Valoriser le doctorat dans la fonction publique territoriale

Cela va faire près d’un an que je n’ai rien posté sur ce blog, essentiellement faute de temps et pour cause : j’étais quelque peu accaparé par la rédaction de ma thèse, soutenue le 9 avril 2018 (je ne renouvelle pas ici les remerciements déjà exprimés dans le manuscrit et lors de la soutenance, quoique : merci à toutes celles et ceux qui y ont contribué de près ou de loin). Voici en tous cas une bonne chose de faite (me voici désormais adhérent à l’Association Nationale des Docteurs), mais que s’est-il passé depuis ?

  • je travaille toujours chez Adoc Mètis, où j’ai été recruté en CDI à l’issue de ma convention CIFRE. Je peux même continuer à y faire de la recherche, activité qui fait partie de l’ADN de l’entreprise ;
  • le Maire de Nancy m’a proposé de m’occuper des questions éducatives et des écoles en tant qu’adjoint, en complément du numérique que j’avais déjà en charge depuis 2014. Voici un nouveau challenge, encore que finalement il ne fait que prolonger un intérêt ancien pour les questions éducatives.

Je continue en parallèle à m’occuper des questions de Recherche et d’Enseignement Supérieur pour le compte de la Métropole du Grand Nancy, ce qui m’amène notamment à oeuvrer au sein de l’Association des Villes Universitaires de France présidée par Catherine Vautrin. Réunie le 9 juillet, l’AG de l’association a adopté à l’unanimité la résolution ci-dessous, destinée à soutenir le développement et la reconnaissance du doctorat dans la fonction publique territoriale (pdf disponible ici).

Inutile de re-détailler ici le contenu de ce texte volontariste qui fait notamment écho à l’initiative « 1000 doctorants » porté par HESAM. Relevons simplement que l’entreprise consistant à valoriser le doctorat dans la fonction publique en général est de longue haleine, en dépit des efforts d’ouverture des concours réalisés depuis la loi Fioraso de 2013 (modifiant l‘article L412-1 du code de la Recherche) dans un cadre statutaire qui se prête peu à la prise en compte des diplômes en général, du doctorat en particulier. Espérons néanmoins que le Ministre Gérald Darmanin verra dans notre interpellation une opportunité de contribuer à la transformation des organisations publiques !

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Bourses du CROUS : barèmes et montants 2017-2018

Au JO de matin ont été publiés deux arrêtés relatifs aux bourses gérées par le réseau des oeuvres universitaires et scolaires (les CROUS).

  • un premier texte prescrit le barème d’éligibilité en fonction des revenus des familles et des points de charge
  • un second texte associe des montants avec chacun des échelons (de 0 bis à 7, l’échelon 0 consistant en une exonération des droits d’inscription et de sécurité sociale étudiante)

Il n’y a priori pas de changement à signaler par rapport à l’année précédente.

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Arrêtons d’incriminer APB …

Cela fait un petit bout de temps que je n’ai pas pris le temps d’écrire ici, notamment parce que pris par la rédaction de ma thèse. Je fais une petite entorse à la concentration/focalisation que nécessite cette période particulière, à la faveur de la polémique du moment sur APB, du tirage au sort, des difficultés d’inscription dans les filières du 1er cycle de notre enseignement supérieur. Si je « sors de ma réserve », c’est justement parce que je suis un peu agacé de lire (ou d’entendre) des commentaires du type « c’est de la faute d’APB ».

Non : APB n’est pas responsable du gâchis actuel, parce qu’en réalité APB ne fait qu’incarner des règles. J’en avais traité il y a un an dans un article sur the Conversation.

Incriminer APB, c’est mettre en cause les symptômes plutôt que les causes des difficultés de notre premier cycle d’Enseignement Supérieur. Comme l’a récemment fait remarquer Laurent Batsch dans une tribune, « le libre accès à l’université fonctionne donc comme la soupape des filières sélectives, et permet d’entretenir la fiction de l’absence de sélection à l’entrée, dont le corollaire est la sélection par l’échec ». On s’étonnera de produire du sentiment de déclassement …

Puisque « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Camus. Ne nous trompons pas de combat : ce n’est pas d’APB dont il faut débattre, mais des règles et choix que l’outil ne fait qu’incarner.

