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iMaginons un enseignement plus qualitatif que quantitatif : le virage de Singapour

 

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Sans ressource naturelle, sans compétence dans un secteur d’activité particulier et avec une taille ne permettant pas le développement d’infrastructures manufacturières, Singapour s’est développé sur le seul élément qui était à sa disposition : la production intellectuelle. La conséquence de ce positionnement, presque par défaut à la création de Singapour, est l’obsession de la réussite scolaire. L’enseignement dans la cité-état est réputé l’un des plus performants au monde et des plus stricts, Singapour a d’ailleurs remporté à de nombreuses reprises le championnat international de mathématiques et de sciences (à l’échelle du pays c’est plus qu’un exploit). Notons que « la méthode Singapour » pour l’enseignement des mathématiques est internationalement reconnue.

Ce désir de performance scolaire se lit dès la pre-school où en plus de l’apprentissage de la langue maternelle les petits écoliers âgés de 3 ans doivent acquérir l’usage de l’anglais. Il arrive parfois qu’ils commencent même une troisième langue, le mandarin, quand la langue maternelle n’est pas celle-ci. A l’issue de la primary school – l’équivalent du collège – les élèves ont leur premier examen, le Primary School Leaving Examination (PSLE) où doivent être évaluées les compétences dans plusieurs disciplines comme les mathématiques, les langues et les sciences. Cet examen est déterminant car en fonction des résultats les élèves sont dirigés vers un système dit « express » dont l’objectif est d’atteindre le Singapour-Cambridge O-level ou vers le « normal-académique » : système en 4 ans qui mènent au N-level (possibilité d’étudier pour une année de plus pour atteindre le O-level) ou encore vers le « normal-technique » : similaire au système précédent mais avec des matières plus techniques. A l’issue de ces épreuves les élèves sont classés par ordre en fonction de leur réussite dans chaque matière. Dans un contexte de haute compétitivité autant dire que la volonté d’obtenir les meilleurs systèmes tournent à l’obsession à la décimale de point près !

Il y a forcément un revers à cette obsession de réussite et la compétition entre les élèves y est donc très présente tout au long de la scolarité. Outre les problèmes de santé, des plaintes des parents, le stress dès le plus jeune âge, cette compétitivité est devenue la principale cause de suicide chez les adolescents.

Face à cette situation le gouvernement a donc décidé de prendre les choses en main et n’hésite pas désormais à clamer au moyen de campagne d’affichage, de clips vidéo (ici) et bulletins officiels que le développement des enfants ne doit plus se faire sur des critères strictement quantitatifs mais aussi qualitatifs. Le ministre de l’éducation l’a exprimé de manière particulièrement poétique en déclarant « qu’il ne s’agit pas simplement d’étudier les fleurs mais aussi de s’arrêter pour les sentir ». En conséquence la notation de l’examen PSLE ne sera seulement basée sur les résultats aux épreuves type questionnaires à choix multiple mais aussi sur des documents qui mettent l’accent sur des qualités plus littéraires et qui embrassent plus largement les connaissances. Singapour mettra également l’accent sur les jeux en plein air dans le cadre des cours d’éducation physique – et non seulement sur le chronomètre ou le nombre de points marqués. Enfin il est expressément demandé aux écoles de cesser de donner aux enfants un grand nombre de devoirs à faire à la maison.

Si cette réforme a l’air anecdotique, elle est en fait majeure. Le fondateur de Singapour Lee Kuan Yew ne jurait que par la méritocratie, que par le travail acharné qui ne pouvait selon lui n’être repéré que par des résultats objectifs et comparables. Si cette pensée l’habitait c’est parce que l’éducation était selon lui la discipline permettant de former les individus. Car l’homme, disait-il peut être intrinsèquement mauvais. Avec cette manière de voir les choses, Lee Kuan Yew s’inscrivait en faux vis à vis de l’enseignement de Confucius pour qui « apprendre quelque chose pour pouvoir le vivre à tout moment, n’est-ce pas là la source d’un grand plaisir ? ».

C’est vers ce type d’éducation que semble tendre le gouvernement dans son approche bienveillante envers les élèves. Il semble ainsi se rapprocher après cinquante ans d’éducation stricte vers les recommandations du philosophe chinois pour qui l’éducation était importante car l’homme est un animal perfectible. Autrement dit, comme l’écrivait Platon : « nul n’est méchant volontairement ».

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