Le numérique à coût constant

4 octobre 2013, un ami, professeur de physique, me donne des nouvelles de la rentrée dans son université : mauvais coup de la fusion choisie par les chefs, suppressions de postes, élections anticipées… On se console en se battant avec les petits de L1 pour qu’ils se mettent au boulot, apprennent à lire un énoncé, à ouvrir un bouquin, à aller en bibliothèque, à écrire trois équations sans qu’il y ait huit fautes de calcul.

Quel Massive Open Online Course (MOOC) inventer pour faire face à cette situation ? En 1ère année de licence, des étudiants n’ont pas les pré-requis pour bénéficier un tant soit peu des enseignements d’un professeur des universités. Chaque enseignant du supérieur connaît le niveau insuffisant de certains bacheliers, Geneviève Fioraso et ses conseillers semblent l’ignorer. Et pourtant, sans aucune vergogne, la Ministre a lancé, le 2 octobre 2013, France Université Numérique (FUN). L’objectif est de mettre le numérique au cœur de son projet. La loi du 22 juillet 2013 a donné une impulsion décisive, en inscrivant le numérique comme levier d’une université en mouvement, avec un double objectif : la réussite étudiante et l’élévation du niveau de connaissances et de qualification en formation initiale et continue.

France Université Numérique, un plan ambitieux en 18 actions. Action 2 : favoriser la réussite des étudiants grâce à une pédagogie rénovée par le numérique. Un dossier de presse de 11 pages : les journalistes, d’une seule voix, ont relayé la bonne nouvelle. Le Monde : L’université française passe de l’amphi aux cours en ligne. EducPros : Le numérique au service de la révolution éducative. Matthieu Cisel dans sa chronique d’EducPros demeure sceptique : MOOC. Lancement de la plate-forme nationale, ça va être FUN.

Un plan qui est tout sauf ambitieux au niveau financier. Conférence de presse de la Ministre, le 2 octobre 2013 : pour accompagner cette révolution numérique, des moyens spécifiques ont été mobilisés : 10 % des dotations de postes attribuées aux établissements, soit 500 emplois sur le quinquennat, 12 millions d’euros, dégagés sur l’actuel programme d’investissements d’avenir, mobilisables par vagues successives, dans une logique d’appels à projets pour amorcer la création de cours et de cursus numériques de haute qualité. Geneviève Fioraso avait pourtant promis de renforcer les crédits récurrents ; les appels à projets sont toujours vivants et pour obtenir des broutilles : 50.000 euros en moyenne par projet ?

La Ministre ne peut pas avoir oublié l’étude d’impact, impact budgétaire en particulier, de sa loi de juillet 2013. Etude d’impact de mars 2013 publiée sur le site de Légifrance. Page 27 : le développement de l’enseignement numérique doit être fait à coût constant, en revoyant les critères d’accréditation, de contractualisation, de soutien et de mutualisation. Les investissements nécessaires peuvent trouver une contrepartie dans la mutualisation et la rationalisation de l’offre de formation et par l’ouverture de cette offre à d’autres publics et marchés (international, formation continue). Certes, Geneviève Fioraso pourra rétorquer que les 12 millions sont des crédits extra-budgétaires (investissements d’avenir).

Quel est le coût complet de la fabrication d’un MOOC ? J’ai eu la curiosité de visionner un des MOOCs en ligne sur le site de FUN. MOOC : la première guerre mondiale expliquée à travers ses archives. Comment travaille l’historien et comment l’analyse des sources a renouvelé le regard sur 14-18 (vidéo de 4 minutes 05). Le coût complet de ce MOOC d’ailleurs fort bien fait (étapes, extension, conséquences de la 1ère guerre mondiale) ? J’en ai vu plutôt les points faibles : Annette Becker, professeur à Nanterre, ne parvient pas à quitter son texte des yeux, un recours peu original aux films d’archives, une vidéo courte mais fort longue à regarder dans son intégralité, une absence de références bibliographiques pour en savoir plus.

Mais je me suis surtout demandé : quel est le public cible de ce MOOC ? Il serait heureux que les étudiants d’histoire sachent déjà cela à l’entrée dans l’université ! Les MOOCs ne devraient-ils pas être classés par niveau de connaissances préalables ? Les MOOCs visent également le public de la formation tout au long de la vie ; j’en fais partie ! A l’occasion de mon voyage en Croatie, je n’ai pas recherché de MOOCS sur la 1ère guerre mondiale, mais j’ai lu Les conséquences des traités de paix de 1919-1920 (d’ailleurs cités par Annette Becker) en Europe centrale et sud-orientale (colloque de Strasbourg, mai 1984).

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Article du on Vendredi, octobre 4th, 2013 at 10:51 dans la rubrique A. Débattre, A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Le numérique à coût constant”

  1. Domin dit:

    Les Moocs ce n’est pas les cours en ligne !

    c’est avant tout une palteforme d’enregistrement, de service aux etudiants d’interaction, de suivi des présences et permanence du travail
    et un début de certification à défaut de « diplomation »

    sinon c’est la Khan acadamie, utile et interessant aussi mais pas un Mooc !

    ;-)

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