Il importera tout de même de s’intéresser à ce que signifie la mise en cause de l’outil : son caractère « automatique » et déshumanisant ne va-t-il pas de paire avec une forme de défiance, de suspicion voire de sentiment d’injustice ? 

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5 raisons d’écrire sur the Conversation – La 4ème va vous surprendre

« The conversation », ça vous dit quelque chose ?

Lancé en France en septembre 2015, the Conversation se propose de faire dialoguer chercheurs et journalistes pour proposer des regards experts et accessibles au grand public quant aux grands débats et questions qui font l’actualité : société, sciences, technologie etc.

La publication sur ce média est ouverte aux chercheurs (y compris aux doctorants) et peut concerner différents thèmes : éducation, santé et médecine, arts et culture, sciences et technologies, environnement et énergie, politique et société. Un appel à contributions est envoyé tous les jours aux rédacteurs y ayant déjà publié, afin d’aider à identifier et à mobiliser des contributeurs susceptibles d’apporter leur expertise sur des sujets d’actualité. Mais rien n’interdit aux contributeurs de proposer leurs propres thématiques et de rédiger, seuls ou à plusieurs, des propositions de texte. Pour les doctorants, des formations à la rédaction sur ce média sont mêmes proposées dans certaines universités. L’Université de Lorraine va d’ailleurs y dédier une journée d’étude, à la fin de ce mois.

Une fois la rédaction d’une contribution lancée, cette dernière se fait à l’aide d’un outil collaboratif en ligne, sur lequel peuvent intervenir à la fois les chercheurs engagés dans le projet d’article, mais aussi les journalistes de l’équipe (qui prennent en charge les rubriques de manière thématique). Les journalistes (qui sont d’ailleurs très sympathiques) peuvent ainsi proposer des reformulations, conseiller de réduire la taille du texte, d’ajouter des illustrations, de donner davantage ou moins d’explications, demander d’expliciter des sigles etc. Chaque publication d’article suit donc un schéma qui est, en gros, celui-ci :

  • choix d’un thème (sur proposition d’un chercheur ou à la demande de la rédaction) ;
  • début de la rédaction : le-s chercheur-s propose-nt une première mouture de texte ;
  • proposition de modifications et évolution du texte (avec un outil de suivi des modifications) ;
  • les rédacteurs doivent préciser leurs éventuels intérêts personnels : s’ils sont financés ou affiliés à des structures qui pourraient tirer un quelconque intérêt de la publication du texte. Cette phase est déclarative mais pas facultative : si elle n’est pas réalisée, le projet d’article ne peut pas passer à la phase suivante ;
  • une fois stabilisé, le-s chercheur-s demande-nt la validation du texte à la rédaction ;
  • si le texte est mûr, validation par la rédaction et programmation de la publication (en fonction, notamment, de l’actualité)
  • publication : les auteurs en sont informés par mail et sont invités à assurer aussi, dans leurs réseaux, la diffusion de leur texte. La newsletter de the Conversation France, la page Facebook et le compte Twitter du média y contribuent également (le community manager s’emploie d’ailleurs à taguer, dans les posts, les établissements d’origine des rédacteurs pour les inviter à relayer les productions du leurs chercheurs).
Logo the Conversation France

Logo de the Conversation France avec son slogan : « L’expertise universitaire, l’exigence journalistique »

Intrigué et séduit par cette initiative originale, je me suis lancé et ai rédigé (seul ou en binôme) quelques articles pour ce média, depuis mars 2016 (ceci est de l’auto-citation non déguisée …) :

Depuis, je ne regrette pas du tout ! Il faut juste, lorsqu’une idée me vient, que je réfléchisse à son positionnement par rapport à l’endroit où je souhaite l’évoquer : soit sur the Conversation, soit sur ce blog, soit sur le blog du Lapin blanc de l’ESR sur lequel j’écris également parfois. Le choix de la destination est bien entendu lié à la tonalité et à la nature du contenu.

