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iMaginez un Président français à Singapour

Sans titre

En 2005, Jacques Chirac est venu à Singapour défendre la candidature de la France aux jeux olympiques de 2012, avec le succès que l’on connaît… Il n’y a eu aucune autre visite présidentielle jusqu’à ce dernier dimanche de mars 2017. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des raisons de venir encourager cette relation. Avec près de 700 filiales d’entreprises et environ 330 entrepreneurs, les implantations françaises à Singapour emploient près de 40 000 salariés. L’Union européenne est le premier investisseur à Singapour et la France plus particulièrement est le 18ème investisseur étranger dans la cité-Etat. Au total c’est plus de 6 000 entreprises françaises qui exportent vers Singapour. Les échanges commerciaux eux aussi sont positifs puisqu’ils ont progressé de 5,2% en 2016. Cette hausse du montant des échanges bilatéraux s’explique par les bonnes performances à l’exportation (+14,9% soit 6,1 milliards d’euros) malgré une diminution marquée des importations en provenance de la cité-Etat (-15,4%). Singapour représente ainsi le 3ème excédent bilatéral français à 4,0 Mds EUR en 2016. Si l’ensemble de ces chiffres semble encourageant pour l’économie française, ils sont pourtant dans le ventre mou de l’économie singapourienne. Avec un taux de croissance moyen pendant ces douze années bien supérieur à 5%, la France s’est largement fait doublée par ses partenaires européens que sont les Pays-Bas, le Royaume Uni, la Suisse, le Luxembourg, la Norvège et l’Allemagne et ne semble pas réellement avoir bénéficié de cette importante croissance singapourienne et si 700 entreprises françaises présentes aujourd’hui cela peut sembler important, il y en avait déjà 400 il y a vingt ans. L’explosion de l’économie de l’ancienne colonie britannique n’a pas vraiment bénéficié aux français.

Sur le plan culturel, les relations ne sont pas moins intenses avec l’Institut Français qui assure la promotion des auteurs de l’édition francophone, l’Alliance Française qui offre un programme d’activités culturelles francophone intense. Les arts sont en effet particulièrement mis en avant que ce soit l’audio-visuel, la danse, l’opéra, etc. Et le nouveau « VOILAH !, French Festival Singapore », est clairement ancré dans le paysage singapourien avec pour objectif de promouvoir la créativité et l’innovation française dans la culture, les sciences et la gastronomie. Mais là encore, la présence française est globalement similaire aux autres partenaires nationaux à Singapour.

Enfin, sur le plan éducatif les relations sont riches que ce soit en termes d’échanges et doubles diplômes avec d’un côté l’ESSEC, HEC, Science-Po, Polytechnique, Centrale Paris et de l’autre The National University of Singapore et Nanyang Technogical University. Même si bien entendu les écoles phares dans la cité du lion sont celles qui possèdent leur propre campus l’INSEAD d’une part et surtout l’ESSEC Business School qui est présent depuis 2005 et qui a reçu plus de 5000 étudiants depuis son implantation en Asie. Toutefois, le nombre de singapouriens qui décide de passer du temps en France pour étudier est particulièrement faible, c’est à peine une centaine, deux fois moins qu’en Irlande et trois fois moins qu’en Allemagne.

Echanges commerciaux intenses, échanges culturels riches, échanges éducatifs de premiers plans il ne fait pas de doutes que Singapour et la France ont une relation prospère. Toutefois une relation privilégiée au cœur de cette plateforme pour l’ensemble de l’Asie ne devrait-elle pas être une priorité ? Si De Gaulle, Pompidou, et Giscard se sont rendus à Singapour c’est l’amoureux de l’Asie Jacques Chirac qui, une fois élu avait choisi comme première destination officielle de la région la cité-état. en 1996 s’adressant à Lee Kuan Yew qu’il appelait « son ami » et qu’il considérait comme l’un des plus grands hommes d’Etat de notre temps en le qualifiant de visionnaire, volontaire et créatif, Jacques Chirac appelait à multiplier les échanges d’étudiants et de chercheurs, renforcer les coopérations entre les universités et nos laboratoires, créer une bourse d’échanges de formations et de technologies, mettre en réseau les centres de prospective. Ironie du sort son successeur corrézien a formulé des vœux quasi-similaires en signant plusieurs Memoranda of Understanding (autrement dit des accords sans engagement) autour de la recherche et l’innovation près de 20 ans plus tard.

Dans son allocution officielle à l’occasion de la 40th Singapore Lecture on France and Singapore, Strategic Partners in a Fast-Changing World le Président François Hollande a souligné que d’expérience il avait écrit, lu, relu, publié un nombre considérable de communiqués en tout genre qui, précise t-il, ne sont jamais lus et que finalement la seule chose qui compte, c’est ce qui est fait. Puisse cette prophétie soit entendue tant politiquement, culturellement que commercialement.

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