section du CNU qualifie Christophe Gimbert. L’IUT s’engage alors à demander, pour la campagne de postes 2013, un concours de type 26-3 (ouvert aux candidats non titulaires d’un doctorat, mais qualifiés). Mais…

2013. L’université de Rennes 1 connaît, comme la majorité des universités françaises, des difficultés financières. Pour y faire face, elle gèle des postes. Parmi-ceux-ci, des postes budgétaires d’enseignants, associés ou non. Exit le concours 26-3 pour Christophe Gimbert. Après 13 ans de « bons et loyaux services », l’ancien journaliste d’Ouest France est évincé. Il s’inscrit au chômage.

Les universités deviennent-elles folles ? Se priver de professionnels confirmés, alors que la professionnalisation des formations est une mission de l’enseignement supérieur sans cesse rappelée, est une aberration, une forme de suicide. Heureusement, Christophe Gimbert refuse cette situation d’iniquité. Il a décidé de se battre. S’il n’est pas réintégré, il intentera un recours en tribunal administratif. Il m’a autorisé à publier le texte  de son intervention au Conseil d’institut lors de la séance de juin 2013 durant laquelle a été entérinée son éviction de l’établissement.

« La démarche qui m’incite aujourd’hui à m’adresser à vous s’inscrit dans un engagement entamé depuis treize ans à l’Université. Il a débuté par un premier contrat de maître de conférences associé à mi-temps, en septembre 2000. Quatre contrats ont suivi, dont l’ultime arrivera à échéance en août, après six années de temps plein. J’ai conscience de la singularité de cette trajectoire d’ancien journaliste, s’engageant année après année vers l’enseignement puis la recherche, qui peut aujourd’hui interroger certains d’entre vous »...

Articles de presse. Le Télégramme,13 juin 2013, Un Conseil d’Institut sous tension. Le Télégramme, 14 juin 2013, Le directeur et le président du Conseil d’Institut réagissent. Précisions de la médiatrice. Ouest France, 14 juin 2013, Poste gelé à l’IUT, enseignant au chômage.

Note. Guy Cathelineau est président de l’université de Rennes 1 depuis 2008. Fin 2012, il a été candidat à la présidence de la CPU ; il est aujourd’hui président de la Commission Recherche. La CPU a choisi la gestion des ressources humaines comme thème de son colloque annuel 2013. Il en est ressorti 19 propositions : aucune d’entre elles ne concerne les enseignants associés, la gestion de leurs contrats ! Le président Cathelineau doit trouver une solution pour Christophe Gimbert !

Tags: , , , , ,

Article du on Jeudi, août 22nd, 2013 at 11:10 dans la rubrique A. S'indigner, C. Bourgogne, Franche-Comté. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

7 commentaires “Un MCF associé évincé de Rennes 1”

  1. 6 ans maximum dit:

    Ce qui est surtout étonnant (mais malheureusement pas exceptionnel), c’est qu’un enseignant associé à temps plein ait pu exercer pendant 7 ans en violation du décret de 1985, qui prévoit très explicitement (art. 4) que « Les maîtres de conférences associés à temps plein sont nommés pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, ni supérieure à trois ans. Cette nomination peut être renouvelée, pour une durée qui ne peut être supérieure à trois ans, au vu d’un rapport d’activité et dans les conditions prévues à l’article 2 du présent décret », et plus encore que « La durée totale des fonctions d’enseignant associé à temps plein ne peut en aucun cas excéder six ans ». Où l’on apprend que la qualité de journaliste à Ouest-France confère le statut de réfugié, puisque c’est la seule dérogation à cette limitation dans le temps prévue par les textes…

  2. Pierre Dubois dit:

    6 ans maximum ? Comme le dit le commentateur, des durées supérieures ne sont pas exceptionnelles.

