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Education, imagination et action: les clefs du multiculturalisme

singapore

A son indépendance en 1965, le gouvernement annonce d’emblée que l’état serait « multiracial », composé de quatre groupes que l’on retrouve dans l’acronyme CMIO (Chinese, Malay, Indian and Others). Il représente tout simplement les trois sources importantes d’immigration vers l’île au début du XIXe siècle.

Cette décision n’est pas anodine, les tensions ethniques sont palpables au début des années 1960 entre les communautés malaise et chinoise et menacent clairement la stabilité de la nation naissante. Des affrontements ethniques, des émeutes raciales éclatent à plusieurs reprises surtout contre les Malais en 1964 et contre les Chinois en 1969. Pour ne pas risquer une intervention des deux pays musulmans – la Malaisie d’un côté, l’Indonésie de l’autre – qui voudrait protéger les habitants de confession islamique à Singapour, le gouvernement à majorité Chinoise prend des mesures sécuritaires en arrêtant toute personne qui professerait une incitation à la haine raciale. L’enjeu est de stopper nette tout « chauvinisme », qu’il soit malais ou chinois.  La déclaration de Mr Baker, ministre de la Justice et du Développement national en décembre 1965 ne peut pas être plus claire : « Le caractère multiracial de Singapour représente un des fondements de la politique gouvernementale. Nous sommes une nation composée de citoyens de différentes races, et nos citoyens sont égaux quelles que soient les différences de races, de langage, de culture et de religion… Une commission multiraciale et l’égalité de nos citoyens, qu’ils appartiennent à des groupes majoritaires ou minoritaires ».

Près de 30 années plus tard, En 1997, le fondateur de l’état Lee Kuan Yew déclarait que « ce serait une énorme erreur de croire que ces dangereuses forces primitives, qui sont déclenchées par des pulsions religieuses et raciales, ne peuvent pas réapparaître » et cru bon de créer une journée de l’harmonie raciale ? Celle-ci est célébrée le 21 juillet dans toutes les écoles de Singapour et ce jour-là le ministre de l’éducation rappel que cette journée est déstinée à « rappeler à nos enfants que les races et les religions peuvent être des lignes de fracture dans la société singapourienne. La « journée de l’harmonie raciale » a donc pour but d’expliquer comment Singapour, une société bâtie sur une grande diversité de cultures, réussit à être une nation harmonieuse ». Dans les faits cela se traduit notamment par deux jours fériés pour toute la population pour le Nouvel an chinois, deux jours fériés « malais » (l’Aïd el Fitr et l’Aïd al-Adba de la religion musulmane), deux jours fériés « indiens » (la fête bouddhiste Vesak, et la fête hindoue Dipavali) et deux jours fériés chrétiens (Vendredi Saint et Noël). Toutes ces fêtes sont soutenues financièrement par le gouvernement qui demande que chaque élève étudie en plus de l’anglais sa « langue maternelle », plus exactement dont il est « racialement » issu.

Et l’ensemble de ces principes ne sont pas que purement théoriques. En effet lorsqu’en janvier 2017 l’Imam Nalla Mohamed Adbul Jameel a exprimé dans son sermon « qu’il fallait combattre les religions juives et chrétiennes » celui-ci a automatiquement été convoqué par les autorités pour s’expliquer. Filmé à son insu par une personne dans l’assistance il n’a pu que reconnaître l’erreur commise. A la suite de son jugement devant la cour de justice appropriée le ministre de l’intérieur Mr Shanmugam a reçu l’Iman pour commenter avec lui la décision. Ce dernier a alors exprimé des regrets, et a présenté ses excuses à l’ensembles des leaders religieux dans un courrier où il confesse que « la diversité et l’harmonie du peuple singapourien est un trésor et je n’ai aucun droit, aucune justification pour remettre cela en cause et créer des remous. C’est pour cette raison que je comprends totalement la décision que j’accepte afin de maintenir l’ordre […] c’est une leçon qui n’a pas de prix pour moi ». De nationalité indienne l’Iman a été condamné à une amende de 4000$ et a été invité à retourner définitivement dans son pays d’origine.

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