Quelques mois après le début de cette expérience, voici donc mon top 5 des bonnes raisons d’écrire sur the Conversation :

  • sur le principe, the Conversation contribue à affirmer l’université comme acteur de la Cité : le monde de la recherche regorge de scientifiques qui peuvent éclairer le grand public sur des sujets complexes ;
  • écrire sur the Conversation, c’est donc apprendre à dialoguer avec la cité et les journalistes : une telle expérience permet aux chercheurs de prendre conscience des différences de langages et d’objectifs entre chercheurs et journalistes, et d’adapter son discours en conséquence (sans pour autant sacrifier à la rigueur scientifique). C’est un réel exercice de médiation scientifique ;
  • c’est aussi apprendre l’écriture collaborative : si cette dernière est déjà pratiquée pour des publications de recherche, the Conversation offre une autre opportunité de s’y exercer, en ligne, dans le cadre de textes destinés au grand public ;
  • à une époque où sont nombreuses les critiques à l’égard de la presse, de son objectivité, et/ou de l’inexactitude de la manière dont elle aborde les questions scientifiques, the Conversation constitue une occasion de contribuer soi-même à changer les choses, d’apporter sa pierre à l’édifice du partage des connaissance issues de la recherche. En outre, la saisie obligatoire des éventuels conflits d’intérêts qui entourent le rédacteur, permet d’inciter à une approche éthique de l’engagement des scientifiques dans le débat citoyen ;
  • c’est aussi donner du sens à son travail de recherche, en l’articulant avec des débats de société et en prenant conscience du rôle que le chercheur peut jouer pour le débat public et, osons l’écrire, pour la qualité de la démocratie.

Bon, ok : j’ai un peu triché dans le titre de cet article, mais je voulais expérimenter le fait de publier quelque chose avec un titre pareil, à force d’en voir passer sur les réseaux sociaux … Ceci dit, à défaut d’être surprenante, la 4ème raison n’en est pas moins séduisante …

Mais l’essentiel n’est pas là : the Conversation constitue une initiative vraiment intéressante qui mériterait de gagner davantage d’auteurs mais aussi de lecteurs. J’ai pour ma part pris l’habitude d’intégrer the Conversation à ma veille quotidienne en RSS : chaque matin, je peux d’un coup d’oeil consulter l’ensemble des articles publiés, dans les différentes thématiques. On y trouve parfois des contributions à des années lumières de ce qui m’intéresse habituellement, mais qui se trouvent parfois très intéressantes et m’invitent ainsi à me poser de nouvelles questions, creuser de nouveaux sujets. C’est un bon moteur de curiosité.

Bref : n’hésitez pas à faire connaître autour de vous, et pourquoi pas à y contribuer ?

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La recherche est-elle de la recherche ? Le regard d’un insider sur les expertises du Crédit Impôt Recherche

Voici qu’approche la dernière rentrée avant les présidentielles et les législatives de 2017, à l’occasion desquelles les différents candidats préciseront leurs visions et propositions pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR). S’il y a un sujet qui n’a pas attendu ces échéances pour s’animer, c’est celui autour de la pertinence du Crédit Impôt Recherche (CIR), au sujet duquel deux camps s’affrontent : outil indispensable au développement de la recherche privée pour les uns, juteuse manne qui serait mieux investie si redéployée dans la recherche publique pour les autres.

Le hasard des réseaux sociaux fait que je peux aujourd’hui vous proposer un éclairage nouveau sur le CIR, au travers de l’un des experts mandatés par l’Etat pour expertiser la dimension scientifique des dossiers de CIR des entreprises. Il s’agit de Mix (son compte twitter, son blog), qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions en août 2016.

Comment devient-on expert pour le CIR ?

Avant de s’intéresser au processus d’évaluation scientifique pour lequel il est mandaté, j’ai cherché à comprendre comment, et pourquoi, Mix était devenu expert CIR.

“Je suis maître de conférences dans un établissement public d’enseignement supérieur. Un jour, j’ai reçu via mon établissement un mail annonçant la tenue prochaine d’une réunion d’information pour chercher des nouveaux experts. J’y suis allé par curiosité et j’ai demandé à faire un dossier pour avoir une autorisation de cumul”.

Le Ministère cherche donc à étoffer son pool d’experts. Mais au fait, quelles étaient les motivations de l’intéressé ?

