Paris 7 et ses zones réservées

Suite de la chronique : Paris 7 perdu dans la Cité. Photographiant, le 1er octobre 2013, les bâtiments Sophie Germain et Olympe de Gouges de l’université Paris 7 Denis Diderot (ZAC Paris Rive Gauche), j’ai cherché en vain une information interdisant au public l’accès aux étages au-delà du 3ème. Et pourtant, le 3 juillet 2013, les permis de construire de ces deux bâtiments ont été annulés par le Tribunal administratif de Paris, imposant la délimitation de zones réservées.

L’histoire vaut d’être contée : elle est emblématique des graves dérives des Partenariats Public Privé. Comment faire des Établissements recevant du public (ERP) qui ne peuvent recevoir du Public ? Les ERP doivent satisfaire en effet à des normes de sécurité spécifiques. L’histoire démarre le 24 juillet 2009 : signature, sous le ministère de Valérie Pécresse, d’un PPP entre l’Université Paris 7 et le groupe UNICITE, emmené par le constructeur Vinci. La suite sur le site Archicool. En février 2011, je photographie le chantier (ci-dessous le permis de construire). Un des nombreux articles de presse sur l’annulation des permis de construire.

SONY DSC

Le 5 juillet 2013, suite à l’annulation des permis de construire par le Tribunal administratif de Paris, Vincent Berger, le rapporteur des Assises oubliées et président de Paris 7, prend fort logiquement un arrêté : les scolarités pédagogiques des composantes installées dans les deux bâtiments sont désormais implantées au rez-de-chaussée, 1er et/ou 2ème étage. Déménagements des bureaux en urgence… Un autre arrêté du même jour précise : la délimitation des zones dites réservées et le leurs restrictions d’accès est portée à la connaissance de tous notamment par apposition de panneaux d’information et d’affiches réglementaires à l’entrée et dans les bâtiments Olympe de Gouges et Sophie Germain. Le 1er octobre 2013, aucune information dans l’entrée des deux bâtiments. Ci-dessous, photo du chantier en février 2011 : des immeubles de la ZAC sont construits au-dessus des voies ferrées.

SONY DSC

Le 9 juillet 2013, une assemblée générale de personnels et d’étudiants adresse une motion au président Berger, conteste les deux arrêtés : mesures arbitraires, strictement incompatibles avec la possibilité pour l’université d’assurer ses missions essentielles d’enseignement et de recherche, inapplicables en l’état…  Demande : mettre les bâtiments dans leur entier aux normes des établissements recevant du public, de sorte que les étudiants et personnes extérieures, et plus généralement le public, puissent être accueillis à tous les étages de ces bâtiments. Photo de février 2011 : le bâtiment Sophie Germain devait être ainsi.

SONY DSC

Le 13 juillet 2013, Vincent Berger écrit une lettre ouverte au Premier ministre pour qu’il prenne les mesures nécessaires aux fins de résoudre ou d’atténuer les difficultés engendrées par cette situation très préoccupante pour l’enseignement supérieur et la recherche en France. La réponse de Jean-Marc Ayrault ? Question sous-entendue : qui va payer les mises en sécurité ?

Qui va payer ? Le 1 octobre 2013, Blandin poste un commentaire sur la chronique Paris 7, Vincent Berger s’en va. Du cynisme par Vinci Berger. Les personnages de ce roman étant réels, toute ressemblance avec des individus imaginaires serait fortuite. 1. On valide une déclaration d’effectifs non valide pour les permis de construire. 2. On signe un avenant N°2 ou les travaux de mise en conformité sont à la charge de l’université à partir de 500 000 €. 3. On se fait la malle pour pantoufler chez Hollande. 4. On laisse l’université Paris VII dans une situation délicate du fait que de nombreux locaux du contrat de PPP sont dangereux et inaccessibles aux étudiants.

Le 12 octobre 2013, l’Association des Sociologues de l’Enseignement Supérieur tient une  journée de réflexion : La LRU : quels sous ? quels dessous ? quels soucis ? Réflexion et débats sur les comptes des universités autonomes.

Lieu de la journée de l’ASES : l’amphi 1 du bâtiment Olympe de Gouges ! Je l’ai ainsi décrit dans la chronique d’hier : 100 places toutes occupées par les étudiants ; une verticalité des gradins comme je n’en ai jamais vue (économiser les m² au sol) ; une enseignante qui semble dicter son cours et que je ne parviens pas à entendre alors qu’elle est à moins de 10 mètres de moi (mauvaise acoustique ? pas de micro ?).

