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iMaginons une ville (enfin) connectée, le rêve de Singapour

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De quoi le concept de « smart city » est-il le nom ? Singapour semble y répondre comme à son habitude de manière pragmatique. Une corrélation de faits a en effet déclenché la mise en place d’une ville intelligente. Plus exactement trois éléments conduisent le gouvernement à entreprendre à marche forcée la création de la première smart city au monde.

Le premier est la population vieillissante, et dans la cité du Merlion, si le nombre de personnes âgées de soixante-cinq ans n’était « que » de 220 000 en 2000 en 2030 il sera proche de 900 000. En conséquence les enjeux de santé publique sont majeurs. Prenons le cas des attaques cardiaques, une personne victime d’infarctus a de grandes chances de survie si elle est prise en charge dans les minutes qui suivent l’attaque. Cependant,, entre le temps d’apercevoir la victime et l’arrivée des secours il peut s’écouler plusieurs dizaines de minutes. C’est pourquoi la ville-état a mis en place l’application MyResponder. Cheow Hoe Chan, le « Chief Information Officer » de la ville explique que grâce à cette application « n’importe quel citoyen disposant d’une formation en secourisme peut s’inscrire sur l’application. Et lorsqu’une personne âgée est victime d’une attaque ou d’un malaise, une notification est émise via l’application, notification que recevront tous les premiers-secouristes situés dans la zone géographique ».

Un second élément déclencheur concerne la complexité administrative. Rien de plus agaçant en effet que de devoir indiquer nos informations personnelles plusieurs fois pour les différents organismes de l’administration et de rassembler toutes les pièces justificatives nécessaires pour chacun de ces rendez-vous. Hélas, les différentes administrations ne communiquent pas entre elles. Cheow Hoe Chan explique que cette situation les a incité à mettre en place la plate-forme « MyInfo » « qui permet à chaque citoyen de créer un compte, d’y renseigner ses informations (adresse, numéro de sécurité sociale, etc.), d’y centraliser leurs documents sous forme numériques et de pré-remplir les formulaires avant une rencontre administrative. »

Le troisième et dernier élément déclencheur concerne la question de la mobilité. Si Singapour a l’un des réseaux les plus performants du monde que ce soit pour les bus ou le MRT (le réseau de métro local), il n’empêche que l’expansion démographique du pays (1,9 million d’habitants à sa création en 1965, 5,5 millions aujourd’hui) oblige l’état à reconsidérer les déplacements des citoyens. L’optimisation des transports ne peut se faire que grâce à une compréhension précise des besoins de déplacements et pour se faire Singapour n’a pas hésité à faire appel au big data. Tous les usagers des bus singapouriens le savent, il faut badger à la montée ET à la descente. L’information sur son propre trajet est donc connue de la société de transport et le cumul des données permet d’allouer des bus qui pourront commencer aléatoirement sur la ligne en fonction de possibles engorgements. De plus, un nouveau concept a récemment vu le jour avec l’application Beeline. Entre transport public et mobilité à la demande du type Uber-Pool, les citoyens peuvent renseigner leur trajet et réserver une place dans le bus. Celui-ci adapte son trajet en fonction des demandes. Ce « taxi-collaboratif » permet de réduire la foule de passagers sur les lignes habituelles tout en apportant un service qualitatif extrêmement performant et à moindre coût.

Que ce soit sur les questions de santé, de mobilité ou de gestion administrative ce que Singapour a surtout compris c’est que la technologie doit se soumettre aux besoins des citoyens et non l’inverse. Le digital, le big data, les objets connectés n’ont qu’une fin, être que des moyens. Le digital n’est pas une fin en soi il est le convoyeur de services, le fournisseur de valeur ajoutée mais il n’est en rien une finalité. Et c’est ainsi que Singapour l’entend lorsqu’elle décide de faire de sa cité la première smart city du monde. Il ne faut donc pas se demander que faire des innovations technologiques mais plutôt quels sont nos besoins et en conséquence trouver les solutions – quelles soient ou non technologiques ou non -. Cette façon de penser n’a rien d’originale, ainsi que le disait l’un des fondateurs de Singapour Dr Goh Keng Swee : « quel que soit le problème que nous rencontrons, quelqu’un, quelque part a résolu ce problème. Etudions la solution et adaptons-la intelligemment pour Singapour ». La technologie développée partout dans le monde répond aux problèmes des grands centres urbains et humains, savoir la dominer pour la mettre à son service c’est peut-être cela la ville intelligente de demain.

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