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Les universités pour imaginer l’avenir de Singapour

Les six principales universités d’état à Singapour[1] ont toutes décidé de créer un même cours sur un thème commun « Singapour : imaginer les 50 prochaines années ». Chacune d’entre elles doit réfléchir sur les enjeux de la cité-état concernant des thèmes aussi variés que le développement économique du pays ou encore l’inclusion sociale. Cette initiative des six présidents d’universités a pour but de s’interroger sur leur contribution à l’avenir du pays à travers ceux qui la construiront. Il est important selon eux de dépasser le cadre strict de l’éducation en tant que tel et de s’interroger de manière concrète sur la façon de développer le pays.

Dans chacune des universités le cours a rencontré un franc succès et affiche systématiquement complet. Il faut dire que les enseignants n’ont pas hésité à casser les codes qui habituellement régissent l’enseignement singapourien. Ainsi un chapitre porte sur l’utopie et dans quelle mesure Singapour pourrait devenir une « cité idéale » en s’inspirant des initiatives internationales sur ce sujet. Les étudiants sont fortement incités à développer leur esprit critique et partager spontanément leurs intuitions, leurs jugements sur la façon dont pourrait évoluer Singapour. Régulièrement les participants du cours des différentes universités se rencontrent pour échanger leur différent point de vues en fonction de la spécialisation de l’université (sciences, sciences sociales, management, design, etc.).

Cette approche semble avoir plusieurs vertus intéressantes. Tout d’abord cette approche souligne l’importance de faire le lien entre l’université et l’état qui finance en grande partie les études. A ce titre il n’est pas absurde de demander une contribution intellectuelle aux étudiants au développement de l’état qui les subventionnent. Deuxièmement une très large majorité des étudiants travailleront dans des structures privées sans aucune considération des problématiques de l’état. Que les étudiants puissent y réfléchir pendant l’espace d’un cours est certainement utile pour éventuellement s’y impliquer plus tard. A l’évidence, plus on est impliqué tôt dans un projet plus on souhaite s’y investir, c’est aussi le but de cette démarche. Troisièmement l’avenir d’un pays ne peut s’envisager qu’avec des seniors dont les expériences, l’environnement, l’éducation est importante mais si différente de la période actuelle. Impliquer les plus jeunes, c’est avoir un regard différent sur le monde que l’on peut avoir envie de construire – et dans lequel ils évolueront d’ailleurs -. Un autre point pertinent est l’aspect transdisciplinaire de la démarche. En effet, en convoquant les différentes universités, toutes ayant une expertise spécifique, cela permet d’avoir une vision des choses de manière inédite et opposée à la pensée unique. Enfin le cinquième intérêt est politique. Les étudiants sont des citoyens et des acteurs politiques souvent laissés pour compte. Leur donner la parole et un champ libre d’expression permet de les laisser faire entendre leur voix quel que soit leur expertise ou leur classe sociale.

L’implication de la jeunesse, le foisonnement d’idées, la transdisciplinarité nécessaire et l’engagement citoyen sont les piliers de cette démarche. La création de ce cours est simple, peu couteuse et la méthode unique. Cette démarche semble une évidence et son déploiement semble être une nécessité quel que soit la taille de la ville ou du pays. Nous avons besoin d’imaginer l’avenir avec ceux qui le construiront. Un avenir solide, bienveillant, inclusif ne peut s’envisager qu’avec les acteurs de demain et c’est ce que Singapour semble avoir compris.

[1] Nanyang Technological University (NTU), National University of Singapore (NUS), Singapore Institute of Technology (SIT), Singapore Management University (SMU), Singapore University of Social Sciences (SUSS) and Singapore University of Technology and Design (SUTD).

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