“De la curiosité avant tout : cela fait longtemps que je m’intéresse au fonctionnement du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche français. Et on parle beaucoup du CIR, sans forcément bien en connaître les mécanismes. D’un point de vue plus carriériste, la qualité d’expert scientifique en général, outre un intérêt intellectuel, peut être un plus sur le CV. Il peut y avoir également un intérêt financier, même si j’ignorais à l’époque tout de cet aspect. J’ai reçu ce mail sur la réunion, alors je suis allé voir.”

Une hypothèse aurait pu être qu’une des motivations de Mix tenait à un éventuel engagement antérieur vis-à-vis du débat actuel sur le CIR, hypothèse qui ne s’applique pas dans son cas :

“Je suis assez pragmatique, et du coup je suis rarement hyper tranché sur un truc. Je ne suis pas un fan a priori du CIR mais je trouvais ça intéressant, en tant que “pas fan” de voir comment ça marche. Je ne fais pas exprès pour autant de rendre des expertises plus sévères, et si on me demande d’être bienveillant, je le suis. Et puis, les gens que j’ai rencontrés au MENESR sont plutôt gentils et font leur boulot avec sérieux. On est loin du grand complot selon lequel « on balance l’argent public aux entreprise ». On peut être contre, mais quand tu vois les gens travailler tu vois qu’ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont. Ils font leur job quoi. Et d’ailleurs, ils ne sont pas très stressés par l’alternance potentielle. Les changements de ministre, ça ne les panique pas trop.”

Ce dernier commentaire renvoie au constat selon lequel, en dépit des alternances politiques et des débats à son égard, le CIR s’inscrit bel et bien dans la durée dans le paysage des politiques publiques françaises.

Mais revenons aux motivations de Mix pour devenir expert CIR. Muni de mon mauvais esprit, je demande alors à Mix si ce n’est pas la rémunération qui a pu l’attirer :

“En gros, ça m’a apporté 200€ de complément salarial brut l’an dernier, et cette année 800€. Ce n’est pas non plus monstrueux, mon collègue au labo qui en fait le plus est peut-être à 2000€ l’année. Après les séniors qui ne font quasiment plus rien d’autre doivent pouvoir monter plus haut. Mais ce n’est pas ça qui changera mon quotidien de toutes façons.”

Le barème d’indemnisation de ces expertises dépend de la nature de la mission :

  • Agrément (atteste qu’un opérateur de recherche peut être sous-traitant d’activité de R&D en permettant à son commanditaire de l’inclure dans son assiette de CIR) : 100€ par mission
  • Rescrit CIR / JEI (demande à l’administration fiscale de prendre position sur l’éligibilité d’une entreprise au CIR ou au statut de Jeune Entreprise Innovante) : 160€ par mission
  • Les dossiers produits dans le cadre de contrôle fiscaux : l’indemnisation des experts est alors assise sur le volume des dépenses de R&D concernées, de 200€ (moins de 50k€ annuels de R&D) à 1000€ (volume de R&D supérieur à 10M€) par entreprise.

Nous y voyons un peu plus clair sur la rémunération des expertises. Mais au fait, les experts CIR sont-ils sélectionnés ?

“Tu as un petit dossier à remplir pour expliquer qui tu es et ce que tu fais, mais je ne sais pas si ce dossier sert. Il faut rentrer en contact avec quelqu’un. J’ai l’impression que ce qui fait un bon expert c’est quelqu’un qui est réactif, même si ce n’est pas un gage de qualité : les expertises sont-elles rendues dans les temps ? L’évaluation est-elle crédible ?” 

Expertiser la recherche pour le CIR : une affaire d’expérience

Maintenant recrutés, nos experts vont pouvoir passer à l’action. Mais auparavant, sont-ils formés ?

“Il y a cette fameuse réunion d’information. Le choix du MENESR que je ne trouve pas forcément adapté est qu’elle n’est pas réservée aux nouveaux experts mais est ouverte à tous les experts qui veulent y aller. Il y a des gens qui vont à toutes, alors qu’ils font du CIR depuis 15 ans ! Du coup, la réunion se transforme en trucs de spécialistes avec des choses hyper pointues, des experts séniors qui monopolisent la parole. Quand tu débutes, très vite tu ne comprends rien. On te donne des documents, des powerpoints et des liens vers des pdf, un guide de l’expert et un “guide l’entreprise” qu’ils donnent aux entreprises qui le demandent. Mais la formation en tant que telle n’existe pas vraiment. Mais après, en discutant avec les personnels dédiés du Ministère, on t’explique des choses et finalement en recoupant les infos et prenant quelques notes on finit par comprendre (…) Pour m’aider dans ma rédaction on m’a donné des modèles. ”

Reste à être attributaire d’une mission. Comment les missions sont-elles confiées aux experts ?

