Renforcer l’intégration territoriale des universités grâce aux conseils de développement

J’ai choisi aujourd’hui d’évoquer une instance encore très (trop) peu connue, dont le potentiel est pourtant fort intéressant pour une meilleure intrication entre l’université et le reste du tissu socio-économique d’un territoire : les « conseils de développement ». Rencontre avec le Président par intérim de celui du Grand Nancy, Dominique Valck.Lorsque je suis devenu VP Etudiant de ce qui était à l’époque l’Université Henri Poincaré en juillet 2009, je me suis « retrouvé » de facto membre du « Conseil de Développement Durable du Grand Nancy ». Je n’avais jamais entendu parler de cette instance, où je fus (très bien !) accueilli par son Président de l’époque, le regretté Patrice Sanglier (auquel le journaliste Pierre Taribo a rendu un bel hommage dans le journal la Semaine). Ce dernier vient malheureusement de nous quitter, un évènement profondément attristant et ce d’autant plus que Patrice était un homme haut en couleurs dont le tempérament, la détermination et les « approches intellectuelles » employées pour aborder les dossiers, illustrent d’ailleurs bien ce dont les acteurs d’un territoire peuvent bénéficier grâce à leur conseil de développement.S’agissant de l’Université, voici quelques éléments relatifs à l’intérêt que peut représenter l’Université pour les conseils de développement (et inversement), recueillis sur la base de ma propre expérience et d’une rencontre amicale avec l’actuel Président par intérim du Conseil de Développement Durable (C3D) du Grand Nancy : Dominique Valck.

Dominique Valck, Président par intérim du Conseil de Développement Durable du Grand Nancy

Dominique Valck, Président par intérim du Conseil de Développement Durable du Grand Nancy

En juillet 2009, l’EPCS Nancy Université (qui allait se transformer quelques mois plus tard en « PRES de l’Université de Lorraine », préfigurant ainsi la fusion des 4 universités effective depuis le 1er janvier 2012) m’avait désigné pour y représenter les étudiants nancéiens et y apporter un regard « jeune et étudiant ». C’est au fur et à mesure de ma participation aux travaux du conseil, nombreux, que je pus mieux cerner quel intérêt ces instances pouvaient revêtir pour les universités, et inversement.

Mais qu’est-ce qu’un Conseil de Développement ? 

Dominique Valck : « C’est dur à expliquer parce que la racine de son existence, qui est la loi Voynet de 1999, est un espace de libertés tel que ce sont les hommes, les contextes, les territoires qui vont en faire les spécificités et la qualité. Néanmoins, l’idée générale est de rassembler, pour un territoire donné, une part des forces vives d’un territoire au sein d’une assemblée pour réfléchir, discuter, critiquer les politiques publiques. »

Le Conseil de Développement Durable du Grand Nancy en réunion

Le Conseil de Développement Durable du Grand Nancy en réunion

« Nous sommes un peu comme un Conseil Economique et Social. Nous fonctionnons soit par saisine de la collectivité qui nous héberge, sur un sujet donné (comme par exemple le contrat local de Santé), soit par auto-saisine sans avoir de compte à rendre ou de blocage particulier de la collectivité.»

La représentation des acteurs socio-économiques au sein du Conseil s’opère au travers de l’intégration de contributeurs issus de syndicats professionnels et salariés, des différentes composantes de l’organisation territoriale (établissements de santé, de transports, de l’énergie, de l’éducation, l’université etc.), de la société civile, des associations dédiées à l’environnement, la solidarité, l’Economie Sociale etc.

Par ailleurs, le conseil comporte « (…) un collège « territoire », composé de représentants des communes constituant le Grand Nancy. Ce sont des « habitants lambdas » susceptibles de nous amener une véritable expertise par l’usage sur des outils culturels, les transports (par exemple sur l’usage du vélo en ville), l’offre sportive etc. Ils apportent un regard moins technologique et technocratique, comme experts de leur vie et désintéressés, au sens où ils n’appartiennent pas à une organisation professionnelle ou politique par exemple. »

Enfin, le conseil bénéficie du précieux (et sympathique) soutien de deux chargées de mission : Sandrine Bozzetti Rachel Kordus.

Organisation par collèges du Conseil de Développement Durable du Grand Nancy

Le Conseil de Développement du Grand Nancy comporte actuellement 6 personnalités issues du monde universitaire, que ce soit Ès-qualités ou intuitu personae : enseignants-chercheurs, directeurs de composantes, personnels BIATSS, étudiants …

Dominique Valck : « Outre les membres issus de la communauté universitaire, il y a aussi d’autres promoteurs de l’université qui n’en sont pour autant pas membres mais sont convaincus de son rôle, notamment parce qu’ils abordent les travaux du conseil avec une approche systémique des organisations et/ou sont des chefs d’entreprises. Le monde associatif lui aussi est souvent hébergeur de stages et est sensible à ces enjeux là aussi. » Cette sensibilité au rôle de l’université apparaît par exemple dans le travail actuellement mené par le conseil sur « l’œconomie ».

Interrogé sur son regard quant à l’apport des universitaires à la vie de la Cité : « on a besoin que les universitaires apportent et importent, dans notre conseil et ses travaux, les méthodes qui font d’eux des chercheurs, qu’il amènent une rigueur sceptique (…) Les chercheurs peuvent nous aider à re-problématiser et reformuler les questions que nous nous posons, sortir d’approches monolithiques. Pas forcément dans leurs termes, mais nous faire prendre du recul. Il faut juste faire attention au jargon (…) Pour le territoire grand-nancéiens, l’université est un outil de résilience. »

Sur la question du « jargonnage », il faut préciser que le mode d’animation des réunions (souvent suivies d’un casse-croute) et la convivialité sont des outils importants au service d’une meilleure compréhension réciproque des participants : c’est d’autant plus important pour une instance composée de contributeurs issus d’horizons aussi divers, ce qui fait toute sa richesse.

Pour terminer cette chronique, après avoir évoqué l’apport des universitaires à cette instance, il me faut naturellement conclure sur l’intérêt qu’elle représente pour les universitaires : à la fois lieux d’exercice d’une démocratie participative et de décloisonnement des acteurs de la vie socio-économique, les conseils de développement permettent aux universitaires de « rayonner sur la Cité », tout en s’enrichissant des expériences et regards des autres constituants de la société civile. Ils peuvent y développer un réseau, des contacts, faire connaître leurs travaux et les initiatives souvent méconnues portées par les chercheurs. C’est également un lieu où j’ai pu porter certaines propositions et initiatives relatives aux étudiants, par exemple en matière de santé ou de transports, et faire ainsi connaître les travaux du Conseil de la Vie Etudiante.

Bref, je vous invite fortement à vous renseigner quant à l’existence d’un conseil de développement près de votre établissement : vous y rencontrerez sans nul doute des personnes passionnantes et pourrez également y défendre et y promouvoir le rôle de l’université. Foncez !

Le site du Conseil de Développement Durable du Grand Nancy.

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