Sociologie du lave-linge chez les étudiants …

Excellente nouvelle : l’Observatoire de la Vie Etudiante vient de se doter d’un compte twitter. Voici une information qui me donne l’occasion d’aborder un des passages d’une de ses publications récentes : Les mondes étudiants, ouvrage marquant le début de l’exploitation de l’enquête triennale « conditions de vie » de 2010 et qui constitue une véritable bible en la matière.

Je reviens ici sur le chapitre 16 de cet ouvrage, rédigé par Arnaud Régnier-Loilier (Chargé de Recherche à l’INED) : Situation résidentielle des étudiants et retour au foyer parental le week-end : une marche progressive vers l’indépendance.

L’article s’intéresse aux notions d’indépendance et d’autonomie chez les étudiants, deux notions dont il est fréquent d’entendre parler et en particulier en cette période électorale. L’auteur aborde tout d’abord la prise d’autonomie des étudiants au travers du logement : à mesure qu’ils avancent dans leurs études, les étudiants quittent progressivement leurs parents (rappelons qu’environ 30% des étudiants vivent chez leurs parents). C’est tout sauf une découverte me direz-vous, mais là où ce travail devient amusant et intéressant c’est au travers du critère « de la machine à laver ». En effet, l’enquête 2010 de l’OVE demandait aux répondants où ils lavaient leur linge : bien sûr, la tentation était forte de chercher une corrélation avec la fréquence déclarée de retour au domicile parental le week-end :
– en moyenne, 42% des garçons contre 37% des filles déclarent laver leur linge sale en famille, au sens propre …
à 20 ans, 24% des étudiants possédant un lave-linge rentrent tous les week-ends en famille contre 45% pour les autres … Et l’auteur de s’interroger quant au caractère éventuellement intéressé des retours des étudiants chez leurs parents ; Cliché ?

N’oublions pas cependant que :
– beaucoup d’entre eux n’ont pas de quoi se payer une machine à laver, ou pas la place dans leur logement pour en installer une
– le « lave-linge » peut être interprété comme un indicateur ou comme un déterminant des stratégies résidentielles et d’autonomisation des étudiants vis à vis de leurs parents. Ce sont là deux approches différentes mais bien sûr pas incompatibles

Autre approche intéressante : la prise d’indépendance des étudiants vis à vis de leurs familles sur le plan fiscal. Fort logiquement, on peut retrouver une corrélation entre indépendance au sens fiscal et fréquence des relations avec les parents. L’auteur se propose également de considérer ces données au regard de la conservation ou non du logement pendant l’été, comme indicateur de la stabilité résidentielle de l’étudiant. A titre d’illustration, seuls 29% des étudiants disposant d’un logement individuel ne le conservent pas (55% le gardent et 16% ont déclaré ne pas encore le savoir) ; une donnée qui rappelle que la plupart des étudiants payent encore un loyer durant l’été …

On le voit ici à nouveau, les comportements et stratégies des étudiants relativement à leurs conditions de vie sont complexes et multi-factorielles. Les concepts d’autonomie et d’indépendance des étudiants vis-à-vis de leurs parents restent à manier avec précaution, en prenant garde à la tentation de la généralisation …

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6 Responses to Sociologie du lave-linge chez les étudiants …

  1. Mon métier de conseillère en agencement & décoration m’a plusieurs fois confrontée à cette question quasi existentielle de la vie étudiante: lave-linge ou pas lave-linge? Mais en tant que mère de jeunes étudiants indépendants, je dois dire que cet article sur la sociologie du lave-linge m’a à la fois amusée et intéressée: c’est toujours une joie de retrouver ses enfants le WE; c’est encore mieux s’ils ont eu le temps de passer au lavomatic dans la semaine! L’indépendance, c’est aussi prendre soin de son petit « chez soi », s’aménager son propre univers… Oui, oui, c’est possible, même avec un tout petit budget!

    • Merci d’abord pour votre message. J’ai eu la même réaction que vous lorsque je suis tombé sur le texte de l’OVE que je cite dans mon article. La question du linge fait partie des représentations classiques du milieu étudiant, et pour cause : elle relève du « fait social ». Le lave-linge est à la fois un révélateur et un paramètre de la notion « d’autonomie » chez les étudiants. Comme vous y faites d’ailleurs allusion en parlant de « son petit chez soi ».

  2. Merci de votre réponse et bravo pour ce blog atypique et bien documenté.

  3. Pingback: Transports d’étudiants | Le blog de Romain Pierronnet

  4. C’est un point de vue tout à fait original pour analyser l’autonomie des étudiants mais finalement assez révélateur. Les étudiants sans lave-vaisselle ni lave-linge doivent également être les plus doués en terme d’organisation !

  5. Albert says:

    J’étais un étudiant aussi. J’ai obtenu mon diplôme en 2015. Je sais que laver est un cauchemar. En retournant chez moi, un de mes buts était de laver mon linge. Mais il faut certainement acheter une mini machine à laver pour le faire chez soi (dans le foyer). Et pour la transporter (et la cacher car peut être certains foyer ne le permet pas) n’oublie pas de la choisir de petites dimensions (ce tableau comparatif peut aider : http://machine-a-laver-linge.com/mini-machine-a-laver/ )

    Albert.

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