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Education et économie le grand écart de la Thaïlande

 

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Si la Thaïlande a subi de nombreuses catastrophes naturelles (tsunamis, inondations…) ou économiques (crise financière de 2008), celle-ci a réussi a redresser significativement la situation avec des taux de croissance élevés et un chômage quasi-inexistant. Ainsi la Thaïlande est la seconde plus grande économie de l’Asie du Sud-Est, après l’Indonésie mais devant la Malaisie. De nombreux experts soulignent que le pays pourrait devenir dans les toutes prochaines années l’une des huit premières puissances économiques mondiales devant la Russie et l’Italie. Le roi Bhumibol Adulyadej avait compris qu’il fallait avoir une approche business friendly et une demande interne forte pour réussir mais il avait également intégré très tôt dans sa réflexion les enjeux du développement durable. Les priorités frappées au coin du bon sens par le roi sont d’autant plus marquantes que l’éducation semble avoir été oubliée.

Le roi de Thaïlande (1927-2016, dont le règne a débuté en 1946) a en effet compris très tôt que l’économie était la voie du développement et de la croissance. Il est en effet reconnu que Bhumibol Adulyadej est parvenu à anticiper les dérèglements des marchés des capitaux, la libéralisation des marchés domestiques, l’ouverture des frontières, la division du travail ou encore la mondialisation économique. Et plus particulièrement il s’est attelé à rendre son pays self-efficient, et cela, dès 1975. Inspiré de la spiritualité bouddhiste (modération, coopération, respect du vivant) et de thèses localistes (influencé notamment par Schumacher et son « small is beautiful »), il encourage les petits producteurs agricoles à rechercher l’autosuffisance alimentaire, la diversification de leur production et une faible dépendance à l’achat de produits manufacturés. Ainsi les habitants du royaume de Siam comme les dirigeants mondiaux reconnaissent à la Thaïlande une capacité de résilience face aux catastrophes et un système économique performant et visionnaire, mais la question de l’éducation est clairement son talon d’Achille.

L’Economist Intelligence Unit et Pearson Education ont montré dans leurs études que les élèves thaïlandais se classent à la toute fin des classements en termes de facultés cognitives et de résultats scolaires (derrière des pays comme la Roumanie, la Turquie ou encore la Colombie). D’autres études (par EF linguistiques) montrent que la Thaïlande est à l’avant-dernier rang pour la maitrise de l’anglais (après le Vietnam et l’Indonésie). Et au niveau national un tiers seulement des élèves de sixième réussissent l’examen standardisé de thaïlandais établi par le ministère de l’Education.

Cette faiblesse peut s’expliquer de différentes manières. Tout d’abord les aléas vécus par le pays ont rendu les investissements dans l’éducation très fluctuants et pas toujours égaux, il existe de fortes disparités entre les classes sociales et une forte centralisation des meilleurs établissements à Bangkok. De plus, des investissements dans les structures scolaires ont été faits au détriment de la formation des enseignants. On parle ainsi communément de faillite de l’éducation en Thaïlande.

Les institutions thaïlandaises n’en ont que récemment mesuré l’impact, notamment quand l’OCDE a révélé en 2009 que 42,9% des élèves thaïlandais de 15 ans ne savaient pas suffisamment lire pour jouer un rôle actif dans la société. Aujourd’hui dans le contexte très particulier de la prise du pouvoir par le nouveau roi, Maha Vajiralongkorn – Rama X, le pays et le gouvernement devront faire face à une totale réforme de l’éducation et cela à tous les niveaux y compris celui de la méthode d’enseignement elle-même. En Thaïlande, l’apprentissage par cœur est légion, la pensée critique reléguée au second plan. En conséquence les jeunes adultes sont dans une impossibilité de penser en dehors de cadres définis. Et si un certain nombre de mesures « classiques » ont été prises comme l’importance de se concentrer sur la lecture, les maths et le raisonnement (mais aussi plus radicales notamment de rémunérer les enseignants en fonction des résultats de leurs élèves et d’y associer également leur promotion) la question de la pensée critique reste posée. Benjalug Namfa la secrétaire générale adjointe de L’Office of Basic Education Commission, reconnaît qu’il est urgent d’améliorer la qualité de l’enseignement. “Nos élèves ne sont pas préparés pour répondre à des questions demandant davantage d’esprit critique”, dit-elle.

Si la Thaïlande a réussi un réel bon économique pendant les trente dernières années, de forts doutes se posent quant à son avenir à long terme. L’éducation est plus qu’un soutien, c’est la clef pour une croissance à long terme comme l’avait compris Singapour dès sa création. Rama X pourrait donc briller pendant son règne en s’attaquant à ce domaine que son père avait quelque peu délaissé. Toutefois ce nouveau roi devra comprendre qu’éducation rime avec exemplarité et faire oublier les controverses à son sujet : 3 divorces (un tabou en Thaïlande), anniversaire somptueux pour son chien avec sa « maîtresse aux seins nus », tatouages exubérants, soupçons de violence envers ses enfants, liens tumultueux avec la mafia, etc. Peut-être devrait-t-il se rappeler de la célèbre phrase de son père – phrase que l’on peut appliquer à l’éducation : « une bonne personne peut rendre une autre personne bonne. Cela signifie que la bonté engendre la bonté dans la société ».

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