Éducation et innovation en direct de l'Asie

Quand la réussite économique appelle le succès politique…

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Tony Tan Keng Yam est l’actuel Président de Singapour, s’il a un rôle second par rapport au Premier Ministre Lee Hsien Loong – fils aîné de Lee Kuan Yew, le fondateur de Singapour – il peut néanmoins s’opposer aux nominations aux postes clés de la fonction publique proposées par le gouvernement. Une fois élu il peut aussi examiner la mise en application de la loi sur la sécurité intérieure et de celle sur le maintien de l’harmonie religieuse. Enfin, le Président peut également donner son accord pour lancer des enquêtes sur la corruption.

Elu tous les 6 ans Tony Tan doit quitter son poste en 2017 et ces derniers jours le gouvernement a remis un rapport afin de modifier les règles permettant l’élection de la fonction suprême. Les changements ne remettent pas fondamentalement en cause les modalités de l’élection, il s’agit surtout de s’assurer que les candidats soient bien qualifiés pour exercer le rôle de Président. Il y a donc deux voies permettant l’éligibilité. Soit le candidat a exercé d’importantes fonctions dans l’administration publique (ministre de la justice, porte-parole du gouvernement ou encore secrétaire général…). Soit, le candidat est issu du secteur privé et dans ce cas son profil doit répondre à un certain nombre de critères (succès ?) : tout d’abord il n’a pu être que Président Directeur Général (rien en deçà) et la capitalisation boursière de l’entreprise qu’il dirigeait doit être équivalente à 300 millions d’euros. Ainsi sous sa direction l’entreprise a dû être systématiquement profitable !

Autrement dit, si à l’évidence, le candidat – eu égard aux valeurs de Singapour – ne doit jamais avoir été condamné, avoir une bonne réputation, il doit prouver qu’il a réussi dans ces fonctions passées que celles-ci furent privées ou publiques. Si vous avez été condamné, incompétent ou acquis une mauvaise réputation dans vos expériences précédentes il ne sert à rien de vous présenter vous serez automatiquement disqualifié, ou tout simplement interdit de vous présenter.

Une nouvelle fois c’est la valeur de l’exemplarité qui est recherchée à travers ces nouvelles modalités électorales. Car quel sens cela peut-il avoir que d’élire quelqu’un qui aurait été condamné ? Quel sens cela peut-il avoir que d’élire quelqu’un qui aurait échoué dans ces précédentes missions ? Il ne s’agit pas d’épiloguer sur l’apprentissage de l’échec mais de se demander pourquoi quelqu’un qui n’a jamais échoué ne pourrait pas à son tour avoir sa chance plutôt que de redonner l’opportunité à quelqu’un qui a failli à une haute fonction ? Depuis sa création Singapour se bat pour l’excellence : dans l’activité économique, l’éducation, les services, l’innovation, la défense, etc. Quoi d’étonnant finalement que celui qui doit représenter le pays ne soit pas mué par les valeurs de l’excellence ?

Mais une autre raison est sous-jacente : la conviction que la réussite économique appelle le succès politique. Les dirigeants politiques singapouriens bénéficient de la plus forte confiance de la part de leur population, c’est même le pays où la confiance est la plus élevée depuis plusieurs années selon les études menées par le World Economic Forum – notons que le haut du classement regroupe principalement les pays du nord de l’Europe la deuxième place étant attribuée au Qatar -. Cela s’explique par l’augmentation significative du niveau de vie de la population, augmentation perceptible dans le quotidien en moins de trente ans, mais aussi par l’efficacité dans la gestion des dépenses publiques que ce soit à Singapour comme également au Qatar et aux Emirats arabes unis (sur ce critère la France est soixante douzième).

Le prochain Président ne peut avoir pour autre tâche que de continuer cette excellence et c’est pour s’en assurer que le gouvernement modifie les critères de sélection des candidats et il tient à le faire savoir publiquement. Car le rapport remis par le gouvernement est évidemment disponible à tous, tout singapourien doit savoir que les critères de sélection du Président de la République reposent sur l’exemplarité et la réussite pour le bien commun.

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