Arrêtons d’incriminer APB …

Cela fait un petit bout de temps que je n’ai pas pris le temps d’écrire ici, notamment parce que pris par la rédaction de ma thèse. Je fais une petite entorse à la concentration/focalisation que nécessite cette période particulière, à la faveur de la polémique du moment sur APB, du tirage au sort, des difficultés d’inscription dans les filières du 1er cycle de notre enseignement supérieur. Si je « sors de ma réserve », c’est justement parce que je suis un peu agacé de lire (ou d’entendre) des commentaires du type « c’est de la faute d’APB ».

Non : APB n’est pas responsable du gâchis actuel, parce qu’en réalité APB ne fait qu’incarner des règles. J’en avais traité il y a un an dans un article sur the Conversation.

Incriminer APB, c’est mettre en cause les symptômes plutôt que les causes des difficultés de notre premier cycle d’Enseignement Supérieur. Comme l’a récemment fait remarquer Laurent Batsch dans une tribune, « le libre accès à l’université fonctionne donc comme la soupape des filières sélectives, et permet d’entretenir la fiction de l’absence de sélection à l’entrée, dont le corollaire est la sélection par l’échec ». On s’étonnera de produire du sentiment de déclassement …

Puisque « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Camus. Ne nous trompons pas de combat : ce n’est pas d’APB dont il faut débattre, mais des règles et choix que l’outil ne fait qu’incarner.

Il importera tout de même de s’intéresser à ce que signifie la mise en cause de l’outil : son caractère « automatique » et déshumanisant ne va-t-il pas de paire avec une forme de défiance, de suspicion voire de sentiment d’injustice ? 

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13 Responses to Arrêtons d’incriminer APB …

  1. MAGLIULO says:

    Oui : il ne faut pas tirer sur le pianiste !

    Techniquement, APB est une très belle réussite, parvenant chaque année à gérer les candidatures de plus de 800000 lycéens et élèves en situation d’échec en première année de l’enseignement supérieur et désireux de se réorienter. Au total cela fait plus de six millions de vœux à gérer, et ce sans aucun bug depuis la création de cet outil.

    Mais là ou le bât blesse, c’est lorsque des décisions de type politique viennent contrarier le bon fonctionnement de l’outil. APB n’est pas responsable de l’incapacité des université à accueillir un nombre croissant de lycéens demandeurs d’admission en licence non sélective, pas plus que cette procédure télématique n’est responsable de la décision prise cette année d’obliger les bacheliers généraux à exprimer un vœu au moins au profit d’une filière universitaire non sélective ce qui a « boosté » la demande d’admission, ni celle de pousser les bacheliers professionnels à moins s’orienter vers la vie professionnelle et augmenter de facto la part de ceux qui optent pour la poursuite des études, notamment vers les BTS, pas plus que la tendance croissante à trier les candidats en surnombre par la scandaleuse pratique du tirage au sort, etc.

    A l’heure où le ministère planche sur la question, il serait bon que l’on rappelle ces vérités, ne serait-ce que pour ne pas faire d’APB un bouc émissaire, une victime expiatoire à donner en pâture aux trop nombreux déçus de cette année.

    Supprimer APB n’est pas la solution.

    Bruno MAGLIULO
    Inspecteur d’académie honoraire

  2. Aurélie says:

    Bonjour,
    Une réflexion beaucoup plus générale devrait être menée sur la façon dont les jeunes sont accompagnés tout au long de leur scolarité par rapport à leur parcours d’orientation.

    Je pense qu’il faut se préparer et mettre en place des temps formels pour parler de soi, comprendre le monde socio-économique qui nous entoure, en balayant les clichés.

    L’important serait de donner du sens à cette orientation!

    Egalement de doter chaque futur-e citoyen-ne d’une méthode de recherche, pour savoir comment s’orienter, se réorienter…

    Aussi, pour la filière staps en tension, une réflexion pourrait être menée sur certains diplômes du sport existant mais qui ne sont accessibles qu’à des personnes ayant interrompu leur scolarité, tel que le BPJEPS dont la formation coûte entre 5000 et 6000 euros.

    Travailler aussi à présenter les filières universitaires sous forme de MOOC. Ce qui permet aussi de se confronter à d’autres façons d’apprendre. Je pense que les choix doivent être travaillés en amont…

    L’information doit circuler. Il faut faire de la pédagogie autour de l’orientation, et que chaque jeune puisse avoir une culture de l’orientation. Regardons du côté de l’approche orientante développée par les canadiens…

    Belle journée à vous.
    Aurélie

    • romain-pierronnet says:

      Bonjour et merci pour votre commentaire
      Il y a sans doute des progrès à faire en matière d’orientation, mais :
      – l’orientation est une sorte d’arlésienne : on promet son big bang à chaque élection nationale depuis 20 ans. Avec le résultat que l’on connaît
      – pour cause, et comme le vous dites, l’orientation est quelque chose qui n’a rien de simple : comment choisir sa filière à 17-18 ans, alors qu’on a peu ou pas encore fait l’expérience de son autonomie individuelle ?
      – la question des moyens demeure : au-delà de la ventilation des néo-bacheliers dans les filières, force est de constater qu’ils demeurent globalement de plus en plus nombreux et que les universités n’ont pas vu leurs moyens augmenter dans la même proportion
      Merci encore pour votre message en tous cas.
      Bien à vous