“Une fois dans la liste des experts du Ministère, 6 mois après, je n’avais pas reçu un seul mail. J’ai envoyé un ou deux messages pour dire que j’étais à disposition. J’ai fini par comprendre que si tu ne passais pas les voir, on ne te confiait rien. C’est un peu comme un endroit VIP : quand tu es entré une fois, on fait appel à toi. J’ai l’impression que l’attribution se fait de manière plutôt informelle et par expériences successives. On est re-sollicité après avoir donné satisfaction auparavant. Du coup c’est un peu difficile au début, parce qu’il faut mettre le pied dans la porte et convaincre le ministère de vous confier un dossier, les relancer. Avec le temps, j’imagine qu’on est connu et reconnu comme légitime.”

Ce récit apparaît quelque peu paradoxal : si le ministère cherche à étoffer son pool d’experts, autant leur confier des missions. En outre, on constate ici aussi que l’expérience semble jouer un rôle central, tant pour se voir confier de nouvelles missions, que pour développer son expertise. Quelques conseils sont néanmoins suggérés aux experts :

“Tu dois justifier tes avis, alors le ministère te fait comprendre que si tu es mitigé ou que tu n’es pas sûr, il vaut mieux être plutôt gentil que méchant : « dans le doute, vas y ». Et puis, il faut bien sûr tourner les choses de façon un peu politique, il faut que la boite accepte la sentence. Les avis sont ensuite relus, validés, et éventuellement édités par ton contact au ministère sur le dossier.

CIR et recherche : histoire d’une ambiguïté ?

Mix fait allusion à ses doutes : il explique que sa principale difficulté tient à la définition de la notion de “recherche”.

“Tu dois analyser les ressources et le personnel, voir si elles sont conformes et réalistes par rapport à ce que le projet décrit devrait comporter, si ce n’est pas exagéré (…) Il y a le cas simple de la recherche fondamentale, mais aussi un flou entre recherche appliquée et développement expérimental. Dans un dossier que j’expertisais, on me citait la typologie du manuel de Frascati, mais ce n’est pas la même définition que celle de mon guide de l’expert. L’un des responsable au Ministère m’a expliqué que la “recherche”, c’était ma définition à moi. Alors c’est difficile quand c’est le premier dossier de ta vie. En même temps, si j’appliquais ma définition issue d’un labo, je refuserais tout. La notion de « développement expérimental », c’est assez touchy, car on te dit qu’il faut faire appel à de nouvelles connaissances qui permettent de débloquer un verrou scientifique pas cité dans l’état de l’art. Ce n’est pas toujours facile de discriminer “l’incrémental nouveau” vs “le pas nouveau” ? Dans les guides, le vocabulaire est un peu ronflant, mais ce n’est pas facile de fixer une frontière. Il y a d’ailleurs des contestations, souvent fondées sur une “vision” différente de ce qu’est la recherche, entre la boîte (et ses avocats ou conseils) et l’expert. Cela peut donner lieu à une ou plusieurs contre-expertises …”

Que faire pour y remédier ?

“Peut-être qu’il pourrait y avoir un philosophe des sciences qui ferait une définition claire et précise ? Mais c’est sans doute impossible, car j’imagine que ça dépend aussi du domaine dans lequel tu travailles. C’est un peu là dessus que le bât blesse. On me demande d’évaluer la recherche sans s’accorder sur ce qu’est la recherche. Surtout dans les cas tangents. Dans l’industrie, il y a bien sûr des cas faciles à évaluer, mais c’est parfois compliqué à juger.”