    Un exemple que j’ai vécu, dans la 1ère moitié des années 2000, en tant que professeur, membre du conseil d’administration restreint de mon université. A propos du renouvellement du contrat d’un professeur associé depuis 9 ans, je pose la question à la responsable des ressources humaines : ce renouvellement est-ll autorisé par la réglementation ? Réponse donnée avec un sourire : de fait, oui ! le compteur peut être remis à zéro.

    Plus fort encore. Le professeur associé en question est inspecteur général de l’éducation nationale. Question : un fonctionnaire de l’éducation nationale peut-îl être professeur associé dans l’éducation nationale et donc percevoir, avec le cumul, un salaire et demi ? Réponse donnée avec un sourire : oui !

    Encore plus fort. Proposition du président de recruter un IGAENR comme professeur associé (également un salaire et demi). Nous avons été deux sur sept professeurs du CA restreint à nous opposer à ce recrutement. Détail : l’IGAENR professeur associé, une fois recruté, n’a jamais effectué une heure d’enseignement dans mon établissement !

    Il y a donc bien et comme souvent deux poids, deux mesures. Pour Christophe Gimbert, le président Cathelineau doit trouver une solution !

  3. 6 ans maximum (suite) dit:

    Il me semble qu’il y a confusion entre temps partiel et plein temps. Il est parfaitement possible de recruter un associé temps partiel à durée indéterminée (ce n’était pas conçu au départ pour ce faire, mais le Conseil d’Etat, appelé à se prononcer sur le sujet (et il faut bien le dire parfait connaisseur du statut, ses membres figurant parmi ses bénéficiaires très réguliers), a jugé que le renouvellement n’était pas limité pour les associés mi-temps. Pour les temps plein, c’est impossible. Et je suppose que lorsqu’on est sous tutelle rectorale, comme c’est le cas de Rennes 1, c’est le genre de chose qui est regardé au peigne fin. Ceci dit, rien n’empêche théoriquement de procéder à un recrutement de type LRU. Mais même si le cas est évidemment déplaisant, il n’est pas structurellement différent de la situation très répandue des ATER largement prolongés, auxquels on propose ensuite un poste LRU, et qui ne seront cependant jamais recrutés. Les contrats temporaires, même de longue durée, ce n’est pas une exception. Et je note que concernant le cas de M. Gimbert, après lecture de son explication, les règles semblent avoir été parfaitement respectées par Rennes 1 (7 ans de mi-temps, puis 6 ans de temps plein. On a peine à croire qu’il ignorait la durée maximum de son contrat lorsqu’il a été recruté. Et même si c’est sans doute rude, être qualifié par le CNU n’a jamais constitué un droit à être recruté.

  4. Martinville dit:

    Le statut des enseignants associés est bien étrange… il y a le meilleur et le pire.
    il permet bien des cumuls. Et on voit souvent des professionnels ainsi embauchés faire les mêmes cours « théoriques » qu’un universitaire…. alors où est la plus value pour la maison ? Souvent ce statut sert à embaucher des « amis » (mais il ne faut pas le dire, et garder ses amis car l’amitié c’est important, pour al carrière).
    Un docteur doit passer les filtres pour entrer dans la maison. Les marches de l’escalier d’honneur sont cruelles…mais passer par l’escalier de service est plus facile. Ça c’est la France… comme l’aime, social, généreuse, avec ses privilèges et ses passe-droits, les « droits zakis », et qui finit toujours par titulariser « par le haut » ou TTC ceux qui ont échappé au difficile concours d’entrée… Martinville, qui n’est pas très intelligent, dirait : z’ont qu’à passer l’concours, la kalif’, et s’coltiner une thèse, les colloques, les articles à comité de lecture, l’expérience d’enseignement et tout l’bastringue…
    Quant à la question des « professionnels » intervenant à l’université, elle renvoie à l’intervention des universitaires dans les autres secteurs.. et, c’est étrange, cette voie là est moins aisée que l’autre, comme si le discours ambiant de certains (technocrates, politiques et u-collabos) était de dénigrer les universitaires – toujours trop théoriques – pour grignoter un peu du fromage fonction publique, tout en refusant aux universitaires de goûter des fromages privés…
    Comme dirait l’autre :
    Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà…

