Éducation et innovation en direct de l'Asie

iMaginez l’ubérisation des animaux de compagnie…

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Uber a décidé de lancer un nouveau service (certainement éphémère) dans la cite-état : UberPuppies, en partenariat avec l’entreprise Purina Pro Plan et Dog Shelter Volunteer, une association de protection des chiens qui aide le meilleur ami de l’homme à trouver un refuge. Néanmoins le refuge dans ce service proposé est de courte durée, voire de très courte durée puisque l’on parle d’une journée. Directement depuis l’application Uber vous pouvez candidater pour recevoir un chien pendant une journée à l’occasion de noël. Comme l’indique la communication vous n’aurez simplement qu’à le rendre heureux en jouant avec lui et en lui faisant des câlins. Service entièrement gratuit (les contributions à l’association sont évidemment les bienvenues), l’animal de compagnie temporaire vient directement à la maison de « l’utilisateur » où il sera récupéré quelques heures plus tard.

Si l’idée semble maligne – puisque ces chiens sont à adopter on peut supposer que les bénéficiaires du canidé se prennent d’affection au point de ne plus s’en défaire – on peut être dubitatif sur cette consommation de tendresse à domicile promue par un géant de l’alimentation pour animaux et une organisation de transport – nous noterons qu’ils n’ont pas jugé pertinent de faire le partenariat avec leur filiale UberEat… -. Car si la proposition est de « donner envie », a-t-on songé au message que nous envoyons avec un tel service ? D’abord aux innocents animaux, quelles conséquences peuvent avoir ces câlins, ces caresses, ces jeux furtifs avant de retrouver sa cage de refuge le soir-même ? Quelle communication auprès des possibles enfants présent dans la famille « d’accueil » si ce n’est que les animaux peuvent être des jouets que l’on prend pour s’amuser avec et qu’il est possible de les rendre comme on pose une petite voiture sur une étagère ?

Faut-il que les singapouriens soient si désespérés, soient tant en manque de tendresse pour s’adonner à une telle pratique ? Faut-il que la valeur fondamentale du pragmatisme à Singapour soit ainsi appliquée ? Au point de calibrer la relation aux êtres vivants, de cadrer à l’extrême la tendresse que l’on peut offrir ? Une tendresse qui a une date, une heure, un usager et un fournisseur… La limite de l’ubérisation est franchie avec ce service qui exploite autrui, et au-delà de cette limite pourrions-nous retrouver la même offre avec un bébé ? Un jeune enfant que l’on pourrait obtenir quelques heures, quelques jours pour s’amuser avec lui, faire des câlins comme avec le chien ? Serait-ce un service possible pour de potentiels futurs parents ? Juste pour essayer, avant de vraiment se décider d’avoir un enfant ? Ou pour montrer à son enfant que ce serait très sympathique d’avoir un petit frère ou une petite sœur ? Ne nous faisons aucun doute, il y aura une offre, et laisser son enfant contre quelques dollars pourrait devenir une banalité.

Ce qu’il y a de surprenant c’est que le gouvernement singapourien qui a l’œil rivé sur la moindre initiative qu’elle soit privée ou publique puisse avoir laissé exister une telle offre. Et d’autant plus en ce qui concerne les animaux de compagnie dont la réglementation est particulièrement stricte. Il est si difficice d’amener son animal chez soi à l’occasion d’une expatriation ou d’en en adopter un sur place. A titre d’exemple l’équivalent de la SPA se réserve le droit de venir visiter la maison ou l’appartement où l’animal vivra. Il n’est pas rare que des entretiens soient menés à cette occasion auprès de tous ceux qui seront en contact avec l’animal : la famille comme l’employée de maison – très fréquente à Singapour -. Il s’agit de s’assurer que tous réalisent les responsabilités et obligations qui découlent de l’adoption d’un animal. Et il n’est pas rare que l’administration refuse l’adoption d’un animal. Dans ces conditions ont peut s’interroger sur l’obtention pour Uber de proposer ce service.

Mais tout s’éclaire au regard de la définition de « pragmatisme » : l’attitude d’une personne – ou d’une organisation – qui s’adapte à la réalité et qui préfère l’action pratique aux dimensions conceptuelles. En l’occurrence, Uber est pourvoyeur d’emplois dans la cité-état, il est un contributeur majeur tant du point de vue fiscal que du point de vue du nombre de services qu’il offre aux habitants de l’île. A cela s’ajoute une demande qui semble présente d’avoir la possibilité de vivre quelques moments avec un animal de compagnie. Or compte tenu des contrôles sanitaires drastiques pour l’importation des animaux sur lesquels le gouvernement ne reviendra pas par souci de sécurité et d’hygiène, quelle autre alternative que finalement #UberPuppies qui convient à toutes les parties prenantes, si ce n’est le chien…

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