Ces commentaires sont intéressants, parce qu’ils renvoient au fond de ce qui est attendu de l’expert CIR : déterminer si l’activité pour laquelle une entreprise revendique du CIR, peut-être oui, ou non, qualifiée de “recherche”. Même pour un expert connaisseur du champ scientifique parce que praticien de la recherche, la réponse ne semble pas toujours évidente. C’est peut-être aussi de cette façon que peut être relu le débat sur le CIR : il demeure une forme de suspicion quant à la réalité des activités de R&D financées avec le CIR, que l’expertise cherche à lever sans que ce soit nécessairement évident. Or, comme le reconnaît Mix, le regard d’un chercheur “d’un labo” est déjà très spécifique, et pas forcément transférable à toutes les activités de R&D, a fortiori du secteur privé.

Alors, finalement, quel message final Mix voudrait-il nous faire passer au sujet du CIR ?

“C’est vrai que j’enseigne dans un milieu industriel, je suis passé par une école d’ingénieurs et je travaille avec des formations en apprentissage. Je suis des apprentis, je vais les voir dans leurs boites. C’est pas mal d’aller voir comment une usine fonctionne, comment les boites font leur recherche. Le CIR, c’est une autre facette de ça. J’ai accès à des infos qui me permettent de connaître des boites que je ne connaissais pas. C’est intéressant intellectuellement.”

Que retenir de ce témoignage de Mix ?

  • d’abord, on y voit un peu plus clair sur le fonctionnement du CIR et des contrôles opérés ; en outre, et ça va mieux en l’écrivant, ce témoignage montre bien que ces contrôles existent bel et bien.
  • si ces derniers peuvent être jugés perfectibles en termes d’organisation, une interrogation majeure émerge : qu’est-ce que la recherche  ?

Si le « chercheur de labo » en a une définition et une approche issues de ses pratiques et de son expérience, l’entreprise a tout intérêt à en défendre une conception qui lui permette de maximiser ses dépenses éligibles au crédit d’impôt. L’expert CIR se trouve à la jonction de ces deux logiques.

Merci à nouveau à Mix d’avoir pris le temps de nous faire part de son expérience.

Edit 1er septembre 2016 : Mix a également publié un article de blog pour compléter son propos, accessible ici.

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Laïcité : le(s) cas des doctorants

Il n’aura échappé à personne que le premier ministre a relancé le débat sur l’interdiction du voile dans les universités, débat rapidement clos par le Président de la République. Je ne vais pas chercher à débattre ici de l’éventualité d’étendre cette interdiction aux étudiants, mais poser la question d’une partie de la population universitaire : les doctorants.  Continue reading

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Un enseignant-chercheur en maths singulier (*)

Lorsque je suis arrivé à Nancy en 2004, c’était pour faire des études de mathématiques (le DEUG vivait ses dernières années …). J’ai eu l’occasion d’y croiser un certain nombre d’enseignants-chercheurs, et c’est de l’un d’eux que je souhaite vous parler aujourd’hui : Vladimir Latocha. C’est même, depuis, un ami : c’est donc avec cet ami que je déjeune le 12 février 2016, afin de recueillir quelques uns des propos utiles à cet article.

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Complot, hoax, rumeurs … Éduquer à l’humilité à l’heure du numérique

Pour ce premier article de 2016 (au passage, tous mes voeux à celles et ceux à qui je n’ai pas encore eu l’occasion de les présenter), je souhaitais évoquer l’un des défis qui s’offre au monde éducatif en général, et universitaire en particulier : éduquer à l’humilité.

Cette idée d’article m’est venue après une succession d’expériences, et tout récemment la lecture de cet article sur le site du journal anglais « The Guardian » : Why people fall for pseudoscience (and how academics can fight back).

Cela fait de nombreux mois que je suis plus particulièrement marqué par la vitesse à laquelle se propagent rumeurs, hoax, théories complotistes (exemple hallucinant: les Chemtrails, présentés par ce site « exemplairement » complotiste …). Pensons également à ces personnes persuadées que les attentats de janvier 2015 ont été téléguidés par on-ne-sait quel service secret (d’ailleurs, si on ne le sait pas, c’est bien que c’est un complot, n’est-ce pas …).

