Classer les villes universitaires ?

Les classements des établissements d’Enseignement Supérieur et de Recherche, de type « Shanghai » ou « Times Higher Education » sont l’objet de nombreuses controverses. Beaucoup de tribunes et de chroniques ont déjà été écrites par les uns et les autres sur le sujet, je souhaite donc ici évoquer plus particulièrement les classements des villes universitaires sur des critères de « villes étudiantes ».

A ce titre, j’en signale 2 :
– celui du magazine l’Etudiant, daté de 2011 : « Les villes où il fait bon étudier »
le QS Best Student Cities 2012

Pour chacun d’entre eux, on retombe fort logiquement sur un écueil automatique : tout classement repose sur une méthodologie déterminée et supposant des choix. Pour chacun de ces classements, je vous propose donc une remarque méthodologique sujette à discussions :

– par exemple dans le classement de l’Etudiant, le critère « logement » est envisagé au regard de « l’offre de chambres CROUS rapportée au nombre d’étudiants ainsi que les prix moyens des loyers dans le privé ».  Bien sûr, l’écueil majeur de ce choix réside dans la dimension qualitative qui n’est présente qu’indirectement. Une ville disposant d’un nombre conséquent de chambres en cités U peut ainsi être bien « notée » alors que la qualité du parc n’est pas satisfaisante. Par ailleurs, le nombre de chambres en Cité-U peut fluctuer de manière assez conséquente d’une année à l’autre en raison des chantiers de rénovation conduits en général « bloc de bâtiments par bloc de bâtiment ». Les prix ne sont pas nécessairement non plus des indicateurs de qualité, car sont aussi le fruit de la situation du marché du logement (étudiant ou non) dans la ville considérée.
Sur ce sujet du logement, peut-être le projet de « label » porté par le CNOUS permettra-t-il d’avoir une approche qualitative nationalement normée ?

–  j’en viens au QS Best Student Cities 2012. La note méthodologique précise que compte-tenu de la grande quantité de villes dans le monde qui pourraient prétendre au titre de « ville étudiante », il a été décidé de ne retenir que les villes d’une taille supérieure à 250 000 habitants ET dont deux établissements figurent dans un autre classement (le QS World University Ranking). Ces choix signifient donc que le classement hiérarchise les villes étudiantes en fonction du classement « académique » de ses établissements d’enseignement supérieur, alors que ce classement est d’ailleurs lui même déjà sujet à caution. Par ailleurs, de tels choix présupposent de ne classer que des villes de taille conséquente, et on retrouve donc le « big is beautiful« … Un classement mondial dans ces conditions a-t-il un sens ?

Nous n’allons pas refaire ici le débat sur les classements, mais on ne rappellera jamais assez à quel point il importe de considérer ces outils à la lumière de leur méthodologie. Si les deux éditeurs des classements proposés ont bien mis en ligne quelques éléments de méthodologie, les reprises media qui ont circulé sur la toile ont été bien moins prudentes, de même que les réactions des villes classées. L’initiative U-Multirank apportera peut-être une solution de ranking multicritérisée plus prudente.

Une question pour finir : ces outils, conçus également en lien avec la notion d’attractivité d’un territoire, ne devraient-ils pas être pondérés par le cycle d’étude, dans la mesure où les stratégies de mobilité nationale et/ou internationale des étudiants sont marquées par leur niveau d’étude et leur situation sociale : de manière générale, le premier cycle est celui de la proximité tandis que le second est plus favorable à la mobilité. Sur ce sujet, voir l’enquête « Conditions de vie des étudiants » (indicateur 2E4) de l’OVE ainsi que l’ouvrage « Les mondes étudiants ».

Ces classements ne sont-ils pas à relativiser au regard de la réalité de la notion de « choix » d’une ville d’étude par les étudiants ?

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2 Responses to Classer les villes universitaires ?

  1. Pingback: Nancy, "ville où il fait bon étudier" – Parution du classement de l’Etudiant | Le blog de Romain Pierronnet

  2. Pingback: Echos du colloque « Palmarès universitaires et hospitaliers » organisé par l’IAE Gustave Eiffel de l’UPEC | Le blog de Romain Pierronnet

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