Investir dans les start-ups et universités à Singapour, Mercedes et Bolloré deux exemples opposés

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Deux acteurs de la mobilité de demain sont en train d’investir de manière majeure à Singapour, d’un côté un français, le groupe Bolloré qui a annoncé tout récemment qu’il avait remporté un appel d’offre pour installer sa solution d’autopartage électrique et d’un autre côté Mercedes-Benz qui décide d’implanter son pool d’accélérateur de start-ups dans la Cité-état. L’objectif pour le constructeur allemand est d’accompagner les start-ups locales dans leurs développements, convaincu que parmi elles, une pépite travaillant sur la voiture intelligente leur permettra d’obtenir un avantage compétitif. Pour le groupe français si l’enjeu est évidemment d’installer ses BlueCars à l’instar de ce qui se fait maintenant à Paris comme en province, en Europe comme aux Etats-Unis, ses ambitions ne diffèrent pas tant de son « concurrent » outre-rhin. Le groupe affirme en effet vouloir ouvrir un centre de recherche et développement et un centre d’innovation pour créer, tester et mettre en œuvre tout type d’innovation technologique dans le domaine de la mobilité.

Néanmoins, une différence non négligeable est à souligner. L’implantation pour Mercedes-Benz se fait en partenariat stratégique avec la National University of Singapore (NUS). Car l’enjeu pour le groupe allemand est d’aider ces entreprises en offrant un accompagnement non seulement financier – très conséquent – mais aussi managériale. L’accélérateur permettra ainsi aux jeunes pousses singapouriennes de développer leurs compétences dans les domaines de la levée de fond, des montages financiers, mais aussi du marketing des ressources humaines, etc. Du côté de l’entreprise française aucune mention n’est faite dans cette stratégie d’implication de partenariat avec des universités locales (ou de grandes écoles internationales implantées sur place par exemple). Est-ce si étonnant ?

Il y a quelques années une étude[1] avait montré que pour trouver des idées innovantes les dirigeants français s’intéressaient avant tout à leurs clients, leurs collaborateurs et éventuellement leurs fournisseurs. Seuls 3,2% d’entre eux confiaient piocher leurs idées auprès des universités. Et pourtant d’où viennent les Facebook ? Yahoo ? Microsoft et autres Google ? D’étudiants ou tout juste post-étudiants cherchant à faire démarrer leurs idées dans les meilleures conditions. Car en effet les universités et plus largement l’écosystème de l’éducation a toujours été pourvoyeur d’idées innovantes, souvent radicales. Les Etats-Unis l’ont compris il y a bien longtemps en prenant part aux financements de chaires de recherches, l’Asie l’a également compris, particulièrement la Chine et la Corée. L’exemple du partenariat NUS et Mercedes-Benz à Singapour n’est que la continuité d’un grand nombre de partenariats noués de ce type sur ce territoire.

Même si la population de Singapour est environ 15 fois inférieure à celle de la France, les deux pays sont au coude à coude dans les rankings des meilleurs endroits au monde pour bénéficier d’un écosystème favorable à la création de start-ups[2]. Si la France est déjà un paradis pour entrepreneurs[3], imaginons un instant qu’elle associe ses conditions entrepreneuriales à son système éducatif, parmi le meilleur au monde, il ne fait aucun doute qu’elle redeviendrait ce qu’elle fut au début du 20e siècle, la Silicon Valley européenne…

[1]. Enquête Statistique Publique sur les Entreprises industrielles de 20 salariés ou plus, innovantes entre 2004 et 2006 (en produits, procédés ou avec des activités en cours ou abandonnées), Sessi – CIS 2006
[2]. The 2015 Global Startup Ecosystem Ranking
[3]. Cf. Fabrice Cavarretta, La France un paradis pour entrepreneurs (Plon 2016)

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