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iMaginons repenser le rôle de la peine capitale

Peine_de_mort-62a1d_cle8b44f3-24712« Je n’ai jamais cru ceux qui prônent la manière douce en matière de délit et de châtiment, prétendant que ce n’est pas la punition qui réduira le nombre de délits. » Phrase terrible du fondateur de Singapour Lee Kuan Yew au sujet de la peine de mort appliquée dans la cité-état. Et si en termes d’éducation, d’innovation, de santé, ou de bien-être, Singapour se hisse souvent à la première place, elle est tristement aussi dans le haut du tableau des pays qui prononcent le plus souvent la peine capitale et ce pour des délits souvent sont liés au trafic de drogue. C’est dans ce contexte que deux nouveaux individus, un nigérien de 38 ans et un malais de 31 ans ont été pendus à Singapour mi-novembre, condamnés pour avoir en leur possession près de trois kilos de cannabis – la condamnation à mort peut être prononcée dès 500 grammes -.

Singapour se défend de la pratique tout d’abord en expliquant que c’est le gouvernement britannique qui pendant la colonisation l’a mise en place et qu’en effet ils ne l’ont pas abrogée lorsqu’ils ont acquis leur indépendance. Et s’il n’est pas prévu que cette sanction soit remise en cause c’est parce que Singapour considère que c’est la voie unique vers un taux d’homicides très faible. Force est de constater qu’en effet leur taux est parmi les plus faibles du monde : 0,3 en 2012 (comme Hong Kong, l’Islande et le Japon). En comparaison la France est à 1, et les Etats-Unis à 4,8.

Si les résultats sont incontestables nous pouvons être surpris que Singapour ne puisse pas considérer que c’est grâce à son système d’éducation, de partages de valeurs morales et son identité et non grâce à la menace de la condamnation à mort que le taux d’homicides est si bas. Autrement dit rien ne prouve que c’est ce châtiment qui assure une grande sécurité à Singapour plutôt que le système politique au sens large du terme. Un système politique qui est à la fois sûr, rigoureux, et transparent. Car dans les pays voisins où la peine capitale est aussi présente les taux d’homicides sont incroyablement élevés : 4,8 pour la Thaïlande et 8,1 pour l’Indonésie par exemple. Et il va sans dire que les systèmes politiques des pays cités ne sont quant à eux pas du tout exemplaires. On peut par exemple évoquer la corruption organisée qui y sévit quand Singapour est l’un des endroits les moins corrompus au monde.

Ce qu’il y a d’étonnant c’est que Singapour a toujours fait de l’exemplarité son cheval de bataille, certes essentiellement concernant sa politique intérieure. Cependant au XXIe siècle, à l’heure d’une mondialisation extrême dont jouit pleinement, quotidiennement Singapour, ne serait-il pas temps de donner une grande leçon d’humanisme à l’ensemble de l’Asie-Pacifique en démontant le mythe : peine de mort = sécurité. Alors que des écoles expérimentales à travers le monde telles que la Robert W. Coleman Elementary School située à Baltimore engage un changement et tente de démontrer que la meilleure sanction pour un élève n’est ni le châtiment corporel, ni l’insipide heure de colle mais bien de l’apprentissage de la méditation, la cité-état reste coincée dans les couloirs du temps à s’acharner à la conservation d’un odieux héritage colonialiste.

Rien n’est perdu cependant et un pas vers un certain « assouplissement » a été fait en 2012 lorsque Singapour a adopté une loi autorisant le juge à prononcer la prison à vie au lieu de la peine de mort pour trafic de drogue en cas de coopération avec les autorités. Reste bien sûr l’opinion publique, celle-ci pourrait faire levier et inciter le gouvernement à agir en faveur d’une abrogation. Cependant, à la question du maintien de la peine de mort, 95% des singapouriens répondent qu’ils y sont favorables. Prudence est-elle mère de sureté ?

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