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Le Vietnam, le futur de l’éducation ?

Sans titre

Avec un taux de croissance du PIB entre 6 et 8,5 % depuis plus de dix ans, la République socialiste du Vietnam a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée importante pour pérenniser son développement. En conséquence la demande en matière d’éducation est particulièrement élevée et est désormais devenue une priorité nationale. Plus précisément depuis 2008, le gouvernement a alloué 20 % de son budget au secteur de l’éducation et l’enseignement supérieur est loin d’être le parent pauvre de cette priorité.

Essayer de comprendre l’enseignement supérieur au Vietnam nécessite de comprendre la gouvernance du pays (établie sous l’influence soviétique et sans évolution entre 1950 et la fin des années 1980) et les interactions avec l’éducation. Tout d’abord le Vietnam est un pays à parti unique, où le parti communiste a la responsabilité de diriger le pays. Cette situation a des répercussions sur l’enseignement supérieur, où toute structure de prise de décisions au sein des institutions doit avoir une structure parallèle au sein du parti. Le rôle du parti consiste à évaluer les décisions prises sur le plan idéologique. Deuxièmement, le Vietnam est en permanence tiraillé entre son idéologie communiste, son adhésion au marxisme-léninisme ou son attachement à la pensée d’Ho Chi Minh, et sa tolérance, voire sa conversion à l’économie de marché, comme à toute forme de propriété privée. En conséquence dans l’enseignement supérieur, cette opposition se traduit d’un côté par un enseignement obligatoire des principes du marxisme-léninisme et, de l’autre, par un encouragement au développement du secteur privé, largement dépendant des lois du marché, et de frais d’inscriptions élevés.

On peut retrouver facilement cette philosophie et cette complexité à FTU (Foreign Trade University) qui est considérée comme la meilleure université du pays. Créée en 1960 elle accueille un peu plus de 25 000 étudiants sur trois campus différents et elle est résolument tournée vers l’internationalisation avec près d’une centaine de programmes d’échanges avec des universités étrangères. Un étudiant classique en Bachelor in Management doit par exemple suivre, parmi les cours obligatoires Principles of Marxism and Leninism (niveau I et II), History of Communist Party of Viet Nam, à côté desquels se trouvent Principles of Marketing ou encore Principles of Finances. Si ces paradoxes sont très intéressants à étudier, il ne doit pas toujours être évident pour un étudiant de 17 ans ou 18 ans de les appréhender avec tout le recul nécessaire.

Dès lors que cela est devenue une priorité du gouvernement l’éducation supérieure au Vietnam s’est développée de manière fulgurante et en tout premier lieu ses infrastructures. Ainsi, entre 2000 et 2010 une nouvelle université a vu le jour presque chaque semaine ! Cette démesure dans un pays où l’accès à l’enseignement supérieur reste difficile (le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est actuellement de 25 % au Vietnam, contre 97 % en Corée du Sud, 86 % en Australie, 30 % en Chine et 37 % en Malaisie) a eu pour conséquence directe de proposer plus de places que de candidats. A titre d’exemple les États-Unis comptent 4 762 établissements d’enseignement supérieur pour 319 millions d’habitants, soit un établissement pour 67 000 habitants ; au Vietnam, ces chiffres sont respectivement de 425 et 90 millions, soit un établissement pour 212 000 personnes. Ainsi seules les toutes premières universités du pays réussissent à tirer leurs épingles du jeu en attirant à la fois les meilleurs candidats du pays, les enseignants de qualité et des partenaires internationaux. Les autres survivent à peine, certaines ferment leurs portes et tombent peu à peu en ruine.

C’est en 1070 que la première université du Vietnam fut créée, très précurseur à cette période le « temple de la Littérature » dispensait un enseignement confucéen. Aujourd’hui encore le système éducatif vietnamien qui trouve ses valeurs dans la philosophie de Confucius se trouve à une période charnière. D’une part il est confronté aux réalités économiques, sociales et culturelles de l’ouverture internationale avec sa logique d’économie de marché, de l’autre il reste embourbé dans une république socialiste rétrograde qui en 2017 n’hésite pas à afficher dans les rues sa reconnaissance à la pensée de Lénine. Peut-être s’agirait-il de retrouver les racines de la première université dont l’inscription célèbre sur un des piliers du temple était: « Le confucianisme gît partout, à l’est, à l’ouest, au sud et au nord; dignitaires et lettrés ont tous emprunté le même chemin. »

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