Éducation et innovation en direct de l'Asie

iMaginer “disrupter” l’éducation pour inspirer les entrepreneurs sociaux

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« Disrupting Education by Creating a New Generation of Inclusive-Wealth Creators » était le thème abordé lors d’une conférence pour le 4th Social Business Summit sur le site de la Ferme Enchantée Gawad Kalinga aux Philippines.

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Intervention avec Eloic Peyrache, Associate Dean HEC et modérée par Alex Brillante Jr. Commissioner High Education Philippines

 Le terme disruption vient du latin et signifie « rupture », « cassure » ou encore « séparation ». Jusqu’au début des années 90, il est essentiellement utilisé pour décrire des catastrophes naturelles et c’est le publicitaire Jean-Marie Dru qui l’importe dans le monde économique pour décrire des innovations importantes, radicales qui s’opposent à des innovations plus marginales, incrémentales. Le terme deviendra d’autant plus important que Clayton Christensen, Professeur à Harvard l’emploiera dans son célèbre livre Innovator dilemna. Que signifie donc cette notion de disruption pour l’éducation si l’on souhaite, comme la problématique l’indique, faire en sorte de faire émerger des entrepreneurs sociaux avec succès ?
Les initiatives à l’ESSEC ne manquent pas et à titre d’exemple nous recevons chaque année deux jeunes étudiantes de l’Organisation Non Gouvernementale Gawad Kalinga afin qu’elles poursuivent leurs études dans notre école. De même depuis plusieurs années, de nombreux étudiants partent pour 3 mois, 6 mois, parfois un an aider la communauté aussi bien sur des problématiques de management que plus concrètement dans la ferme à nourrir les animaux, fabriquer des maisons, etc. Dernier exemple nous soumettons régulièrement des cas issus de l’ONG à nos étudiants pour les aider à résoudre, en salle de classe des questions marketing, innovation, finance, etc.
Au-delà de l’ESSEC de nombreuses organisations et initiatives sont à souligner pour encourager et former les jeunes entrepreneurs sociaux. Il est facile de trouver des cours en ligne à la Khan Academy ou encore sur Coursera.

Néanmoins tout cela est-il suffisant pour « disrupter » l’éducation et former des jeunes entrepreneurs issus des classes les plus pauvres ? Certainement pas et toutes ces propositions pleines de bons sens et de bienveillance ne sont finalement que des innovations incrémentales et non radicales ! A l’évidence l’innovation disruptive doit aller bien plus loin. Rappelons que l’innovation c’est le latin, innovare – se changer à l’intérieur – en vue de s’adapter à son environnement. Est-ce que l’ESSEC, est-ce que HEC se changent pour s’adapter et former ces entrepreneurs ? Certainement pas assez. Essayons trois pistes pour enclencher la disruption :

  1. « Be present ». Il faut se rendre là où les entrepreneurs en puissance sont, et ils ne sont ni à Cergy Pontoise, ni à Jouy-en-Josas. Ils sont à Manille et dans les campagnes des Philippines comme elles sont au Cambodge, en Thaïlande, au Vietnam, etc. Autrement dit les campus de demain de nos grandes écoles ne devraient-ils pas s’implanter là où les potentiels de demain sont ? Être présent là où l’école doit être pour son propre développement comme celui des autres ? – Notons l’initiative de l’ESSEC de s’implanter en Afrique, autre bastion de futurs potentiels -.
  2. « Be inclusive ». Il faut des modèles de réussites entrepreneuriales issues des classes les plus pauvres. Il ne s’agit pas d’inviter un philippin à l’occasion d’un séminaire, pour simplement donner une conférence aux étudiants ! Il s’agit de recruter les prochains professeurs issus de ces classes sociales. Certes ils ne rempliront peut-être pas les cases standards de l’académisme mais ils rempliront à coup sûr les salles de classe et la motivation des jeunes.
  3. « Be mainstream ». Il faut cesser d’appeler Social Business les cours qui intègrent les notions de « social » de « responsable », de « partage », de « communauté ». Nous devons considérer que c’est le « business classique »  que d’agir de la sorte. Il faut arrêter la distinction entre « social business » et « business » entre « innovation sociale » et « innovation ». Toute innovation doit avoir un caractère social, responsable et rendre des comptes et promouvoir la communauté. Il est indispensable que nos écoles comprennent qu’un cours d’innovation et un cours d’innovation responsable par exemple n’a aucun sens. Le cours d’innovation doit avoir une, deux, trois sessions dédiées à la responsabilité. Même chose pour la partie « sociale » qui doit se retrouver « normalement », « naturellement » dans les cours de stratégie, de management. Etc.

Ces trois propositions : « be present », « be inclusive », « be mainstream » sont des propositions radicales et pourtant accessibles et facilement applicables. Plus exactement elles sont nécessaires pour nos organisations si celle-ci ne veulent pas disparaître. Et si elles ne prennent pas ce chemin de l’éducation des jeunes entrepreneurs aux philippines ou ailleurs dans la région, celle-ci se fera par des philippins non issus du système classique de l’éducation ou par Google et Microsoft qui savent investir dans la formation des plus démunis, ou encore par un équivalent de l’Ecole 42 ou d’un Alex Khan local. Charge donc aux Ecoles de comprendre notre nécessité d’innovare pour survivre dans un environnement qui nous tend les bras, cela n’est possible que si nous acceptons de nous changer nous-même.

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Panel de jeunes entrepreneurs venus défendre leur projet face au jury parmi lesquels, une jeune fille condamnée à voler sur les étalages pour se nourrir qui a lancé son projet de vente de chips très orginales, « friend chips » ; ou encore un ancien leader de gang de Manille qui s’est investi dans l’élevage de canards avec un grand succès.

 Note 1 : Gawad Kalinga est un organisme de lutte contre la pauvreté, créé en 2003 et basé aux Philippines. Le nom de l’organisme vient du tagalog et veut dire « prendre soin ». Son objectif est de sortir de la pauvreté 5 millions de familles Philippines d’ici 2024, en construisant de petites communautés solidaires, comme le rappelle son slogan « Building communities to end poverty ».
Note 2 : Cette conférence était donnée en anglais ce qui explique les très nombreux anglicisme présents dans ce post (billet 😉 ).

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