  5. Erik NEVEU dit:

    Je suis un collègue de Christophe Gimbert puisque celui-ci intervient – je dois hélas dire intervenait – à la grande satisfaction de nos étudiants dans le master « Journalisme, Reportage Enquête », de sciences po Rennes. Merci à Pierre Dubois de consacrer une rubrique à notre collègue, traité de façon scandaleuse par ses employeurs. On a la totale: non respect des promesses tenues, refus d’une vraie concertation de la part de la direction de l’iut, attitude peu héroïque de la direction de Rennes 1 qui à la fois dit clairement que le traitement réservé à CG est inique, mais ne va pas pour autant au conflit avec l’IUT

    Deux remarques simplement sur les interventions. Les « Associés » MC ou PR sont en effet le plus souvent recrutés à mi-temps et s’ils donnent satisfaction il n’est pas exceptionnel – je parle ici de Sciences po Rennes, autonome au sein de Rennes 1- de leur donner jusque trois fois trois ans.

  6. Qu'est-ce qu'un enseignant-chercheur? dit:

    Au-delà de toute considération légale et de la gestion salariale fantaisiste au sein des universités, il demeure la problématique de ce que l’on qualifie d' »enseignant-chercheur » et de ce que ce « statut » renferme.

    Des candidats à l’exercice de l’enseignement et de la recherche se donnent la peine douleureuse (en temps, en finance et en énergie) d’emprunter le cursus classique, long et tortueux, requis à l’obtention d’un rare poste (doctorat + contrats précaires + valorisation + qualification), tout spécialement en section 71.

    L’intervention des acteurs du privé reste certes utile pour rester en phase avec la « réalité » professionnelle ; pour autant, le succès et l’efficacité des intervenants auprès des étudiants ne constituent pas un critère de titularisation.

    Quand bien même le mérite de CG et de ses capacités pédagogiques seraient appréciés par les étudiants, cela reviendrait à considérer que la recherche s’improvise et qu’emprunter la « petite porte » en jouant des routines et des familiarités dont sont animées les universités (spécialement les IUT) et des brèches qui les lacèrent suffit à se voir reconnaître une qualité d’enseignant-chercheur.

    Nombreux sont les docteurs qui, par humilité et avec doute quant à leur légitimité (!), n’oseraient faire appel d’un refus de qualification.
    Nombreux sont ceux aussi qui ont « fait office de » et ont dispensé, souvent bénévolement et en malmenant leur égo, leurs « bons et loyaux services » des années durant dans l’espoir que cette abnégation se solde un jour prochain par une titularisation (le projet de CG était initialement et sans doute, lui aussi, de se voir « offrir » une titularisation).
    Nombreux sont ceux enfin qui ont multiplié les démonstrations de leur propension à l' »engagement » dans l’enseignement et la recherche, à commencer par l’élaboration d’un mémoire de recherche, puis d’une thèse, d’une réelle démarche active de valorisation, d’une qualification incontestée et du marathon des dossiers et des auditions aux 4 coins de l’Hexagone (si seul l’élan d’engagement suffisait…).

    Certains MC associés se donnent au moins la peine de soutenir une thèse de complaisance.

    Que cette éviction soit le fruit de conflits internes voire personnels, de rapports de force, d’aménagement budgétaires, qu’importe…sur le fond, elle ne mérite pas tant d’éclats (ou alors faut-il en faire autant pour tous les cas de promesses avortées impliquant des candidats docteurs…de quoi polluer quotidiennement les médias), lesquels sont dignes d’un (ex?)-journaliste…

  7. Christophe Gimbert dit:

    L’anonymat permet bien des commentaires…
    Mais ce n’est pas à un(e) éminent(e) enseignant(e)-chercheur(e) que je vais faire la leçon dans ce domaine…

Laisser un commentaire