Une lecture critique de la note du CAS sur l’implication des universités dans la vie étudiante

Le Centre d’Analyse Stratégique (CAS) a récemment publié une très intéressante note comparative des degrés d’implication de plusieurs universités étrangères quant aux questions de vie étudiante. La note prend soin de distinguer les services dits « péri-universitaires » (ayant un fort lien avec les aspects pédagogiques) des aspects dits « para-universitaires » (qui ont plutôt trait à l’environnement et aux conditions de vie), ce qui souligne d’ailleurs toute la polysémie du terme de « vie étudiante ».

J’ai moi même travaillé sur la question de l’implication des universités françaises dans les questions de « vie étudiante » dans le cadre de mon mémoire de Master 2 « Développement et Management des Universités », mémoire dont je propose une synthèse en accès libre en cliquant ici.

La note du CAS est particulièrement intéressante, notamment en cette période d’assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Prenons le temps ici de commenter les différentes préconisations qui en ressortent.

« Renforcer par priorité les services péri-universitaires, en particulier l’orientation scolaire, l’accompagnement pédagogique et l’insertion professionnelle. À cette fin, les universités gagneraient à :

  • mieux connaître les attentes de leurs étudiants ;
  • centrer leur organisation institutionnelle sur eux ;
  • cibler ceux qui en ont le plus besoin. »

Une meilleure connaissance des attentes des étudiants peut être obtenue par le développement non seulement des observatoires universitaires (dont l’essentiel des activités porte souvent sur les enquêtes d’insertion professionnelle) mais aussi d’observatoires en prise avec le territoire. En Lorraine, les agences d’urbanisme de Metz et de Nancy sont par exemple en train de mettre en place un observatoire de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, susceptible de permettre la co-construction par les acteurs (établissements, collectivités etc.) de diagnostics partagés. La création de ce type d’observatoire permet par ailleurs d’accorder les acteurs quant au vocabulaire qu’ils emploient (mon exemple favori : fac ? Université ?) et participe ainsi à leur découverte mutuelle.

De manière plus générale, une prise en compte accrue des étudiants dans la définition des politiques universitaires peut également être interprétée comme relevant d’un phénomène d’empowerment de l’usager d’un service public, dans un contexte institutionnel de recherche de la performance au regard des besoins du public.

« Améliorer les services para-universitaires (et particulièrement le logement et la restauration) pour les adapter aux spécificités locales :

  • déployer plus largement des schémas directeurs de vie étudiante ;
  • traduire, par une plus grande contractualisation, le renforcement des collaborations entre les acteurs dans l’enveloppe de ces schémas. »

En France, c’est notamment le CROUS qui assure une part conséquente de l’organisation des activités para-universitaires des étudiants. C’est bien entendu le cas du logement et de la restauration, à caractère social. Mon mémoire m’a d’ailleurs permis de voir comment les universités pouvaient ressentir de manière de plus en plus prégnante la dimension stratégique de ces aspects dont elles n’ont pas la responsabilité directe. Il importe donc que les universités puissent investir les réseaux de politiques publiques afin de pouvoir peser davantage dans les stratégies de ses partenaires.

Le recours aux outils de type « contrat » ou schémas directeurs est néanmoins à aborder avec mesure, ces outils pouvant surtout être interprétés comme symptomatiques de la difficulté de réguler les politiques et stratégies d’une multitude d’acteurs tantôt en situation de coopération, tantôt en situation de compétition (voir sur ce sujet les travaux de Jean-Pierre Gaudin par exemple). Les schémas directeurs n’en sont néanmoins pas forcément inutiles : ils doivent être conçus en lien et en cohérence avec d’autres supports de l’action publique (CPER, contrats et schémas immobiliers etc.). Leurs coûts d’élaboration (faisant parfois intervenir des cabinets privés) peuvent excéder leur intérêt réel. Il convient enfin de garder à l’esprit que ces outils ne survivent pas toujours aux alternances politiques (qu’elles soient universitaires, au niveau de l’Etat ou des collectivités). C’est d’ailleurs parfois fort heureux …

« Orienter davantage les moyens (dotations publiques et ressources propres) des universités vers le développement des services péri-universitaires en envisageant trois options non exclusives :

  • la poursuite du rattrapage du financement des universités relativement aux autres formations supérieures ;
  • la différenciation des crédits alloués aux universités en fonction du profil scolaire des étudiants accueillis ;
  • l’augmentation des financements des collectivités territoriales, des entreprises et des étudiants. »

Le volet « financier » est bien entendu particulièrement sensible en cette période de rareté de la ressource publique. La proposition du CAS introduit ici la notion d’équité au travers de critères sociaux dans le modèle d’allocation des moyens (aujourd’hui appelé « modèle SYMPA »). Des égards extrêmement importants existent par ailleurs entre les établissements quant aux origines scolaires (et en variable cachée, sociales …) de leurs étudiants, ne serait-ce que par la nature de leurs composantes (et des modes de sélection qu’elles exercent éventuellement pour leurs formations). L’introduction de tels critères risque donc de ne pas être aisée.

Enfin, on relève que le rapport propose d’augmenter les contributions financières des étudiants, ce qu’il ne sera pas simple de faire accepter compte-tenu du caractère épidermique du sujet en France, même si cette augmentation devait être rendue « plus juste » (par le biais d’une augmentation linéarisée selon les ressources des familles des étudiants par exemple). Le think tank Terra Nova, réputé proche de la Gauche, a fait plusieurs propositions dans ce sens, ce qui montre que les lignes bougent petit à petit sur ce sujet. La situation actuelle des étudiants américains et britanniques invite néanmoins à la prudence. La question de fond est et demeure la suivante : les bénéfices de l’éducation sont-ils collectifs ou individuels ? Ou les deux …

« Promouvoir l’engagement des étudiants dans l’animation, la conception et la gestion des services qui leur sont rendus par les universités. À titre d’exemple, le développement des emplois étudiants à l’université pourra être amplifié. »

Voici pour finir une proposition à laquelle mon vécu personnel me conduit naturellement à souscrire, même si pour l’heure plusieurs études contradictoires ont récemment peiné à montrer la prise en compte de l’engagement étudiant dans le politiques de recrutement des entreprises.

La question de l’emploi étudiant reste également un vaste objet de débat, les uns estimant qu’un étudiant ne devrait pas avoir à travailler en plus de ses études, les autres y voyant l’opportunité de développer de nouvelles compétences valorisables auprès de futurs employeurs en même temps qu’une source de financement des études. Vaste débat qui procède à la fois de la question de la place de la jeunesse dans la société … et du potentiel de la contribution de la puissance publique à l’amélioration du quotidien des étudiants.

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