Pensons également à la « Rumeur du 93 », sur laquelle revenait il y a quelques années le magazine « Envoyé Spécial »: les pouvoirs publics organiseraient sciemment le déplacement de populations étrangères dans certaines villes, dont les mairies (ou les maires, selon les versions) seraient « dédommagés » en conséquence. Inutile de préciser que l’extrême droite n’est pas la dernière à diffuser ce type de rumeurs (et surtout, à ne pas chercher à discerner le vrai du faux).

Malgré les nombreux démentis et tous les arguments rationnels déployés pour les contrer, on voit bien que ces rumeurs persistent. Elles se déploient et se développent d’autant plus facilement que l’espace numérique permet de les diffuser, à la vitesse d’un clic sur un réseau social. Ainsi en est-il également de ces artistes, décédés 3 ou 4 fois (pauvre Pierre Mondy) parce que des internautes à la mémoire courte repartagent des articles publiés il y a 5 ou 10 ans, en s’arrêtant à leurs titres et sans en chercher la date d’origine.

Je repense à ce cours de méthodologie universitaire que j’ai récemment donné à des étudiants de L1 : je leur avais distribué un texte hallucinant issu d’un site douteux, selon lequel la vaccination pouvait causer l’autisme. Après 15 minutes, premier échange avec les étudiants : tous finissent par me dire qu’ils vont y réfléchir à deux fois avant de se faire vacciner, reprenant les arguments de l’article dont le contenu était pourtant douteux. Mais pas un ne semblait douter de la validité du document qui était sous leurs yeux. Nous avons ensuite pris 30 minutes pour déconstruire ce texte, et mettre en évidence le procédé argumentatif employé pour manipuler le lecteur, ainsi que les arguments infondés dont il regorgeait. Mais en première lecture, ce n’est pas la démarche que ces étudiants, pourtant bacheliers, avaient entreprise (un enseignant qui distribue un texte faux, il ne manquerait plus que ça !).

Quelle voie ?

Je repense aussi à un séminaire à l’Académie des Technologies, durant lequel avait été présentée une enquête du CREDOC sur le risque technologique : elle montrait que plus leur niveau d’études était élevé, plus les individus se méfiaient du progrès technologique. Ce qui m’avait interloqué, c’était la réaction de l’assistance, constituée de nombreux universitaires et chercheurs de haut niveau : « mais comment donc ? Un tel niveau de méfiance à l’égard des OGM de la part de Bac + 5 ? ». Plutôt que les résultats de l’enquête, c’est surtout cette réaction qui m’interpellait : sur le fond, il est logique qu’avec un niveau d’étude qui s’accroît, les gens « doutent » davantage. Mais jusqu’où douter ?

Au travers de ce dernier exemple comme des précédents, on voit que notre société est plus que jamais confrontée à la question du doute, dans un contexte où la population n’a jamais autant accédé à l’éducation, ainsi qu’à l’information. Or, l’accès à l’information ne signifie pas son appropriation éclairée : cela s’apprend, cela s’éduque.

Or, si on se réfère aux propos de Peter Gumbel dans Elite Academy, le système éducatif français enseigne davantage à trouver la bonne réponse plutôt qu’à déconstruire les mauvaises pour les comprendre (et capitaliser dessus). N’ayant pas de point de comparaison, je ne sais s’il faut lui donner tort ou raison. Quelques universitaires français tentent néanmoins d’expérimenter une démarche autour de la zététique, comme le collectif CORTECS dont Educpros s’était fait l’écho il y a quelques années, ainsi que le journal le Monde il y a un an. De même, le véritable enjeu de l’enseignement du code à l’école n’est-il pas de procurer aux jeunes une forme de réflexivité vis-à-vis des outils numériques (plutôt que prétendre former des enfants de 5 ans en vue de leur futur métier de programmeur, comme on peut l’entendre parfois …) ?

Le phénomène n’est pas neuf : la rumeur semble aussi vieille que l’humanité, mais ne s’est jamais diffusée aussi vite. Si certains parlementaires pensent qu’ils pourront régler le problème en interdisant les hoax, comment notre système éducatif peut-il prendre en compte la transformation numérique et sa capacité à générer et diffuser tout et n’importe quoi ? Dans le supérieur, la démarche zététique telle que développée à Grenoble n’aurait-elle pas vocation à essaimer ailleurs en France ?

