Il faut soutenir le soldat Fraïsse !

La crise financière s’aggrave dans l’enseignement supérieur et la recherche. Combien d’universités vont parvenir à voter, d’ici le 31 décembre 2013, un budget 2014 en équilibre et sincère, ce qui constitue d’ailleurs leur double obligation au regard de la loi ? 68 chroniques sur les budgets des universités. Communiqué de Geneviève Fioraso sur le budget 2014.

Il faut soutenir le soldat Fraïsse, présidente de l’université Paul Valéry Montpellier 3. Soldat, oui, car elle a engagé un combat pour faire plier la Ministre Geneviève Fioraso : faire admettre que la responsabilité des finances universitaires délabrées est celle de l’État et non des universités elles-mêmes.

Cette femme courageuse ose affronter sa ministre de tutelle. Elle est montée au créneau une première fois pour contester la vision ministérielle de la crise financière de son université. Deuxième offensive, sans langue de bois et avec les talents d’un professeur de lettres classiques, dans Rebonds (Libération, 1er octobre 2013) : Pourquoi fermer la fac de Béziers ? Madame la Ministre, vous agissez comme un médecin qui provoquerait la fièvre de ses malades, essaierait de les guérir par d’énergiques poisons et s’étonnerait de les voir mourir guéris. La causticité du ton fait mouche : sous couvert de traitement, ces deux gouvernements successifs ont prescrit des saignées dans la masse salariale qui rétablissent peut-être nos budgets mais nous laissent exsangues.

Il faut soutenir le soldat Fraïsse. Rachid El Guerjouma, président de l’université du Maine Le Mans, est solidaire de la présidente de Montpellier et il le dit ouvertement dans un entretien avec Camille Stromboni. Le Conseil académique de l’université tient à apporter son soutien à l’université de Montpellier 3 qui se trouve dans une situation critique du fait, avant tout, du désengagement de l’État. Il tient à rappeler au gouvernement que ses préoccupations sont d’ordre vital et que la situation de l’université de Montpellier 3 est la même que celle de plusieurs autres universités, qu’elle va rapidement devenir celle de toutes les universités françaises si le gouvernement continue à se désengager du service public d’enseignement supérieur et de recherche.

Pour un bon nombre d’universités, la situation financière est pire aujourd’hui qu’il y a un an. C’est le cas de Paris 13 Nord dont le président Jean-Loup Salzmann est aussi président de la CPU. Une crise financière majeure (Le Figaro du 2 octobre 2013). S’appuyant sur un rapport de la Cour des Comptes, le quotidien vole au secours de la Ministre socialiste, confortant les interprétations de celle-ci ; elles imputent le désastre financier à l’université elle-même. La Cour tacle sévèrement sa gestion inconsidérée des ressources humaines, la progression des primes de près de 25%, les décharges d’enseignement accordées...

A Paris 7 Denis Diderot, la méthodologie de réduction de la masse salariale est déjà éprouvée (CA du 24 septembre 2013, page 20). La Commission des postes devait cette année répondre à la demande d’économies émise par le CA et indiquée dans la lettre de cadrage du président en date du 29 mai : 670 K euros en 2014, soit 2 M euros en année pleine. Ces économies ont été réalisées sur les postes EC et BIATS des 3 secteurs de l’université. Il s’agit d’économies structurelles, à savoir des non-recrutements par rapport aux départs. Pour travailler, la Commission a bénéficié d’une batterie d’indicateurs… Au final, elle a réalisé les économies demandées : elle a acté 133 postes (168 postes vacants, 237 demandes de postes).

Sinistrose à l’université d’Aix-Marseille. Une rentrée sous le signe de la rigueur (Mars Actu du 2 octobre 2013, signalement par Michel Abhervé) : investissements ralentis et aucune création d’emploi, telles sont les décisions du président Yvon Berland après un exercice déficitaire en 2011.

En Lorraine, le président Pierre Mutzenhardt cherche à geler des emplois pour investir. Lettre des ObstinéEs n°7, 30 septembre 2013 : pas moins de 67 postes gelés… C’est le CA inconséquent qui va voter un budget 2014 en diminution et ce sera aux composantes, au nom de la subsidiarité, de faire les arbitrages... Et le sort des BIATSS ? Biatss, cette année s’est pris : augmentation du temps de travail, topage (surveillance du temsp de travail), diminution des vacances. 5 octobre 2013, information transmise par un élu du CA : comptes financiers 2012, budget rectificatif 2013, prévision de budget 2014.

A Nantes, le Snesup-FSU demande à l’équipe présidentielle de cesser de dépouiller les composantes, dans une vaine fuite en avant, et de mettre enfin en œuvre une politique qui mobilise la communauté universitaire pour obtenir de l’État ce qui est dû (communiqué du 1er octobre 2013).

Présidentes et présidents des universités de France, soutenez le soldat Fraïsse. David a montré qu’il pouvait terrasser Goliath.

Pour aller plus loin : lire l’excellent article de Pascal Maillard dans Mediapart (2 octobre 2013 : appel à une opération vérité sur les budgets des universités. Contre le mensonge d’Etat qui fait croire à l’opinion publique que l’université et la recherche françaises auraient les moyens de leur fonctionnement, les citoyens ont le droit de savoir. Il est aujourd’hui vital que la réalité des budgets des universités éclate au grand jour.

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Article du on Jeudi, octobre 3rd, 2013 at 18:16 dans la rubrique A. Débattre, A. S'indigner, C. Ile-de-France, C. Lorraine, C. PACA, Corse, C. Pays de Loire. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “Il faut soutenir le soldat Fraïsse !”

  1. POP dit:

    Toujours sur Montpellier III, quelques détails sur la situation
    http://academia.hypotheses.org/1248

  2. Vincent dit:

    bonjour
    vos références sur l’Université d’Aix-Marseille concernent la rentrée dernière, et non le prochain budget (ce qui n’enlève rien au fait que le prochain budget sera toujours tendu, ni aux problèmes des autres universités)

    cordialement

  3. Glemain Pascal dit:

    Bonjour. Dans le cadre de la discussion relative aux domaines et mentions des « futurs » diplômes nationaux de master; il convient de défendre une mention « économie sociale & solidaire » tant dans le domaine EDG que SHS. En effet, il s’agit de maintenir ces DNM dans les départements d’AES le plus souvent hébergés en SHS. Il s’agit d’une part d’être cohérent avec l’existence d’un Ministère Délégué à l’ESS et d’autre part, de pouvoir former non seulement au niveau « L » mais aussi au niveau « M » des étudiants dans une transdisciplinarité qui caractérise les métiers de l’ESS qu’il soient exercés dans le cadre des associations, des mutuelles, des coopératives et des fondations. IL convient également de reconnaître officiellement les formations en entrepreneuriat en ESS que portent bon nombre d’Universités, face aux formation à l’altermanagement des Ecoles de Management.

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