Débattre du financement des constructions universitaires ! Chronique à suivre.

Tags: , ,

Article du on Jeudi, octobre 3rd, 2013 at 10:06 dans la rubrique A. S'indigner, B. Photos, C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “Paris 7 et ses zones réservées”

  1. François Brunet dit:

    En effet il faudrait raconter cette histoire. Il faudra le faire. Mais en l’état actuel des choses il est très difficile de raconter une histoire crédible sur ces bâtiments. Ce qui est sûr est que la version qui met en scène un Berger acteur et profiteur qui va ensuite pantoufler à l’Elysée est un gros raccourci tout juste bon pour une AG de personnels meurtris ici et ailleurs par beaucoup d’autres choses. Attendons les jugements à venir, en première instance et puis en appel. Peut-être en saurons-nous un peu plus.

  2. Pierre Dubois dit:

    Réponses aux commentaires de François Brunet dans les chroniques : Vincent Berger s’en va, Paris 7 perdu dans la Cité, Paris 7 et ses zones réservées.

    Cher François, merci pour ces trois commentaires argumentés. Je me trouve largement en désaccord avec eux et voici pourquoi.

    Paris 7, un campus sur la ZAC rive Gauche ? Non ! Rien n’identifie ce Campus universitaire perdu dans la Cité.

    J’ai connu Paris VII sur le Campus de Jussieu. J’y ai travaillé de 1972 à 1988 (de 28 à 44 ans) au 6ème étage de la Tour centrale. Le contexte : le Groupe de sociologie du travail (associé au CNRS) : mon statut : chercheur CNRS puis professeur à Lille III. C’était un vrai Campus partagé avec Paris 6, immédiatement lisible dans l’espace, dans le quartier. Une station de métro : Jussieu portant le nom du Campus. Un nombre important de restaurants sympas dans le quartier. Bref un quartier universitaire : rien de tel sur la ZAC. Certes on parlait déjà d’amiante dans la Tout Centrale. J’y ai travaillé 16 ans et n’en suis pas encore mort.

    En tant que professeur des universités, j’ai eu pour cadre de travail, trois campus clairement identifiables, mais certes toujours situés à la périphérie (Lille 3 à Villeneuve d’Ascq, Paris X à Nanterre, Marne-la Vallée) ; ce qui crée des points faibles : ces campus sont ouverts sur la Cité, mais la Cité ne se sent guère concernée par eux. Mais au moins, ils excluaient la présence des banques en leur sein. Tout un symbole !

    Le campus que je préfère est celui de Strasbourg : campus historique et campus des années 60 réunis, en centre ville et réellement ouverts sur la Cité, avec un bâtiment de la présidence au cœur du Campus. Je doute que les enseignants et les personnels des nouveaux bâtiments de Paris 7 fréquentent régulièrement les anciennes usines désaffectées et restaurées du bord de Seine.

    Autre point. Paris VII n’est plus aujourd’hui l’université de la réussite des étudiants, en particulier en licence. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/03/16/v-berger-arretez-le-massacre/

    Également, les problèmes de gouvernance de Paris 7, de mise en cause de la présidence de Vincent Berger ne datent pas d’hier http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/11/23/vincent-berger-dans-la-tourmente/

    Bref, devenir Conseiller de François Hollande, c’est une porte de sortie qui n’est pas une ascension vers le pouvoir. Comment tenir compte en effet des conseils d’un président qui quitte son université avant la fin de son mandat et sur 5 échecs dont il est en partie ou pleinement responsable :

    - Des Assises dont il n’a pas vraiment défendu les recommandations
    - Un campus qui est perdu dans la Cité avec des bâtiments qui ne sont pas parfaitement fonctionnels
    - Un projet de fusion de 4 universités qui ne fait pas consensus
    - Des problèmes de gouvernance interne
    - Des taux insupportables d’échec en 1er cycle

  3. François Brunet dit:

    Je suis assez d’accord sur un point: « c’est une porte de sortie qui n’est pas une ascension vers le pouvoir ». Je ne crois pas en effet que Berger cherche l’ascension vers le pouvoir. Mais cette discussion est futile: le problème n’est pas Berger, FraÎsse, Collet ou Trucmuche. Le problème est la décomposition d’une institution universitaire qui était déjà bien fragile.

Laisser un commentaire