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iMaginez ce qu’est être singapourien !

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Pas facile de décrire en un mot ou une phrase qu’est-ce être singapourien, si ce n’est un habitant de la cité-état. A l’heure où les mots « d’identité nationale » résonnent autant en Europe qu’aux Etats-Unis, ce n’est pas évident de définir de manière claire pour un pays créée il y a seulement une petite cinquantaine d’années sur la base d’une grande diversité d’individus quelle est son identité. Les singapouriens ne peuvent ni se définir par leur langue ni par leur cuisine, ni par des costumes traditionnels ni par des danses spécifiques. On ne note rien de particulier non plus sur leur culture, leur architecture ou leur tradition. Qu’est-ce qui peut donc faire d’un habitant de Singapour un singapourien ?

Avec un brin d’humour nous pourrions dire qu’être singapourien c’est être un individu capable de rester calme dans une file d’attente de plusieurs heures, de supporter une climatisation à 19°, d’être capable de se faire comprendre par un chauffeur de taxi local, de passer plusieurs heures dans un centre commercial sans s’ennuyer, de respecter les règles établies parce que ce sont les règles établies et considérer le chicken rice comme un plat national (il est pourtant difficile d’expliquer au patrimoine mondial de la gastronomie en quoi du blanc de poulet et du riz blanc devrait être inscrit dans les symboles gastronomiques).

Même si elle est essentiellement chinoise (75% de la population), les singapouriens sont issus d’origines très diverses notamment malaise (13%) et indienne (9%). Ce qui est dans l’ADN d’un singapourien c’est cette multiculturalité qui s’est constituée en seulement quelques générations d’immigrants qui ont décidé d’établir leurs racines sur l’île tropicale. Ils ont amené avec eux leur propre culture, leurs propres vêtements. Ils ont également amené leur propre langue et celle-ci associée à l’anglais (dont l’apprentissage est obligatoire et issu du temps de la colonie britannique) a donné une forme de langue propre à la cité : le singlish. Connaître les expressions, les rudiments de ce langage est une autre caractéristique identitaire d’un individu singapourien.

En ayant apporté leur culture culinaire, les habitants de Singapour ont le privilège d’être au croisement des différentes cuisines venues d’Asie. Ils bénéficient de saveurs autant authentiques qu’originales et ils savent apprécier la nourriture des uns et des autres. En conséquence ils aiment manger, se partager les meilleures adresses de restaurants et se retrouver dans l’un des nombreux food courts de la ville. « Etre un bon vivant » est une autre caractéristique des habitants de Singapour.

S’il y eut une grande immigration dans l’île état ce n’est pas pour être en vacances, c’est à la fois pour un confort de vie – meilleur que le pays d’origine – et en conséquence le travail est devenu une valeur partagée par tous les habitants. Les Singapouriens ont un niveau d’éducation élevé et ont reçu une éducation stricte. Les écoles et les universités singapouriennes sont parmi les meilleurs du monde et le système éducatif est salué comme l’un des tous premiers, notamment en mathématiques. Autrement dit, le travail, l’éducation sont d’autres signes distinctifs des singapouriens et en conséquence s’ajoute l’exigence à leur identité. Les habitants de Singapour sont exigeants, le gouvernement doit être parfait, l’éducation doit être excellente, la ville forcément propre, les transports en commun évidemment fiable : le service n’est pas un désir dans la cité, c’est un mode de vie. Aucun opérateur de téléphonie mobile se risquerait de ne pas avoir la 4G accessible dans le MRT et tous sont sur les rangs pour développer la 5G le plus rapidement possible.

Si exigence, travail, éducation sont dans l’identité des singapouriens c’est parce qu’ils sont les points communs de personnes d’origines très différentes. Par définition la diversité n’a pas de cohésion. Or ce que les habitants de Singapour n’ont cessé de faire pendant leurs 52 années d’existences c’est justement d’assembler ce qui est épars. La raison est évidente à comprendre : survivre et se développer. Autrement dit l’intérêt commun a toujours prévalu aux différences individuelles. Pour le dire en d’autres termes un singapourien ne serait-il pas cet individu capable de croiser sur le long terme les populations, les langues, les cultures, faire de son miel la multiculturalité qu’il peut côtoyer au quotidien ?

La question que l’on peut se poser est qu’en est-il pour l’avenir de la nation avec de telles diversités ? En effet, en phase de croissance économique, la diversité se matérialise par une grande tolérance, et elle est même particulièrement valorisée. Toutefois en période de tensions économiques ainsi que Singapour semble en traverser une depuis quelques années la diversité ne sera-t-elle pas vu comme le principal mal d’une possible récession ? La majorité numéraire ne verra-t-elle pas la différence culturelle comme concurrentielle et deviendra autant indésirable qu’intolérable ? C’est peut-être justement à travers les défis et les crises que peut véritablement naître une identité nationale. C’est peut-être une nécessité pour Singapour que de vivre des moments de doutes et de difficultés pour en ressortir avec une plus grande force nationale.

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Commentaire (1)

  1. Marcopoilus

    Merci pour cet article.
    Singapour est un modèle d’intégration intéressant pour nous. Qu’on le veuille ou non, nous devenons de plus en plus une société multiculturelle, ce que certains refusent encore d’admettre.
    En conséquence, les valeurs chrétiennes qui ont prévalues jusqu’il y a peu sont de moins en moins partagées. Il faut donc imposer fermement le respect des règles, simplement parce que ce sont les règles établies, comme on le fait à Singapour.
    Une démocratie, certes, mais musclée.

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