Supprimer les agrégations du SUP

Le 20 avril 2012, la FERC SUP CGT publiait un communiqué : Retrait du projet de réforme du recrutement des enseignants-chercheurs des sections 1 à 6 du Conseil national des universités. Un premier pas vers la suppression des agrégations du supérieur en Droit, Science politique, Économie, Gestion. Dans ma chronique du 5 mai, je signalais les inégalités de carrières entre professeurs des universités que cette spécificité disciplinaire entraînait : dans toutes les autres disciplines, il est impossible d’être professeur à 25 ans ; il est exceptionnel de l’être à 30 ans. Recrutement à un âge plus précoce et donc promotion à la 1ère classe, puis à la classe exceptionnelle à un âge plus jeune. Meilleurs carrières, salaires, retraites… une injstice objective.

Les espoirs mis dans une réforme visant l’égalité de traitement entre enseignants-chercheurs ont été vains jusqu’à présent : les lobbies de ces disciplines demeurent puissants. Projet de réforme du décret statutaire des enseignants-chercheurs (26 septembre 2013) : le futur article 45 maintient la réglementation en vigueur. Les professeurs des universités sont recrutés… en outre dans les disciplines juridiques, politiques, économiques et de gestion par des concours nationaux d’agrégation de l’enseignement supérieur.

Mais, heureusement, Laurent Batsch existe. Le président de Dauphine Université Paris ne supporte plus ces agrégations. Il le dit franchement dans une libre opinion du HuffPost C’est la Vie du 2 octobre 2013 : mon propos est celui de président d’une université dont deux enseignants sur trois relèvent de ces disciplines vivant sous un régime d’exception, dérogatoire à la loi commune et contraire aux meilleures pratiques internationales. Il faut supprimer l’agrégation du supérieur. Cette mesure simple et pratique offre le triple avantage de libérer des ressources humaines, de contribuer au progrès de la qualité des recrutements et d’appliquer à toutes les disciplines le droit commun : celui de la gestion des « corps » et celui de l’autonomie des universités.

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Article du on Jeudi, octobre 3rd, 2013 at 14:34 dans la rubrique A. Débattre, C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

7 commentaires “Supprimer les agrégations du SUP”

  1. Anthony G. dit:

    L’argumentaire de Laurent Batsch n’est pas très bon, mais sur le fond oui l’agrégation n’a pas sa place dans le supérieur.

  2. Anne Lavigne dit:

    @Anthony G.
    En quoi l’argumentaire n’est-il pas bon ? Tous les arguments y sont, de l’inefficacité à la rupture d’égalité. J’y ajouterais personnellement que l’agrégation favorise le recrutement de professeurs hommes (auto-censure des candidatures féminines + moindre réussite des femmes, encore que…. voir ici par exemple http://legizmoblog.blogspot.fr/2008/01/guest-blogging-chez-gizmo-agrgation.html?q=agrégation ).
    Il est regrettable à cet égard que les rédacteurs du décret, si scrupuleux pour d’autres procédures (comités de sélection), n’aient pas jugé utile d’écrire que « les jurys de concours d’agrégation comportent au moins 40% de membres de chaque sexe »….

  3. Sirius dit:

    Laurent Batsch a parfaitement raison. Cette question est ancienne. L’élément nouveau et essentiel est que le caractère national de l’agrégation est totalement contraire au principe d’autonomie des universités.

    En 1984, c’est Mitterrand qui avait personnellement accordé la survie de l’agrégation aux agrégés de droit, qui avaient mobilisé leurs collègues Badinter et Colliard, proches de lui.

    Puis l’agrégation de médecine a disparu et personne n’a constaté un effondrement de l’enseignement médical en France.

    Maintenant deux lois, de droite et de gauche, ont affirmée l’autonomie des universités.

    Le lobby des agrégés de droit va encore se mobiliser pour une nouvelle bataille de retardement. Mais la disparition de l’agrégation est écrite dans le ciel

  4. Pluralisme et Qualité dit:

    Chronique de Pluralisme et Qualité (enseignants-chercheurs en sciences économiques). Projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs

    Statut des enseignants-chercheurs en droit, science politique, économie et gestion : 6 modes de recrutement des professeurs !

    A noter, la suppression du second concours d’agrégation dans les disciplines juridiques, économiques, et de gestion, en contrepartie de l’instauration du régime de droit commun (procédure de qualification ex ante aux fonctions de professeur, art. 46-1). D’après ce que je comprends, il y aurait donc 6 modes de recrutement (attention au piège, il y a un article 46 alinéa 1°, et un article 46-1…):

    - le concours sur qualification ex ante (art. 46-1°), à l’instar de ce qui existe dans les autres groupes de disciplines ;

    - le concours réservé aux maîtres de conférences ayant accompli une mobilité (art. 46-2)

    - le concours dit « voie longue » (art. 46-3°) ;

    - le concours dit « voie professionnelle » (ou réservé aux PAST, IUF etc) (art. 46-4°) ;

    - le concours réservé aux maîtres de conférences ayant exercé un mandat de Président d’université ou des charges administratives significatives (art. 46-1-I ou 46-1-II) ;

    - le concours d’agrégation (avec les modalités actuelles du premier concours actuel, dit « concours externe ».

  5. Gilles Dumont dit:

    Laurent Batsch, président de l’université la plus dérogatoire de France, sortant un marronnier sur un régime dérogatoire de recrutement, voilà qui ne manque pas de sel. S’il avait proposé la suppression du statut de grand établissement pour ce qui a pris la suite de la Faculté de sciences économiques de Dauphine (son établissement est une anomalie dans le paysage actuel des universités pluridisciplinaires), cela aurait sans doute justifié une mention sur ce blog, mais là, franchement… Le recrutement des universitaires, quelles qu’en soient les voies, est un vrai sujet, qui mérite mieux que ces propos approximatifs, éculés et aigris.

  6. Sébastien dit:

    Je me trompe, ou ce décret signe l’arrêt de mort évident et à très court terme de l’agrégation du supérieur ?
    En effet, les universités, en section 1 à 6, pourront désormais choisir de proposer des postes de PR au concours « normal » (46-1) ou à l’agrégation. Que croyez-vous qu’elles vont faire, entre promouvoir leurs petits copains en local (46-1) ou risquer de voir débarquer des jeunes loups qui ne rêvent que de repartir au plus vite (agreg) ?
    Comme d’habitude, le ministère n’a pas le courage de prendre lui-même des décisions risquées (supprimer l’agrégation du supérieur) et demande aux universitaires de le faire à sa place…

  7. Gus dit:

    @Sébastien
    Le projet de décret prévoit comme auparavant que le nombre d’emplois ouverts au titre de l’agrégation ne peut être inférieur au nombre d’emplois ouverts au titre des autres concours.

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