Bref, plutôt que de former aux certitudes, n’est-il pas temps d’enseigner une humilité raisonnée ? Tiens, voilà qui ressemble au projet intellectuel de l’Université …

Nb :
– le Grand Nancy organisera en septembre 2016 un colloque sur « l’humanisme numérique », qui sera nécessairement l’occasion d’aborder la question éducative. Je tâcherai d’en donner des échos sur ce blog ;
– pour celles et ceux que cela amuserait, vous pouvez suivre cette page Facebook qui raille les « anti-vaccins ». Avec une limite : est-ce en moquant que l’on convainc ?

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Doctorants CIFRE en SHS, quelques nouvelles pour vous

Il y a un an, je vous parlais de l’Association des Doctorants CIFRE en SHS (ADCIFRESHS), dont la création venait d’être officialisée.

ADCIFRESHS

Depuis, l’association a grandi et a notamment organisé un colloque, à Rennes, les 3 et 4 septembre. Soutenue par de nombreux partenaires (laboratoires et écoles doctorales en particulier), l’association a ainsi pu travailler durant deux jours sur les problématiques spécifiques aux doctorants CIFRE en SHS, en s’appuyant notamment sur un appel à communications : La recherche en funambule : établir une approche critique tout en étant engagé par et dans son terrain.

Radio Campus a par ailleurs réalisé une émission dédiée à ce colloque, à laquelle vous pourrez accéder ici.

L’association prépare désormais son Assemblée Générale annuelle, qui se déroulera le 27 novembre à Paris. Elle lance à cette occasion un appel à bénévoles pour aider l’association à poursuivre son activité et en développer de nouvelles.

L’adhésion à l’association est ouverte à tout doctorant CIFRE en SHS, ainsi qu’aux docteurs et aux étudiants de Master se destinant à la préparation d’une thèse de Doctorat : ces derniers pourront ainsi bénéficier d’un réseau et de conseils dans cette perspective.

L’actualité des CIFRE en SHS vient d’être marquée par le jugement rendu par la cour administrative d’appel de Paris, qui estime que le droit ne fait pas partie des disciplines qui peuvent être considérées comme donnant lieu à des activités de « recherche » au sens attendu pour l’éligibilité au Crédit d’Impôt Recherche : si cette décision fait jurisprudence, le cumul de la subvention CIFRE avec le CIR ne sera plus possible pour certaines disciplines (dont le droit). C’est un coup dur au moment où le Ministère s’apprête à annoncer un plan autour du Doctorat et a fait état de son intention de développer le nombre de thèses CIFRE soutenues par l’État (objectif : passer de 4200 à 5000 d’ici à 2016).

Surtout, une telle décision semble repose sur une conception de la recherche d’abord axée sur les sciences dures. Une approche dont on ose à peine imaginer les dégâts à termes, surtout lorsqu’on pense aux fermetures d’universités et laboratoires en SHS annoncées récemment au Japon. Or, comme l’écrivait récemment Olivier Bouba-Olga : « la recherche en sciences sociales, ça peut servir, vous savez ? »

C’est donc plus que jamais le moment de s’engager pour une reconnaissance et une valorisation globale de la science et de la recherche…

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Bourses sur critères sociaux des CROUS : les barèmes et montants pour 2015-2016

Comme chaque année, les taux et barèmes des bourses sur critères sociaux gérés par les CROUS et le réseau des oeuvres ont fait l’objet d’une publication au Journal Officiel.

  • un premier texte fixe les montants de ces bourses, associés aux 8 échelons de bourses. Pour la prochaine année universitaire, ces montants iront, outre l’exonération des droits d’inscription et de sécurité sociale, jusqu’à 5545€ pour 10 mois de bourse. Le détail peut être consulté ici.
  • un second texte traite des modalités et critères d’éligibilité. Il peut être consulté ici. Ce document présente, en fonction des points de charge propres à la situation de l’étudiant, les plafonds de ressources qui déterminent l’éligibilité d’un étudiant aux différents échelons de bourses, et donc aux montants associés.

Pour l’anecdote, le dernier article que j’ai publié sur ce sujet en 2013 fait l’objet de nombreuses visites régulières, ce qui laisse à penser que le grand public est peut être en demande de davantage d’informations précises quant à ces critères.

Bel été à toutes et à tous !

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