Fioraso, une Ministre dangereuse

21 novembre 2013 : chronique Pagaille annoncée pour admission post-bac 2014. 16 janvier 2014 : J-4 avant le date de première saisie des vœux des futurs bacheliers : ils auront le choix entre 11.411 formations de 1ère année d’études supérieures dont 2.603 premières années de licence.

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Communication abracadabrantesque de Geneviève Fioraso, le 14 janvier 2014 : dès cette année, les lycéens choisiront parmi 45 licences générales au lieu de 1.800 licences générales précédemment. D’où sort ce dernier chiffre ? La Ministre a centré toute sa communication sur ce choc de simplification, de visibilité, de lisibilité des formations. Ces 45 mentions devraient figurer dans l’arrêté concernant le cadre national des formations, non encore paru à ce jour !

La Ministre ne craint pas le ridicule. Les faits : la plupart des universités se sont moquées de ce cadrage national qui ne dit rien du contenu des formations de licence. Elles affichent donc 2.603 parcours-types pour informer les étudiants. La Ministre a laissé passer cette désobéissance de fait des universités : un silence dangereux. Que cache-t-il ? Un exemple pour comprendre : l’université de Strasbourg propose trois parcours – cinéma, danse, théâtre – dans la mention Arts du spectacle du domaine Arts-Lettres-Langues.

La pléthore du nombre de parcours en licence demeure par rapport aux années passées. 2.603 premières années de licence : 536 en Ile-de-France, 360 en Rhône-Alpes, 199 dans le Nord Pas-de-Calais, 178 en PACA, 126 en Bretagne, 116 en Pays-de-Loire, 102 en Languedoc-Roussillon, 90 en Midi-Pyrénées, 87 en Alsace, 84 en Lorraine et même… 66 aux Antilles.

Toutefois des universités ont joué le jeu du cadrage national fiorasien en réduisant le nombre de mentions et de parcours : 20 parcours en Limousin, 38 en Bourgogne. Pagaille d’une université à l’autre. En Limousin, mentions et parcours portent le même nom. Une licence Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives à Limoges et une licence de même nom à Brive-la-Gaillarde. Il faut cliquer sur « en savoir plus » pour apprendre que 3 spécialisations sont offertes en L3 (= spécialisation progressive prônée par la Ministre) et surtout que les L1 sont contingentées : 130 places à Limoges, 65 à Brive-la-Gaillarde.

Contingentements ? Capacités d’accueil ? En page d’accueil de Rechercher une formation figurent trois critères spécifiques  : formation en apprentissage, formation pour sportif de haut niveau, formation pour artiste de haut niveau. L’absence de critère Formation à capacité d’accueil limitée complique la saisie des vœux, chaque formation contingentée indiquant ou non le ou les critères de sélection. Le critère principal semble être Priorité aux bacheliers de l’académie, critère gérable bureaucratiquement par le dispositif Admission post-bac, mais d’une grande stupidité : les futurs étudiants ne sont pas incités à la mobilité ; les formations de qualité de certaines universités voient leur attractivité potentielle limitée.

Combien de formations contingentées à la rentrée 2014 ? Vu leurs budgets de pénurie (Sylvestre Huet : Strasbourg comprime son budget), de plus en plus d’universités ont annoncé la mise en œuvre de capacités d’accueil. Je n’ai pas évidemment pas consulté les 2.603 parcours de 1ère année de licence pour savoir s’ils faisaient l’objet de capacités d’accueil. Quelques surprises à Dijon en Bourgogne : 200 places en 1ère année d’économie, 110 en sciences de gestion, 400 en psychologie, 120 en info-com. Mais pas de contingentement en musicologie, en droit, en administration économique et sociale. Pourquoi ? Et évidemment contingentements habituels en 1ère année des sciences de la santé (1.100 places), en STAPS (200 places). Ne pas oublier que le président de Bourgogne est un médecin, PU/PH.

La Ministre a lancé une campagne de communication à 700.000 euros : L’université, un choix qui me réussit. Campagne sans vergogne, campagne fondée sur le mensonge : l’offre en 1ère année de licence, le nombre de mentions ne sont pas réduits ; la montée en puissance de la mise en œuvre de capacités d’accueil due à la réduction des dépenses imposée aux universités est par contre cachée ; le débat sur la sélection à l’entrée de l’université a été occulté, pour ne pas offusquer les syndicats étudiants, l’UNEF en particulier.

Une ministre dangereuse car elle ne permet pas aux universités de lutter à armes égales avec les formations publiques et privées sélectives à l’entrée. 21 des 23 types de formation, proposés par admission post-bac, sont sélectives à l’entrée. 22 si l’on inclut la 1ère année de santé (concours en fin de 1ère année). Seules les licences sont ouvertes à tous les bacheliers et encore : de plus en plus de licences font l’objet de contingentements sur des critères stupides (bacheliers de l’académie, puis éventuellement tirage au sort si trop de bacheliers locaux).

Geneviève Fioraso est dangereuse car sa communication ment effrontément, induisant un avenir noir pour les universités publiques : le nombre d’étudiants y diminuera (et les dotations de l’État vont ainsi fondre au soleil), le taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans ne va pas progresser et l’objectif de 50% de jeunes diplômés du supérieur ne sera jamais atteint, sauf…

Sauf si l’enseignement privé non lucratif (apparemment) et lucratif (de fait) prend le relais. Geneviève Fioraso est dangereuse car elle porte, sans états d’âme, le désengagement financier de l’État pour l’enseignement public, le développement de l’enseignement supérieur privé, et la reconnaissance de diplômes délivrés par des universités d’entreprises privées. Elle est moins isolée aujourd’hui puisqu’elle est, depuis quelques jours, ministre d’un gouvernement social-démocrate , pour ne pas dire social-libéral, dont les projets ont obtenu le satisfecit du MEDEF.

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Article du on Vendredi, janvier 17th, 2014 at 0:26 dans la rubrique A. S'indigner, C. Alsace, C. Bourgogne, Franche-Comté, C. Poitou-Charentes, Limousin. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Fioraso, une Ministre dangereuse”

  1. Martinville dit:

    Démagogie et enfumage d’une ministre enfumeuse, d’un président enfumeur… (allez, tous à la fumette, pour s’enivrer des fumées hallucinogènes)

    Soit ils croient à leur c… et leur incompétence est grave, soit ils n’y croient pas et là, c’est pire, c’est qu’il se f…. de nous et des citoyens…

    La destruction programmée de l’Université publique par les élites bobos et autres continue…. de toute façon, ils ne sont pas personnellement concernés puisqu’ils enverront leurs enfants dans les universités étrangères ou dans les grandes écoles.

  2. RGJ dit:

    22 formation sélectives sur 23 … et en partie 23 /23 :
    plusieurs parcours de Licence sélectifs dès l’entrée sur APB (certains interprètent que l’accès de droit du bachelier en Licence est garanti par la Loi au niveau du diplôme habilité donc de la mention, pas forcément au niveau du parcours type au sein de la mention… ça finira pas être contesté devant un TA) : parcours dits « exigeants » avec volumes horaires renforcés : CMI, CPUGE, parcours aménagés pour « double licence » …
    Mieux vaudrait conseiller l’entrée dans ces « parcours différenciés » aux étudiants à l’issue d’un S1 commun, pour voir quels étudiants se sont le mieux « acclimatés » à la licence et seraient en capacité de suivre la charge de travail accrue de ces cours additionnels … c’est ça la démocratisation, la lutte contre l’autocensure et l’alternative aux CPGE/ DUT dévoyés comme prépa aux écoles d’ingénieurs …

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