    • Bonjour,
      Je partage tout à fait votre analyse, c’est sur l’orientation en amont qu’il faut travailler. Trop de jeunes que j’accompagne en réorientation post Bac se sont inscrits dans une filière un peu par hasard, sans s’être interessé à l’enseignement dispensé ou parce qu’il y avait de la place… sans avoir pris le temps de réfléchir à leur projet. D’autres, poussés par leurs parents privilégient à tord des écoles privées pensant qu’il y aurait ensuite un retour sur investissement.Ce que je leur demande c’est d’être ouverts , curieux et de prendre le temps de se poser pour réfléchir aux formations qui s’inscrivent dans leur projet.

  3. Thierse says:

    Merci, de la part d’un informaticien d’université (GE), qui préfère que ce soit les utilisateurs qui s’expriment. APB ne fait effectivement que ce qu’on lui demande. Comme l’informatique en général.

    Témoignage :
    En tant que ancien parent d’élèves, représentant des parents au collège et au lycée, et pour avoir trois enfants avec un bac S, qui font 13,10 et 8 ans après : bibliothécaire, avec prépa Histoire de l’Art et Master HA, licence Littérature (même année) – architecte après une année de prépa sans la perdre dans la seule Ecole d’Archis de l’ESRI – couture, mode, vente à distance et en boutique avec retouches, après une année de Mise à niveau Art, Mode, Design et 10 ans de boulangerie comme femme d’artisan 2 boutiques, 5 à 7 employés.

    Cette dernière n’a pas pu avoir en 3ème, une seconde Art Design Mode !
    Le deuxième s’est rattrapé au vol gràce à la résussite après la Sup, à la sélection dans les 3 écoles d’archi Grand Est (avant l’heure) !
    Le petit dernier, vient d’être reçu comme bibliothécaire.

    D’où ceci conforte ce que l’avais proposé comme parent lors des grandes concertations aux lycées : un bac en 4 ans (3 ans si on le passe et si on réussit, ou si le contrôle continu le permet) – des modules semestriels, comme expérimentés au collège en 5e et 6e pour français math et langue 1 voici 20 ans , mais sans suite car les planificateurs ont probablement eu le dessus sur les avis des parents. (comme ceux qui jouent au yoyo en ce moment avec la semaine des élèves)

    Il faut les enfants murissent, fassent progressivement leur choix (et pas celui – des parents – des filières dites nobles – des filières niches – …).

    Les aides à l’orientation sont bien sûrs à pérenniser et non à raccourcir par RH ou Finances … mais elles ne peuvent être parole gravée dans le marbre (je connais un médecin aujourd’hui presqu’à la retraite à qiu le prof de Sciences Nat de lycée a dit « non, médecine, impossible » !)

    Encore merci,

  4. nicolas@reims says:

    Je vais tenter une proposition folle:
    puisque le président veut remettre le service e route, et que les jeunes ne savent pas très bien ce qu’ils veulent faire après le BAC, suivons le modèle suivant:
    On colle les jeunes à l’armée pendant 2 ans (de 18 à 20, filles et garçons), on envahit et on occupe la Belgique, et quand ils sortent de l’armée, les un-peu-moins-jeunes ont eu toutes les expériences nécessaires pour savoir ce qu’ils veulent faire de leur vie.
    Et en plus on fait du Darwinisme!!

    ça marche aussi avec l’Espagne!

  5. APB dans ses conséquences s’inscrit dans la dérive totalitaire consubstantielle aux partis politiques il est temps de redonner leur sens à République et Démocratie comme le souhaitait Simone Weil

  6. pascale says:

    Tout à fait d’accord avec vous : « ce n’est pas d’APB dont il faut débattre, mais des règles et choix que l’outil ne fait qu’incarner. »
    Si les rectorats ne s’étaient pas retranchés eux-mêmes derrière le sacro-saint verdict d’APB pour justifier des bugs d’affectation n’ayant aucun sens, et si les règles que cet outil applique étaient aussi claires que ça, les étudiants n’auraient pas eu besoin de demander le code source de l’outil pour vérifier les règles réellement appliquées.
    La mission Etatlab l’a bien indiqué dans son rapport : «  »L’ouverture d’APB n’est qu’un prérequis pour améliorer la compréhension et l’appréhension du système par ses utilisateurs ». « 

  7. Gasquet says:

    je suis entièrement d’accord avec vous
    D. Gasquet
    Pr Université

  8. Fritz says:

    Et voilà, encore un de ces débats franco-français que nous envie – personne dans le monde! Y a-t-il un seul des débattants, défenseurs ou pourfendeurs d’APB qui aurait pris la peine de regarder autour de nous, ne serait-ce qu’en Europe, où les systèmes universitaires fonctionnent – souvent mieux que le nôtre – SANS APB?

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